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Politique en matière de francophonie, entrevue avec Rémi Léger

Suite à l’annonce d’une politique en matière de francophonie, de nombreuses voix ont salué l’engagement du gouvernement albertain et se réjouissent de cette avancée. Rémi Léger, professeur adjoint en sciences politiques à l’Université Simon Fraser à Vancouver, et ancien élève du Campus Saint-Jean à Edmonton, revient sur cette annonce historique.

RemiLeger

Le Franco : Quelle est votre réaction à l’annonce qui a été faite mercredi 14 juin ?

Rémi Léger : C’est une bonne nouvelle. On passe d’une situation où il n’y avait pas de politique à une situation où il y a désormais un début d’encadrement. C’est une avancée notable.

LF : L’Alberta faisait partie des deux dernières provinces, avec la Colombie-Britannique, à se munir d’une telle politique. Comment expliquer ce retard ?

RL : C’est souvent contextuel. La situation en Alberta est assez particulière. Lorsque le Secrétariat francophone a été créé en 1999, c’était déjà vu comme une grande réussite à l’époque. Dans d’autres provinces il n’y avait pas de secrétariats mais des politiques provinciales. La solution albertaine avait été de créer une voie à l’intérieur de la fonction publique qui faisait du travail en coulisses et de ne pas réglementer.  Depuis la création du Secrétariat, l’ACFA et d’autres organismes ont continué leur lobbying et obtiennent 20 ans plus tard cette politique.

LF : Quelle est la différence entre le rôle du Secrétariat francophone et celui de l’ACFA ?

RL : L’ACFA est en principe un organisme de représentation communautaire qui fait du lobbying, qui parfois doit crier dans les médias et fait des rencontres politiques. Le Secrétariat est une voix du gouvernement, avec des employés du gouvernement provincial qui font du travail d’appui et de sensibilisation à l’intérieur de la machine gouvernementale.

LF : La politique annoncée est-elle une étape indispensable à la promulgation future d’une loi sur les services en français ?

RL : Oui, je pense que c’est comme cela que Mme Notley l’avait vu. Il faut savoir que la politique n’a pas besoin d’être adoptée par voie législative, c’est une décision à l’interne décidée par le ministre Ricardo Miranda. L’idée est de voir comment les choses vont évoluer au fil des prochaines années.

LF : Quelle différence une loi apporterait-elle ?

RL : Une loi a un fondement plus solide parce qu’elle a été adoptée par l’assemblée législative. Pour abolir une loi, il faut passer un projet de loi à trois reprises, comme lors de son adoption. La deuxième grande différence est que, sur la base d’une loi, on peut se présenter aux tribunaux et dire que nos droits n’ont pas été respectés.

LF : Selon vous, qu’est-ce qui a poussé Ricardo Miranda à établir cette politique ? Est-ce une stratégie politique ou les besoins de la francophonie sont-ils réellement entendus ?

RL : J’ai deux réponses à cette question. Sur une note positive, on peut dire que la francophonie, l’ACFA et les autres organismes ont fait du bon travail de représentation depuis une vingtaine d’années auprès du Secrétariat francophone et qu’avec l’élection d’un gouvernement néo-démocrate, le message a été entendu. D’un autre côté, il faut voir que dans la politique annoncée le gouvernement albertain ne s’engage pas à de nouveaux financements. Il reconnaît même que l’intention est d’aller chercher davantage de fonds d’Ottawa. La stratégie semble ainsi être de se doter d’une politique pour aller chercher les financements au niveau fédéral.

LF : En définitive, que faut-il retenir de cette annonce ?

RL : Il faut retenir l’engagement du gouvernement albertain. Jamais auparavant le gouvernement albertain ne s‘était autant engagé en matière de francophonie. C’est particulièrement important de reconnaître la légitimité de la francophonie et du français dans le contexte albertain.

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