Trouver sa place à Calgary

Calgary, oh Calgary ! La réputation de cette ville, en matière de croissance économique et d’employabilité générée par l’industrie pétrolière, attire de nombreux immigrants depuis plus de 10 ans. En Alberta, la taxe sur les produits et services (GST) est de seulement 5 %,  contre 15 % au Québec. Chaque année, des milliers d’immigrants provenant d’horizons différents viennent s’y installer. L’immigration est souvent motivée par des raisons économiques,  politiques, voire personnelles ; mais on néglige souvent l’adaptation sociale et culturelle que cela implique. De nombreux immigrants pensent bâtir un avenir meilleur en Alberta, sans soupçonner l’impact que cela aura sur leur identité sociale. Quel est le lien entre l’identité sociale d’une personne et sa recherche d’emploi à Calgary ? Ce fossé n’est pas tous les jours facile à combler, et passe souvent par l’apprentissage de nouvelles manières de faire, de penser et l’assimilation de certains pièges à éviter.

Travail et identité sociale d’une ville

L’appel du grand Ouest séduit.  Statistiques Canada a mené en 2000 une étude sur les changements dans la répartition régionale des nouveaux immigrants au Canada, et presque la moitié de tous les nouveaux immigrants au Canada prévoyaient alors de s'établir à Toronto. En 2012, cette proportion a diminué pour atteindre moins de un sur trois. De manière générale, une proportion importante d’immigrants ont changé leur fusil d’épaule, en choisissant d'autres destinations, plus particulièrement vers les Prairies. L’Alberta, a vu son chiffre presque doubler en passant de 6,3 % à 11,6 % ces 10 dernières années. La réputation de l’Alberta peut donner l’impression qu’il n’y a qu’à se baisser et ramasser pour obtenir un travail à Calgary. Tout dépend de sa profession. Si pour certains, décrocher un travail peut aller vite, ce n’est pas systématique ; et l’Eldorado du plein emploi peut s’avérer être un long pèlerinage. Calgary est la ville des cols blancs. Il n’est pas évident de s’identifier dans une société où beaucoup de ses habitants ont pris le pli de se définir par ce qu’ils ont, et non par qui ils sont. Alors, que faire pour trouver ses marques dans une ville où l’identité sociale et culturelle d’une personne ne se définit principalement qu’au travers d’un salaire élevé, d’un statut lié à celui des grandes entreprises et de ses acquis sociaux ? Erwan Goasdoué, coordinateur de programme à Connexion Carrière à Calgary, explique les principales embûches que rencontrent généralement un nouvel arrivant : “le langage, les immigrants internationaux ont l’attente de tomber dans un pays bilingue”. Autre point important souligne Erwan :   “Le manque de réseau, les gens se sentent isolés. Il faut trouver le moyen de briser la glace. Par exemple, j’aime bien le club de tricot cela permet de rencontrer des personnes, de faire des choses, on apprend et on partage, cela permet de développer le langage”. Enfin, ajoute-t-il : “les certifications locales, faire valoir son diplôme par des écoles locales. C’est quoi les mécanismes qui permettent d’appliquer dans sa recherche d’emplois”. 

L’identité sociale des uns versus celle des autres

Le choc culturel n’est jamais très loin dans un processus d’immigration ou de relocalisation. L’identité sociale des uns se heurte à celle des autres. Ce concept peut sembler abstrait, mais devient concret quand on évoque le sentiment de déracinement. Le déracinement est un phénomène qu’observe tous les jours le directeur du CANAF, Mamady Camara : “les personnes se sentent souvent déracinées, le CANAF apporte un soutien moral et d’orientation, le logement est l’une des difficultés principales avec la barrière de la langue”.

Gustave Nicolas-Fisher, professeur de psychologie sociale à l'Université de Lausanne, puis à l'Université de Metz, apporte un éclairage sur la notion d’identité sociale : « Le concept d'identité développé en psychologie sociale montre la façon dont se construit l'image que nous avons de nous-mêmes, en fonction des contextes sociaux dans lesquels nous vivons et des apprentissages sociaux dans lesquels nous sommes impliqués » (www.psychologie-et-societe.org). Il va même plus loin : “il donne lieu à une estime de soi et à une conscience de soi. Il désigne également le point d'articulation entre la personnalité de l'individu et l'idée qu'il a de lui-même, et l'ensemble des facteurs qui dans le contexte social dans lequel il est inscrit, agissent sur lui » (www.psychologie-et-societe.org).

Alors comment trouver sa place dans l’identité sociale de Calgary quand la sienne est mise à l’épreuve ? Il y a un adage qui dit : à Rome on s’habille comme les Romains ! Ce qui requiert un travail d’adaptabilité, de recherches, de compréhension, et surtout la capacité illimitée d’aiguiser ses aptitudes professionnelles. L’identité sociale d’un individu est un cheminement invisible pour un nouvel arrivant. Il devra peu à peu acquérir les connaissances nécessaires pour décrocher un emploi à Calgary.  Alors,  au travail !

 

Conseils  pratiques pour un immigrant

Il est souvent répété que chercher du travail, c’est un emploi à plein temps. Mais trouver un emploi, c’est aussi savoir se définir soi-même. Tout comme on achèterait une maison, ici on achète un produit fini et défini ; et définir ce que l’on sait déjà faire tout en développant de nouvelles compétences, c’est le double défi de l’immigrant. Des opportunités à Calgary, il y en a. La difficulté est de réussir à percer les 80 pour cent de ce que l’on nomme le marché caché (recrutement en interne). Calgary est une culture à part entière. Il est nécessaire d’en apprivoiser les codes, afin de montrer qu’à son tour, on a aussi beaucoup de choses à apporter. S’adapter et se différencier, c’est aussi un peu la clé. Voici quelques points majeurs et autres différences culturelles à connaître pour un nouvel arrivant.

 

CV à la canadienne

Évident, mais il faut savoir faire un curriculum vitae(CV) canadien. Dans certains pays, il est courant de mettre sa photo, son âge et de mettre toute son expérience professionnelle sur une page en détaillant le moins possible. Au Canada, mettre son âge et sa photo est mal vu, ce serait perçu comme discriminatoire. De plus, il est important de décrire un maximum chaque tâche réalisée à chaque poste occupé, et de montrer quelles ont été vos accomplissements personnels. Ce qui compte avant tout, c’est l’expérience professionnelle.

 

Médias sociaux et visibilité

Le CV canadien, c’est un début, mais ce n’est pas suffisant. La visibilité passe aussi par les médias sociaux. Ils permettent de se faire connaître et de trouver aussi de l’information. Par exemple, LinkedIn, Facebook, Twitter, Meetup ou encore Youtube suivent l’actualité professionnelle des entreprises, des groupes et des particuliers. Des annonces d’emplois, des vidéos y sont souvent publiées. On peut aussi y mettre ses propres annonces, et à son tour se mettre en scène pour y faire aussi sa propre promotion. C’est un excellent moyen de se promouvoir. Sur Facebook et Twitter il est courant de poser des questions par rapport à un thème précis. LinkedIn demeure un outil très populaire à Calgary: “ seulement pas encore assez connu des francophones” précise Erwan Goasdoué de Connexion carrière. En effet, certains medias sociaux correspondent à certaines categories socio-professionnelles. Linked In fonctionnera pour le milieu des affaires, l’ingénierie  alors que facebook et twitter correspondront aux professions des médias et de la communication. De potentiels employeurs n’hésiteront pas à aller y jeter un coup d’œil. L’Amérique du Nord est le berceau du numérique. Les médias sociaux et l’informatique sont inscrits dans la culture canadienne au même titre que boire et manger. Attirer l’attention sur soi c’est important, voire vital professionnellement.

 

Différences culturelles

Les différences culturelles ne s’établissent pas seulement à la frontière du numérique. Elles s’établissent également autour du comportement et des interprétations que chacun se fait des réactions des uns et des autres. Par exemple, la frontière peut être mince entre confiance et arrogance ; savoir se vendre est un exercice de style qui va de soi. La mise en avant peut signifier des choses bien différentes en fonction d’où l’on vient et représente une vraie barrière culturelle pour certains immigrants. Chaque culture a ses points névralgiques et les référents ne sont pas les mêmes.Les perceptions et le sens que l’on met derrière les mots sont souvent différents, voire diamétralement opposés. Les raisons peuvent être culturelles, mais elles peuvent être aussi basées sur un manque de connaissances de l’environnement de travail. Être visible n’est pas facultatif, c’est obligatoire, afin de ne pas être noyé dans la masse du marché du travail. Et cette visibilité consiste aussi à montrer que l’on a confiance en ses capacités. Bref, qu’on est la personne de la situation ! Un peu d’audace n’a jamais fait de mal, à condition que cela soit fait de manière adéquate.

 

Le réseau

Il faut toujours veiller à se créer un réseau sur le lieu de travail et ailleurs. Point faible de beaucoup d’immigrants, car il faut bien commencer quelque part. La mobilité de l’emploi est une réalité partagée par tous les employés et, très souvent, la dimension de sa carrière se définit en fonction de son réseau à compétences égales. Quand on n’a pas de réseau, il faut s’en créer un. Le réseau, c’est le Graal que tout le monde cherche. Sans connexions, il est particulièrement difficile de trouver du travail. Ce sont les 80 pour cent du marché caché. À la manière du Monopoly qui consiste à acheter un maximum de rues ou d’avenues, LinkedIn par exemple cherche à étendre ses connexions et à obtenir un maximum de recommandations. Cette vitrine professionnelle contribue à établir un lien de visibilité mais aussi d’identification : premier pas vers la confiance d’un employeur. Il n’y a pas vraiment une culture de protection de l’emploi, mais plutôt une culture de protection des affaires, même si les deux peuvent être compatibles. Il faut avoir conscience de ça et être proactif dans sa carrière. On n’hésitera pas à licencier des personnes pour faire des économies. C’est un fragile équilibre entre les valeurs et les impératifs financiers d’une entreprise.

 

Non, l’immigration n’est pas une démarche masochiste ! On n’immigre pas pour se faire du mal, mais pour créer des opportunités de travail que l’on n’aurait pas ailleurs. L’immigration est basée également sur un concept économique : celui de l’offre et de la demande. L’immigrant est, par définition, une force de travail temporaire. Un immigrant n’est pas là pour prendre, il est là aussi pour donner. L’histoire du Canada est fondée sur l’identité pionnière. Des personnes qui ont dû faire preuve d’adaptabilité, de résilience et de créativité. La vraie compétition, c’est la barre que l’on se met à soi-même, plutôt que de se comparer constamment à son voisin ; l’important c’est de donner le meilleur de soi, afin d’atteindre son plein potentiel.

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