Inclusion scolaire : « Le mot-clé, c’est le leadership »

L’Association des enseignants de l’Alberta vient de publier un rapport sur l’inclusion scolaire (PDF), une philosophie et un ensemble de pratiques visant notamment à inclure les élèves avec des besoins particuliers (handicap, difficultés d’apprentissage...) dans des classes ordinaires. Le rapport évoque d’importants dysfonctionnements et propose une série de recommandations pour y remédier.

« La théorie de l’inclusion, c’est que tout enfant devrait avoir accès à l’école dans sa communauté », explique Marc Arnal (photo), le président du comité d’experts auteur du rapport sur l’éducation inclusive dans les écoles de l’Alberta. « L’inclusion présuppose un bénéfice pour l’ensemble de la collectivité », ajoute l’ancien doyen du Campus Saint-Jean, avant de donner un exemple : « Quand on apprend à vivre avec la différence, on vient de régler en grande partie le problème du harcèlement à l’école ».

Le début de la politique d’inclusion scolaire en Alberta remonte à 2008-2009. « Le gouvernement a publié un énoncé de valeurs et de missions, et a promis de mettre sur pied des mesures d’implantation qui impliqueraient les différents acteurs dans les systèmes scolaires, détaille M. Arnal. Et c’est là que le bât blesse. »


« Les enseignants se sentaient mal équipés »
En mai 2013, l’Association des enseignants de l’Alberta (Alberta teachers’ association, ATA) réunit 400 représentants de toute la province lors de son assemblée annuelle. Si le principe de l’inclusion scolaire n’est pas remis en question, son application concrète pose de nombreuses difficultés sur le terrain. « Les enseignants se sentaient mal équipés pour accueillir les enfants avec des besoins spéciaux. » La constitution d’un comité d’experts externes à l’ATA est donc décidée.

« L’ATA a établi une grille de compétences : on est allé chercher des gens qui travaillaient dans le domaine, dans les bureaux centraux, dans les salles de classe, des directions d’écoles, une représentation de l’université aussi, des gens d’un peu partout dans la province », énumère le président du comité d’experts.

Le comité s’est attaqué à l’histoire de l’inclusion scolaire et aux politiques associées, a collecté des témoignages via une plateforme en ligne (1420 réponses), réalisé des réunions dans toute l’Alberta... « Quand ils ont fait les groupes-témoins dans les régions, les chercheurs nous ont dit qu’il y avait des gens qui pleuraient à chaudes larmes, raconte M. Arnal. Il y avait beaucoup d’émotion. C’est un sujet qui touche profondément les enseignants car ils veulent tous bien faire! »

Manque de temps, de compétences, de communication...
Ainsi, les problèmes rencontrés par de nombreux enseignants font surface et se recoupent. « Les enseignants ont l’impression de manquer de temps, explique Marc Arnal. Certains ont dit : même si je travaille 70-80 heures par semaine, je n’ai jamais l’impression d’en avoir fait assez parce que je n’ai pas les compétences. Je n’ai pas le temps de parler avec mes collègues, je n’ai pas de possibilités de partage, de développement professionnel... »

Une fois toutes ces données collectées, les experts ont pu dégager des tendances. « Ce qui nous a frappés, c’est la profondeur et l’étendue de la frustration des enseignants. [Concernant] leur taux de satisfaction par rapport à la composition de leurs salles de classe, il y a eu une baisse incroyable dans les dernières années. » En effet, seulement 14 % des enseignants interrogés se sont dits satisfaits par l’effectif de leur classe incluant des élèves avec besoins spéciaux, contre 39 % en 2007.

38 recommandations
Le comité a ensuite proposé des pistes de solutions par le biais de 38 recommandations. S’il n’y a pas de recette miracle, Marc Arnal pointe du doigt un cruel manque d’accompagnement de la part du gouvernement. « Le mot-clé, c’est le leadership (...) Le gouvernement a fait une erreur : il y avait anciennement une unité à l’intérieur du ministère qui était vouée à [l'inclusion]. À un moment donné, ils ont éliminé cette entité-là et ils ont dit : dorénavant, la préoccupation pour l’inclusion est infusée dans tous les secteurs du ministère. Ça fait toute ma vie que je travaille en bureaucratie et je sais que la meilleure façon de tuer une politique, c’est de dire que personne n’est responsable. » D’où la nécessité de reconstituer ce foyer de compétences. « Comme ça, si un enseignant ou un directeur d’école rencontre une difficulté et ne sait pas vers qui se tourner, il peut prendre son téléphone et appeler un expert. »

Les universités ont elles aussi été interpelées, puisque davantage de recherche sur l’inclusion semble nécessaire. Selon le rapport, les stages des futurs enseignants devraient inclure les élèves avec des besoins particuliers.

Parmi les autres recommandations, l’organisation d’un symposium pour les enseignants a été proposée, ainsi que la multiplication d’activités de perfectionnement professionnel.

Les parents, quant à eux, « doivent travailler avec les conseils scolaires et les enseignants ; s’investir, s’intéresser... », conseille Marc Arnal, même si « ça peut devenir un peu chatouilleux, par exemple quand on parle de problèmes liés à l’alcoolisme fœtal. C’est très délicat et difficile mais je pense que dans ces cas-là, il faut regarder vers l’avenir et dire OK, l’enfant a un problème, on va travailler sur ce problème. »

« Le rapport ne pouvait pas mieux tomber en termes de timing »
L’ancien doyen du Campus Saint-Jean a bon espoir de voir appliquer ces recommandations, notamment celles qui concernent le gouvernement provincial. « Sans doute que certaines personnes vont me traiter de naïf, mais je pense que le rapport ne pouvait pas mieux tomber en termes de timing avec le changement de gouvernement et l’arrivée d’un nouveau Premier ministre qui, en passant, parle très bien français et comprend la diversité. »

M. Arnal admet toutefois que l’inclusion scolaire reste une problématique jeune que l’on connait encore assez mal. « Il n’y a pas de pays à date – sauf peut-être la Finlande, mais elle n’a pas la diversité qu’on a ici – qui a réussi complètement cette politique. Si l’Alberta, avec toutes les richesses et les ressources qu’elle a, ne peut pas réussir, il y a quelque chose qui ne va pas ! »

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