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Beaumont : école publique ou catholique ?

Jeudi 11 décembre, une quinzaine de parents se sont réunis à l’invitation du Conseil scolaire Centre-Nord pour discuter de la confessionnalité de la nouvelle école de Beaumont.

« On ne veut pas vous influencer d’une façon ou d’une autre. […] La loi veut que l’école soit publique ou catholique. Au conseil scolaire, ça ne fait aucune différence », annonce Henri Lemire, directeur du Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN), à la quinzaine de parents présents jeudi 11 décembre dans un des six bâtiments de la toute jeune école de Beaumont. Des conseillers scolaires sont également de la partie. Une réunion similaire avait d’ailleurs eu lieu lundi 1er décembre à Camrose.

Ouverte en septembre 2014, l’école de Beaumont compte désormais plus de 70 élèves. Il s’agit maintenant de décider si l’on veut qu’elle soit catholique ou publique. Dans les deux cas, elle dépendra du CSCN, mais le choix n’est pas anodin pour autant. Histoire d’y voir plus clair, deux intervenants ont présenté ces deux approches de l’enseignement francophone en Alberta.


« On propose la foi, on ne l’impose pas »

Tout d’abord, la conseillère en enseignement religieux Suzanne Foisy-Moquin explique que l’école catholique propose « une éducation qui favorise une rencontre intime entre l’enfant et la personne de Jésus-Christ », tout en spécifiant qu’« on propose la foi, on ne l’impose pas ». Parmi les activités essentielles à l’école catholique, Mme Foisy-Moquin cite la prière, les célébrations liturgiques, le partage de la foi et les projets de solidarité, avec la banque alimentaire par exemple. Pour elle, l’enseignement religieux est « censé avoir la même rigueur que n’importe quelle autre discipline », en se basant sur des ressources pédagogiques de l’Ontario.

Jean-Daniel Tremblay, le directeur de l’école Gabrielle-Roy, détaille ensuite les particularités de l’école publique, qui base son enseignement sur les « valeurs universelles d’entraide, de partage, de respect et d’honnêteté » en insistant sur « l’appartenance à une francophonie locale et internationale ». Il n’y a pas d’éléments religieux dans les classes mais plusieurs religions cohabitent au sein du corps enseignant. Il est possible de porter une croix autour du cou ou un hijab sur la tête. Noël ou le Ramadan peuvent aussi être célébrés.

« Commenter les choses avec les yeux d’un croyant »

Voici venu le temps des questions de la part des parents. Comment trouver un prêtre francophone à Beaumont par exemple ? « Les deux curés francophones d’Edmonton accepteraient peut-être de venir pour des questions de célébrations », propose Suzanne Foisy-Moquin. « Notre archevêque parle très bien français », ajoute Karen Doucet, présidente catholique du CSCN.

Un autre parent se demande « [de quelle manière] l’église catholique va-t-elle  affecter les autres matières comme la science ? » Mme Foisy-Moquin explique que les professeurs de l’école catholique, eux-mêmes catholiques pour la plupart, peuvent « commenter les choses avec les yeux d’un croyant » ou choisir des « allégories chrétiennes » dans le cadre d’un cours de langue… mais tous sont tenus de respecter les programmes à la lettre.

Arrive ensuite la question d’éventuels cours de religion à l’école publique. S’il n’y a aucun exemple actuel à Edmonton, Jean-Daniel Tremblay explique que Gabrielle-Roy a proposé pendant deux ans un cours de religions du monde, finalement abandonné faute de participants (la concurrence était rude avec les options alimentation et EPS…). Cela dit, rien ne l’empêcherait à Beaumont. « Une école publique en Alberta, ce n’est pas comme une école laïque en France », rappelle Karen Doucet.

 

 

« Donner la chance à mes enfants de choisir leur religion »

Invités à discuter entre eux ou avec les conseillers de manière plus informelle autour d’un repas, les parents se confient. « Moi je suis athée, donc je voudrais donner la chance à mes enfants de choisir leur religion, s’ils veulent en avoir une », raconte Pierre-Étienne Corriveau, père d’une fille en 1re année à l’école de Beaumont. Et si les catholiques l’emportent ? Il espère juste que sa fille aura des alternatives aux cours de religion. « Je viens du Québec et, dans mon école, j’avais été le premier qui avait été retiré des cours de religion ! », se souvient-il.

Mélanie Ringuette, elle, s’avoue « un peu mêlée ». Cette mère de trois enfants – 2e, 4e et 5e années à Beaumont, anciennement à l’école Sainte-Jeanne-d’Arc – estime que « les prières du matin, toutes les célébrations, c’est comme un peu trop  ».  « Il va falloir que je relise [mon dépliant] et que je repense à mon affaire ! », sourit-elle.

Quant à Josée Bertrand, elle souhaite transmettre son héritage familial catholique. « Il faut toute une communauté pour élever un enfant. L’école en fait partie », affirme cette maman de deux enfants (1re et 3e années). « J’aimerais bien que nos petits visitent nos aînés au foyer », prend-elle pour exemple, estimant qu’il ne suffit pas d’enseigner les valeurs chrétiennes : il faut aussi les mettre en pratique au sein de la communauté.

Les parents ont jusqu’au 17 décembre pour choisir la confessionnalité de leur école. Chaque parent pourra voter une fois, indépendamment du nombre d’enfants scolarisés à Beaumont. Le 20 janvier, le conseil scolaire annoncera le résultat. Ce sera à lui de trancher en cas de chiffres très serrés. Le nom de l’école sera décidé dans un second temps.

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