L'Université de l'Alberta a remis cette année 13 prestigieux doctorats honorifiques. Alors que celui des sciences remis à David Suzuki a créé une grande polémique, celui des lettres, décerné mercredi 6 juin à France Levasseur-Ouimet a mis tout le monde d’accord. Récompensée pour son apport dans le domaine des langues et de la culture, la Franco-Albertaine était surprise de recevoir cette distinction. Entrevue avec une femme d’exception, voix importante de la communauté franco-albertaine.

France Levasseur Ouimet

Le Franco : Quand avez-vous su que vous recevriez le doctorat « Honoris Causa » de l’Université de l’Alberta ?

France Levasseur-Ouimet : Je ne sais pas si je suis censée le dire, mais c’est le doyen Pierre-Yves Mocquais qui me l’a annoncé à l’Automne. Je ne devais pas en parler, et croyez-moi le secret était vraiment dur à garder ! Pendant tout ce temps, je regardais la liste des personnes qui l’ont reçu, et je n’arrivais pas à réaliser que j’allais en faire partie.

LF : Quelle a été votre première réaction ?

F L-O : J’étais très incrédule, et je n’arrêtais pas de me poser la question « pourquoi moi ? ». Même si j’ai fait un peu de tout : je compose de la musique ; j’ai enseigné ; et j’ai écrit des pièces de théâtre, je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire. En réalité, faire un peu de tout quand l’on fait partie d’une minorité, c’est souvent ce qui arrive : on est tous des hommes et des femmes « orchestre » !   

LF : Que représente ce prix à vos yeux ?

F L-O : Même si c’est mon deuxième doctorat honorifique, je suis la quatrième récipiendaire donc il a un goût vraiment particulier. Quand on m’a décerné ce prix, je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour tous ces gens  qui sont venus s’installer en Alberta, comme mon père au début du siècle dernier.C'est une façon de rendre hommage à tous ces gens qui vivaient dans des conditions extrêmement difficiles.

LF : De quoi êtes-vous la plus fière ?

F L-O : C’est une question très difficile. Je pense que dans la vie il y a des étapes, et chacune des étapes à son moment de bonheur. J’ai eu mon étape d’étude où j’ai obtenu une thèse et un doctorat dont je suis très fière. J’ai eu ma phase politique où j’étais présidente de l’ACFA pendant des années très difficiles, et dont je suis très fière également. Aujourd’hui je suis dans une phase plus artistique. Je suis très fière de la pièce de théâtre que j’ai écrite pour les aînés, ou encore de cette chanson très substantielle, « elles s’appelaient Marie » qui raconte l’histoire de ces femmes pionnières. Cette chanson a même été jouée en Europe ! Et enfin je dois avouer que je suis très fière aussi d’avoir écrit sur l’histoire des Franco-Albertains. Il faut que les gens sachent et connaissent notre histoire, leurs histoires.

LF : Quelle réaction avez-vous lorsqu'on vous présente comme un leader de la Francophonie ?

F L-O : Je trouve ça un peu exagéré. Il y a eu un temps où j’aurais certainement voulu occuper ce rôle, mais aujourd’hui je me plais simplement à faire ce que je fais. En revanche, si ça impulse de l’énergie chez les jeunes et si ça leur donne des idées alors tant mieux, le bénéfice sera double voir même triple.  

LF : Vous avez été présidente de l’ACFA de 1989 à 1991. Quelle comparaison pouvez-vous faire avec aujourd’hui ? Quel est le bilan aujourd’hui ?

F L-O : C’était une époque très tumultueuse et vraiment très difficile surtout au point de vue constitutionnel, cependant les gens étaient tout de même très unis. Aujourd’hui  il est difficile de m’exprimer sur la situation actuelle, mais ce que l’on peut dire, c’est que la francophonie est toujours présente. On a des associations, les gens chantent, ils font du théâtre, etc. Par exemple il existe cinq chorales d’une cinquantaine de personnes à Edmonton et ce n’est pas rien. Je suis émerveillée de voir tous ces talents s’exprimer en français.

LF : Que reste-t-il à faire ?

F L-O : Je ne sais pas ce qu’il reste à faire, mais je sais qu’il faut continuer à s’assurer que les gens aient des racines assez profondes pour assurer la vitalité de la Francophonie. Il faut bien comprendre que l’on créé cette communauté ensemble, personne ne viendra de l’extérieur pour nous la créer. C’est à nous de le faire !

LF : Vous avez  l’occasion à travers cet article d’adresser un message aux Albertains, que souhaitez-vous leur dire ?

F L-O : Lorsque j’ai reçu ce prix honorifique, durant mon discours j’ai parlé de ce que j’appelle le « Glorius day ». J’aime le dire en Anglais, car je l’ai pensé en Anglais. Le « Glorius Day » c'est une journée dans notre vie où l’on emmagasine de l’énergie. Elles seront essentielles pour surmonter les épreuves difficiles que vous affronterez dans le futur. Me concernant j’ai eu beaucoup de « Glorius Day » parce que je me suis investie dans la communauté, et ce sont ces jours-là qui m’ont permis de surmonter mes ennuis de santé et la perte de mon mari. Profitez des « Glorius Day » car ce sont ces moments qui vont vous donner le courage et l’audace de braver les moments difficiles.

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