Table ronde : jeunes et engagés dans la francophonie

Trois jeunes militants (à leur manière) de la francophonie se relançaient la balle, le 12 juin dernier, sur la place des jeunes dans un mouvement francophone panaméricain. 

 

Céleste Godin est Acadienne du plus loin qu’elle se souvienne. Sa francophonie est une partie intégrante d’elle-même. « Je ne pense pas que tu peux vraiment savoir qui je suis si j’échange dans les trois mots d’espagnol que je connais », affirme-t-elle. Cette identité est faite de moments de fierté absolue, mais aussi de moments difficiles, comme quand sa mère l’a habillée en Évangeline un matin pour aller à l’école et qu’une petite fille a dit  : « C’est un costume d’esclave, maitresse. » 

 

 

 

Aujourd’hui, elle est coordonnatrice de projets au Conseil jeunesse provincial de la Nouvelle-Écosse. 

 

Le Franco-Manitobain Gabriel Tougas s’estime chanceux de pouvoir faire son travail à 

100 % en français. D’avoir grandi dans une famille exogame avec un père qui lui a insufflé la passion du français, lui a donné un atout de taille pour réaliser plusieurs séries documentaires pour TVA et TFO et complété un long métrage à l’âge de 23 ans. Même s’il n’est pas engagé au niveau institutionnel (sauf dans la centaine de parlements jeunesse qu’il a fréquentée), il donne une visibilité aux communautés francophones canadiennes dans ses films. 

 

Ludgie Zéphirin est directrice des affaires culturelles au Centre culturel de la comédie sans frontière d’Haïti (COSAFH). Grâce à une vidéo de promotion de l’organisme, les participants à la table ronde ont pu gouter à la passion des jeunes impliqués dans le COSAFH, une célébration du français toute en danse et en couleurs. Ludgie Zéphirin est comédienne, chanteuse, et improvisatrice. Elle partage son enthousiasme pour le cœur à cœur francophone en organisant des activités pour les jeunes dans les écoles de sa région.

 

En Haïti, le français est la langue des colons qui ne vaut pas la peine d’être parlée, pour certains. Il y a chez les jeunes des écoles publiques notamment, un rejet total de la langue, celle-ci associée à une certaine élite. Mais, puisqu’elle perd de la vitesse sur le plan économique, la situation change. Pour la directrice du COSAFH, « le français est une partie de notre culture, quelque soit la façon dont on entre en contact avec elle ». « On a une richesse, pourquoi pas la garder », continue-t-elle. C’est une conscience de cette richesse qu’elle essaie d’éveiller chez les jeunes, par la méthode douce, l’art. 

 

Mouvement francophone

Une fois que ce premier contact attrayant est effectué, faut-il mobiliser davantage, se rebeller contre l’ordre établi? À quoi ressemblerait un mouvement francophone pancanadien? Céleste Godin a quelques idées là dessus. Comme soulevé lors de la table ronde, il faut faire attention, dans le milieu scolaire par exemple, entre la rigueur qu’on veut avoir pour l’apprentissage du français par les jeunes, et une certaine tolérance pour ne pas rendre le processus trop fastidieux. 

 

Faire partie du « mouvement francophone », pour utiliser l’expression élaborée par l’Acadienne durant cette semaine d’Université d’été, peut s’exprimer de multiples façon, soit en enseignant le français à son enfant, soit en encourageant des commerces qui offrent des services en français, etc. 

 

En tant que jeune militant, il faut cependant savoir choisir ses batailles. La question du budget est l’une des principales préoccupations pour les associations jeunesse (entre autres), ce qui empêche parfois de rêver ou de philosopher sur la forme que devrait prendre la francophonie  des Amériques et son essence. 

 

Confrontés à des réalités nouvelles (comme le fait qu’un organisme comme le COSAFH fonctionne avec une fraction infime du budget des organismes jeunes à travers la Canada), Gabriel Tougas et Céleste Godin se prennent à réfléchir à des moyens de remédier à cette vision tunellaire qui vient de pair avec des demandes de subventions trop fréquentes. « Nous, on fonctionne avec la passion », témoigne Ludgie Zéphirin, inspirante. 

 

Ayant fait valoir la légitimité des initiatives exclusivement par et pour les jeunes, Céleste Godin évoque le choc générationnel auquel ils sont parfois confrontés dans leur mobilisation. « Il faut écouter tout ce que les jeunes ont à dire, même s’ils rejettent tout ce que vous avez construit pendant 40 ans », conseille-t-elle au public adulte. 

 

Mais qui sont ces jeunes engagés, cette minorité loquace à laquelle font défaut beaucoup de jeunes de leur entourage? Au cours de la semaine de cours et de débats au Campus Saint-Jean, une pensée est apparue à Gabriel Tougas, qu’il a voulu partager à l’auditoire. « Il faut peut-être arrêter de se casser la tête à essayer de rallier les désintéressés et se concentrer sur ceux qui n’ont peut-être pas conscience de cette francophonie autour d’eux, mais qui s’y intéresse dès le premier 

contact », dit-il. 

 

Et surtout, « vis ta francophonie comme tu veux la vivre, sans avoir besoin de l’expliquer, mais de la montrer, moins en parlant qu’en agissant », lance le jeune cinéaste. Il rappelle aux jeunes rassemblés autour, qu’« on vit à une époque où, plus que jamais, les choses peuvent se passer à l’extérieur du cadre institutionnel ». 

 
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