Université et collégial en français : des pistes de solutions

« Il y a beaucoup de rumeurs, c’est une bonne occasion de clarifier les choses. »

C’est par cette affirmation que Donald Ipperciel, codoyen au Campus Saint-Jean, a entamé son atelier sur l’éducation postsecondaire en français au Rond Point 2013. Quand on dit éducation postsecondaire, deux dossiers font surface dans les préoccupations de plusieurs organismes de la francophonie.

Il s’agit de la santé financière du Campus Saint-Jean (et la prétendue volonté de l’Université de l’Alberta de rapatrier certains des programmes du CSJ), et l’offre de programmes collégiaux en français à travers la province, ou la survie du Centre collégial de l’Alberta (l’angle de définition du problème déterminant les solutions, comme on aura pu le constater lors de la discussion).


Pour l’instant, le CSJ doit faire avec des coupes budgétaires de 2,8 % cette année, et 7 % pour 2014-2015, comme toutes les autres facultés de l’Université de l’Alberta. Par contre, « on s’attend aussi à avoir une diminution du transfert de fonds des langues officielles », mentionne M. Ipperciel.

Alors que le CSJ s’approche de sa capacité maximale en terme du nombre d’étudiants que l’institution peut vraisemblablement accepter en fonction de ses espaces physiques, que les effectifs du corps enseignant vont diminuer avec les départs volontaires cette année et que « nous avons déjà mis à pied 60 % de notre personnel de soutien », la situation du CSJ pour les prochaines années est inquiétante.

« Avec les coupures, la qualité va baisser, et même si l’institution est toujours là après, ça va être un squelette de ce qu’elle était avant. C’est bien beau qu’on donne un mandat à l’ACFA à la fin de la journée, mais les stakeholdeurs c’est moi puis toi, et tout le reste du monde dans la salle », lance Colin Champagne, étudiant à Saint-Jean et conseiller à l’Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean.

« Ça prend donc une approche mobilisatrice concertée », résume le directeur général de l’ACFA, Denis Perreaux, formant au fur et à mesure des discussions une résolution à présenter aux membres de l’ACFA à l’assemblée générale annuelle.

Du côté du Centre collégial, une phrase de la présentation PowerPoint du codoyen fait froncer les sourcils : « Décembre 2013 : relance des discussions sur le collège ».

Comme le rappelle Denis Perreaux, les fameuses discussions sur le collège, ainsi que le processus décisionnel est au point mort depuis l’été dans les bureaux de la hiérarchie universitaire. « Dans ce dossier-là, on subit beaucoup de choses », tient à rappeler M. Ipperciel.

La bureaucratie de l’Université n’étant pas adaptée au collégial, une des pistes de solution serait de sevrer les liens entre les deux institutions, d’obtenir une charte indépendante pour éviter que l’argent découlant du fédéral ne doive passer par toutes les rizières d’autres institutions avant qu’une infime proportion ne parvienne au Centre collégial.

La directrice générale du Secrétariat francophone, Cindie LeBlanc, a cependant averti les gens présents que cette avenue « ne serait pas considérée » au gouvernement provincial dans le climat actuel de compression budgétaire en éducation. « Le sous-message, c’est qu’il n’y aura pas d’argent public pour créer une nouvelle institution, alors combien ça va couter aux élèves de s’inscrire », se demande-t-elle.

Une autre avenue proposée pour sauvegarder l’offre de programmes collégiaux en français en Alberta, tout en maintenant la direction du Campus, mais pas nécessairement le Centre collégial dans sa forme actuelle, serait un partenariat avec les autres institutions qui veulent offrir des programmes collégiaux en français, pour éviter les doublons et s’assurer d’un partage des dollars fédéraux équitable.

En effet, lors du dernier appel d’offres de la province, neuf institutions collégiales ont fait une demande, dont Norquest, Grande Prairie Regional College et Lakeland College, comme l’a révélé Donald Ipperciel lors de l’atelier. Le président-directeur général du Conseil de développement économique de l’Alberta, Marc Tremblay, pense qu’il est temps « d’entamer le dialogue avec ces institutions-là ».  

Le nouveau président élu de l’ACFA,  Jean Johnson, fait également miroiter cette idée : « Quatre collèges communautaires ont déjà démontré un intérêt de créer une entité centrale ».

Du côté de l’administration du CSJ, mais aussi des personnes présentes, il n’est pas question de dépourvoir le CSJ de son rôle de prestataire de services, de recruteur et de leadeur dans l’offre postsecondaire en français en Alberta.

Selon M. Ipperciel, et ce à quoi plusieurs acquiescent, « un programme en français dans une institution anglophone ce n’est pas la même chose ». De plus, le CSJ serait financièrement affecté par la perte des services collégiaux, effet mitigé s’il reste partenaire. Mais, dans ce scénario qui semble n’être faisable qu’à travers un système d’éducation à distance, quelle serait la place du Centre collégial de l’Alberta?

Plusieurs questions demeurent, mais les participants de l’atelier ont pu s’entendre sur la résolution suivante, adoptée à l’assemblée annuelle de l’ACFA qui a suivi, en après-midi, les ateliers, stipulant que l’ACFA agisse immédiatement, par une approche concertée et mobilisatrice, afin qu’elle assure l’avenir sain du Campus Saint-Jean, le Centre collégial de l’Alberta et de leurs programmes en assurant une gouvernance qui donne une plus grande voix aux clientèles-clés.

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