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École Héritage : une aventure de cœur

Falher était en fête du 31 mai au 2 juin dernier, pour célébrer les efforts de ceux qui ont aidé à mettre sur pied la première école francophone en milieu rural, il y a 25 ans.

 

Le 25e de l’école Héritage avait même été lancé plus tôt dans la semaine à l’école. Il y a de cela un quart de siècle, les élèves de la nouvelle école avaient voulu rendre le moment pérenne en  écrivant des mots de fierté et d’encouragement destinés à la génération future. Ces mots avaient été encapsulés et glissés dans le mat du drapeau franco-albertain de l’école. La capsule devait être ouverte par les premiers bébés nés après l’inauguration. C’était le cas de Sophie Nolette, qui a eu le plaisir de dévoiler les vœux de ses ainés. 

 

La plupart de ceux-ci rappelaient la chance qu’avaient les jeunes de la région de pouvoir vivre leur francophonie en milieu scolaire, de ne jamais l’oublier et de continuer à la revendiquer, car, comme le rappelle le directeur général du Conseil scolaire du Nord-Ouest (CSNO), Marcel Lizotte, « en 2013, il ne faut jamais tenir pour acquise l’éducation francophone et catholique en Alberta ». 

 

Fête du village

Après le spectacle maison de vendredi, où plusieurs groupes d’élèves ont présenté des numéros de cirque, de chanson et d’humour, aux côtés d’artistes de la communauté, les adultes se sont rassemblés à la tente du houblon, pour se remémorer maints souvenirs de jeunesse au village. Ceux-ci n’ont pas toujours été roses, puisque la venue de l’école francophone, en 1988 (alors à Jean Coté)a beaucoup divisé la communauté de Falher. 

 

Rachelle Bérubé raconte les frictions, au sein des mêmes familles, ou d’une même ferme, au sujet du choix d’école où allaient être envoyés les enfants. « Pour certains, envoyer ses enfants à l’école francophone, c’était comme si on volait des élèves potentiels de l’école d’immersion, l’école Routhier », relate la coordonnatrice des services de santé en français dans la région. 

 

Pour Denis Desgagné, ancien directeur de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) de Rivière-la-Paix, aujourd’hui président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques (CFA), ces tensions, qui devenaient parfois violentes, étaient empreintes du climat politique de l’époque, des discordes autour du fédéralisme de Trudeau. « Je pense que beaucoup de francophones restaient sur la clôture. Pour moi, beaucoup ont manqué de courage dans ce sens-là. »

 

La fête était donc un baume inavoué sur ces plaies qui finalement, ne sont presque plus visibles chez la génération actuelle d’élèves de l’école Héritage. 

 

Isolés à Jean Coté

La journée de samedi a été remplie de magie pour les enfants de la communauté de Falher et des villages alentour, grâce aux ateliers et aux spectacles de magie et de cirque présentés dans le gymnase de l’école. « Je crois que je n’ai jamais vu notre gymnase aussi sale », s’exclame Rachelle Bérubé, qui entraine la valeureuse équipe de volleyball et l’activité de badminton dans ce gymnase. Elle confie que la directrice de l’école, Nicole Walisser, nouvelle de cette année, est particulièrement encline à ouvrir les portes de l’école Héritage à toute la communauté. 

 

« On réalise plus que jamais que l’école C’EST la communauté, affirme cette dernière. Il faut ouvrir les portes parce que, sinon, ça ne durera pas longtemps. On leur redonne en vitalité. » 

 

La communauté qui gravite autour de l’école Héritage s’étend sur toute la région de Rivière-la-Paix, car l’école a vécu ses 10 premières années d’existence dans le hameau de Jean Coté, au nord de Falher. « C’était le fun là-bas. On ne pouvait pas aller nulle part, sauf chez M. Lavoie pour des Mister Freeze », raconte Corey Nelson, une finissante d’Héritage. 

 

Pour Denis Desgagné, cette isolation a été une bénédiction pour la construction identitaire des jeunes, de par le développement du programme culturel, dont il se chargeait, et les activités de l’école. « Tous les jeunes étaient des acteurs et des citoyens en devenir », affirme-t-il.

 

Venue assister au spectacle d’Aythan Ross, de Cirque Montréal, Judith Roy pointe ses petits-enfants et se dit heureuse qu’ils soient devenus fiers de leur langue, même si le village en tant que tel est plus bilingue maintenant alors qu’il était presque purement francophone lorsqu’elle s’est mariée. Contente de la fête, elle dit que « c’est un beau résultat », compte tenu de tout ce qu’elle a vu durant les 25 ans de lutte. 

 

Gala et prix

Le Gala du samedi soir a permis à quelque 200 personnes de célébrer cette lutte de bien plus de 25 ans qui a vu le jour de la première école francophone en milieu rural en Alberta (la 3e école francophone de la province). Des clips vidéos de nouvelles de l’époque, un jeu-questionnaire, une rétrospective vidéo de Sylvianne Maisonneuve, des discours et la remise de nombreux prix ont agrémenté la cérémonie d’après-souper au Centre Chevalier de Falher.

 

La présidente de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta, Chantale Monfette, a annoncé la création d’un prix qui marquera le 25e anniversaire de chaque école francophone. La statuette de verre réalisée par un artiste de Calgary a été divulguée en primeur lors du Gala. 

 

Chantal Monfette a rappelé que le District scolaire de Saint-Isidore (nom de l’époque) et les parents qui se sont mobilisés ont, non seulement créé une école, mais aussi une « gestion scolaire francophone locale ».  

 

Marcel Lizotte a, quant à lui, fait appel à une élève de 3e année, Nadia Lavoie, pour délivrer le remerciement de la génération présente, aux parents qui se sont battus pour que leurs enfants puissent s’épanouir dans un milieu scolaire entièrement francophone. Il a rappelé que « ce ne sont pas les politiciens qui ont pris l’initiative, mais les parents ». 

 

Défis à venir

Le directeur général du CSNO a réitéré le sentiment présent dans plusieurs des discours, soit l’inquiétude quant au maintien des acquis, la reconnaissance des défis passés, mais surtout de ceux qui restent à venir. 

 

Le premier directeur de l’école Héritage, Yvon Mahé, a rappelé deux obstacles à une éducation catholique en français qui sont survenus dans le passé : la crise religieuse durant la semaine sainte de 1989, ainsi que lorsque la gestion de l’école a failli être enlevée au District scolaire de Saint-Isidore. 

 

À l’heure actuelle, les défis principaux pour Nicole Walisser, sont de « retenir nos élèves et de les garder heureux » et « d’éveiller le cœur et la tête chez les francophones ». 

 

Mme Walliser n’a pas vécu la lutte, mais elle l’a suivi de près, toujours dans l’optique d’envoyer ses propres enfants à l’école francophone. Elle espère que les élèves d’Héritage « lui reviendront comme parents » plus tard, pour préserver le tissu social francophone de la région. 

 

La fête a-t-elle été à la hauteur de la créativité de la communauté scolaire passée et présente de l’école Héritage? À chacun son appréciation, mais comme l’a noté le député provincial de Dunvegan-Central Peace, Hector Goudreau, « après 25 ans d’existence, les faits parlent plus éloquemment que les mots ». 

 
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