Fernande Bergeron, une pionnière au service de la communauté

Fernande Bergeron a dirigé l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) pendant onze ans. Femme de passion et d’ambition son palmarès en développement communautaire est des plus éloquents. Venue du Québec dans les années 1950, elle s’attèle vite à la construction d’une communauté francophone albertaine alors que tout est à faire. Aujourd’hui, elle part à la retraite avec l’envie de transmettre. Le Franco retrace le parcours de cette femme polyvalente qui s’est donnée comme point d’honneur de servir les autres.

Fernande

 

Fernande Bergeron est née à St Ambroise, au Québec. Après l’école secondaire, elle suit un cours d’institut familial pour les jeunes filles qui souhaitent devenir éducatrices. Son aventure en Alberta démarre alors qu’elle n’a que neuf ans, suivant ses parents en 1955 qui déménagent pour s’établir à Saint-Isidore. Avec ses yeux de petite fille, elle trouve son nouveau cadre de vie bien différent. « Nous sommes arrivés dans une petite communauté, composée essentiellement de familles canadiennes-françaises où nous étions la dixième famille. La communauté est vite devenue une grande famille », se souvient-elle. Pour cette petite fille qui aime l’aventure, « la seule difficulté, c’était l’école à cause de l’anglais », rapporte-t-elle.

C’est à Saint-Isidore qu’elle rencontre alors son mari. Puis, ils se marient lorsqu’elle a vingt ans, un peu tard pour l’époque selon elle, à Saint-Édouard, un petit village près de Saint-Paul, où leurs trois enfants sont nés. L’an passé, le couple a d’ailleurs fêté ses cinquante ans de mariage.

Un parcours professionnel éclectique

Après avoir travaillé un an en Saskatchewan dans une réserve indienne où elle enseigne la couture et d’autres activités pour les filles, Fernande Bergeron commence à travailler à l’école élémentaire, à Saint-Paul. Elle passe ensuite par la Treasure Branch et enseigne à la maternelle francophone pendant plusieurs années. En 1975, elle s’engage avec l’ACFA de Saint-Paul en tant qu’agente de développement communautaire, et y reste pendant huit ans. « Quand j’ai commencé, ça allait très mal, se remémore-t-elle. J’ai tout remis sur pied pour essayer d’améliorer la situation. On a fait les rénovations dans le centre culturel, et on a organisé beaucoup de levées de fonds ».

La francophonie en est à ses balbutiements vers la fin des années 70, début des années 80. « On ne parlait pas encore d’école francophone dans ce temps-là. C’était une grande mission. Je me rappelle quand mes enfants étaient jeunes, nos vraies revendications étaient d’avoir la télévision française ! ». Une demande qui peut paraître dérisoire en 2017, mais qui est forte de sens en ce temps-là où : « les gens avaient besoin de vivre en français ». La jeune Québécoise d’origine mais Albertaine de coeur se retrousse ainsi les manches pour pallier au problème : « Avec l’ACFA, on a commencé les écoles, un comité culturel, on faisait venir des spectacles, la première troupe de danse francophone en Alberta, un musée, on avait même ouvert une galerie d’art », retrace-t-elle.

Après Saint-Paul, on lui offre un contrat de trois ans à la Faculté Saint-Jean pour développer l’éducation permanente en français. C’est là que les cours en français pour les adultes anglophones commencent. Cette proximité lui redonne le goût des études et en 1993 elle complète son baccalauréat universitaire en sciences politiques et en sociologie. Cette expérience lui donne aussi l’occasion de voyager en province, notamment à Lac La Biche, Calgary et Rivière-la-Paix où elle développe des cours.

Fernande Bergeron s’installera vite à son compte en tant que consultante. Un grand nombre de ses projets concernent les femmes et les aînés. Elle voyage aussi beaucoup dans l’ouest du pays, en Saskatchewan, en Colombie-Britannique, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Yukon… C’est à ce moment-là que son expérience avec l’AJEFA commence.

C’est l’ACFA provinciale qui approchera Mme Bergeron pour remettre sur pied l’AJEFA, l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta. L’Association est alors inactive depuis quatre ans. « Je pensais faire seulement deux ans et puis ça fait maintenant onze ans que j’y suis ! », s’étonne-t-elle. Afin de se consacrer pleinement à son rôle de directrice générale, elle laisse de côté la Fondation franco-albertaine et la formation pour les bénévoles à l’ACFA dont elle a la responsabilité durant cette période. Elle voit alors en l’AJEFA « beaucoup de potentiel ».

La refonte de l’AJEFA

Mais au début, il n’y a rien ou presque à l’AJEFA. « Il fallait tout recommencer. La priorité était de recruter des membres », se souvient-elle. Son rôle est alors d’établir la planification stratégique de l’Association, l’idée de base étant de promouvoir l’accès à la justice en français en Alberta. Très vite, Fernande Bergeron se rend compte qu’avec l’AJEFA, « on touche à tout car la justice est partout ».

L’un de ses plus grands accomplissements est d’avoir rétabli l’Association et de lui avoir donné un mandat communautaire. « On a été les pionniers au Canada pour ça », estime-t-elle. Et puis il y a aussi l’ouverture du Centre d’information juridique dont elle est très fière, qui est ouvert depuis maintenant trois ans.

En dehors de son engagement avec l’AJEFA, Fernande Bergeron est particulièrement fière d’avoir créé le programme Nouveau Départ qui aide les femmes qui ont été en foyer à retourner sur le marché du travail ou aux études. « Encore aujourd’hui, je rencontre des femmes en Alberta qui me disent que ce programme leur a sauvé la vie. C’est vraiment ma grande fierté », se réjouit-elle.

Aujourd’hui, alors qu’elle part pour une retraite bien méritée, Fernande Bergeron espère que la politique de services en français en Alberta aboutira. Elle souhaite aussi que la justice albertaine reconnaisse l’AJEFA et les aide financièrement. Enfin, elle voudrait que « notre province reconnaisse les francophones à leur juste valeur et les supporte », car elle espère que le travail de sa vie se poursuivra. « Longue vie à la francophonie ! », s’exclame-t-elle, appelant ainsi les nouvelles générations à reprendre le flambeau.

 

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