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Clinique francophone de Calgary: La clinique dans un état critique

La clinique francophone de Calgary subit un nouveau coup dur avec les démissions successives de l’un de leurs médecins et de l’une de leurs infirmières. Le manque de praticiens oblige à une restriction dans la couverture des services et vient s’ajouter à une situation déjà difficile sur le plan financier.

« À partir de janvier, la clinique sera dans un état de services restreints », annonce Esdras Ngenzi, directeur exécutif de la Clinique de Calgary. Il s’agit désormais pour l’établissement de recruter rapidement deux nouveaux praticiens pour répondre aux besoins des patients.

clinique 1 couveUn manque de clientèle

Le docteur Michelle Thibodeau fait partie des deux personnes à avoir annoncé son départ. « Il s’agit d’un choix personnel », indique-t-elle. Déjà sollicitée à l’hôpital de Lethbridge et dans une autre clinique, elle veut s’assurer une bonne disponibilité pour ses patients, chose impossible à la clinique francophone en raison du manque de clients. « La clientèle n’est pas assurée, les journées sont très instables », observe-t-elle.

Malgré les 1 300 patients que compte la clinique, le docteur Thibodeau constate qu’il est « difficile d’y travailler à temps plein ». Aussi, soucieuse d’assurer un suivi de qualité à ses clients, elle préfère donc partir en cette première partie du mois de décembre. « Je ne veux pas mentir aux gens en leur disant que je suis à 100% à la clinique. En cas d’urgence, je ne peux pas toujours répondre », regrette-t-elle.

Une situation critique

Alejandra Aracena, coordinatrice au Centre d’accueil francophone de la Cité des Rocheuses, a récemment fait les frais de la restriction de services. « J’ai téléphoné plusieurs fois depuis le mois d’octobre pour prendre rendez-vous et ils ne m’ont jamais rappelée », note-t-elle.

Le directeur de la clinique, Esdras Ngenzi, assure qu’elle est « tombée dans la mauvaise période », la clinique ayant effectivement subie deux démissions successives. « On ne prend plus de nouveaux patients, informe le responsable, et on a même envoyé des lettres aux patients actuels pour les prévenir de la restriction au niveau des services ».

Pour Christiane Lahoka, agente communautaire à la Société de la petite enfance et de la famille du Sud de l’Alberta (SPEFSA), le départ des deux praticiens est une perte. Elle qui travaillait dans le cadre d’un partenariat avec la clinique sur des services de santé psychosociale regrette le départ du docteur Michelle Thibodeau dont elle appréciait beaucoup « le côté social ». « C’est bien dommage car c’était une belle collaboration, commente-t-elle. On pouvait vraiment observer une guérison complète, pas seulement physique, chez les clients », ajoute l’agente.

Un projet de longue haleine

La clinique est encore jeune. Ouverte il y a à peine deux ans et demi, elle peine encore à constituer un carnet épais de patients. « C’est un projet à long terme », reconnaît le docteur Thibodeau.

La docteur sur le départ relève aussi que, avant l’ouverture de la clinique, beaucoup de francophones en Alberta avaient déjà un médecin de famille, anglophone la plupart du temps, et n’ont pas nécessairement envie d’en changer, même pour un service en français. « Beaucoup de francophones se débrouillent en anglais », observe-t-elle.

Malgré tout, le taux de satisfaction de la clientèle de la clinique semble très élevé pour la docteur. Par ailleurs, elle estime que la clinique comble un vrai manque : « Une grosse partie de notre clientèle est constituée de nouveaux arrivants ou de gens avec un anglais limité, qui en ont vraiment besoin ».

Un financement incertain

À cette situation critique, il faut ajouter le problème du financement. La clinique a ouvert ses portes en 2015 grâce à une subvention de 600 000 dollars de la part de Santé Canada, mais le programme prendra fin en mars 2018.

Esdras Ngenzi reste optimiste et indique être « en pourparlers avec le gouvernement pour voir comment obtenir d’autres ressources et bailleurs de fonds ». Pour lui, le Plan d’action du gouvernement fédéral pour 2018-2023 pourrait constituer une piste…

Les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir de la clinique francophone de Calgary.

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