Intégrer les enfants fragilisés

Chaque année, des milliers de nouveaux arrivants viennent s’établir au Canada. Parmi eux, de nombreux enfants dont certains ont attendu plusieurs années, soit dans un pays en guerre, soit dans un camp de réfugiés, ou encore dans un pays de transit. Dans les semaines ou les mois qui suivent leur arrivée, les enfants prennent alors le chemin de l’école. Comment éviter l’écueil du décrochage scolaire face à un tel contraste de réalité et de culture ? Une rentrée scolaire qui se fait dans les règles ou presque.

Pamphile Mburugu, dont l’épouse et les 6 enfants viennent de Bukavu, à l’est de la République démocratique du Congo, mesure l’ampleur des défis auxquels vont être confrontés leurs enfants : « Tout est nouveau pour eux : la langue, le climat, la culture, le système éducatif ». Quelles dispositions les milieux scolaires, les organismes d’accueil et d’établissement ou encore les communautés ethnoculturelles prennent-ils pour faciliter l’intégration scolaire de ces enfants afin de les mettre à l’abri du décrochage et de l’échec ?

Des inquiétudes justifiées

Le décrochage scolaire est un mal répandu sur l’ensemble du territoire canadien. Rappelons quelques faits. Deux rapports sur le décrochage scolaire publiés en 2009 au Québec dressent un portrait de la situation. Les chiffres qu’ils donnaient étaient alarmants : « 27 % au secondaire, 33 % en formation professionnelle, 40 % dans la formation des adultes, 61 % au cégep... Voilà les pourcentages d’élèves au Québec qui décrochent avant la fin de leurs études ». Telle fut la conclusion de l’étude menée par Pierre Potvin de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Le rapport du Groupe d’action sur la persévérance scolaire dirigé par l’homme d’affaires montréalais, Jacques Ménard, parlait quant à lui d’un taux avoisinant 31%.

Dans son récent rapport intitulé Décrochage scolaire au Québec : dix ans de surplace, malgré les efforts de financement, publié en mai 2018, l’Institut du Québec estime que la province du Québec continue à présenter la pire performance au niveau canadien : l’écart est de 20 % avec l’Ontario (84 %), la Nouvelle-Écosse (84 %) et le Nouveau-Brunswick (84 %). L’avant-dernière place est occupée par la Saskatchewan (72 %), suivie de l’Alberta (75 %), du Manitoba (76 %) et de la Colombie-Britannique (77 %). Entre les deux blocs se situent Terre-Neuve-et-Labrador (82 %) et l’Île-du-Prince-Édouard (80 %). Comme on peut le constater, le problème est pancanadien.

Aussi, les nouveaux arrivants qui prennent connaissance de telles statistiques paniquent…. Établi à Montréal depuis environ 18 ans, Julien Kuku se souvient de défis auxquels il était confronté : « Le système éducatif dans lequel nous avons étudié est totalement différent de celui dans lequel étudient nos enfants. Il y a des choses que nous apprenions en même temps que nos enfants quand nous les assistions dans leurs devoirs ».

Le père de famille mentionne aussi que les horaires de travail parfois atypiques ne permettaient pas à certains parents d’être à la maison au moment où leurs enfants avaient besoin de leur aide pour les devoirs. Et pour les parents qui ne connaissaient pas la langue dans laquelle étudiaient leurs enfants, l’échec scolaire paraissait difficile à conjurer. Autant de facteurs qui alimentent les inquiétudes des nouveaux arrivants face au nouveau système scolaire dans lequel doivent s’intégrer leurs enfants.

Les organismes d’accueil conscients des problèmes  

Interpellé par les défis d’intégration dans les milieux scolaires, le Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta prend, dès sa création, le taureau par les cornes. « On a commencé par des ateliers d’aide aux devoirs pour la mise à niveau, explique Yao Datté, coordonnateur des travailleurs en établissement dans les écoles. Par la suite, nous avons élaboré le projet travailleur en établissement dans les écoles pour un bon suivi d’une meilleure intégration des parents et élèves immigrants dans le système scolaire. Dans un troisième temps, nous avons mis en place les projets des camps d’été anglais langue seconde pour la mise à jour des immigrants en anglais sans oublier la semaine d’orientation des nouveaux arrivants pendant trois jours d’ateliers et d’activités diverses pour une meilleure orientation au système scolaire et une bonne préparation de la rentrée scolaire ».

Le Conseil scolaire Centre-Nord n’est pas en reste

Robert Lessard, directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord, a vu passer dans les écoles de sa juridiction de nombreux enfants dont plusieurs venaient de pays en guerre, de camps de réfugiés, ou après de longs délais de réunification de famille. Autant de situations dont l’impact sur les apprentissages est pervers. Pour lui, « les défis peuvent donc être à différents niveaux, mais une chose est certaine, les enfants qui nous arrivent de situations difficiles ont une résilience extraordinaire. Ils méritent notre admiration et notre engagement. Nos écoles se consacrent entièrement à leur développement. Leurs familles souhaitent leur réussite et fondent des attentes élevées envers le système scolaire pour assurer la formation nécessaire à cette réussite ».

À la question de savoir quelles mesures le Conseil scolaire prenait pour prévenir le décrochage scolaire de ces enfants, le responsable a indiqué sans ambages « le rôle de liaison essentiel entre la famille et l'école que jouent les travailleurs en établissement du Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta », sans oublier la contribution tout aussi précieuse de « la Fédération des parents francophones de l'Alberta (…), particulièrement dans le dossier de la petite enfance ». 

Mais au-delà, le directeur général du Conseil scolaire Centre-Nord mentionne ce qu’il appelle les « mesures de différenciation pédagogique ». Celles-ci prennent, selon lui, différentes formes : classes spécialisées pour des interventions intensives en lecture, appui supplémentaire en ressources humaines pour soutenir les enfants dans leur apprentissage, évaluations et diagnostics en début ou même avant le début de l'année afin de dresser un portrait clair du niveau d'apprentissage des enfants pour ensuite fournir les appuis nécessaires à la réussite des élèves.

« Il faut cependant noter, conclut Robert Lessard, que les interventions sont variées puisque nous cherchons à répondre aux besoins individualisés des élèves. Chaque élève est différent et il est nécessaire de différencier nos approches en conséquence. Ce que je retiens dans nos interventions, c'est l'effort de notre personnel à établir de bonnes relations avec l'enfant dès le départ et leur engagement à assurer leur réussite ». 

Le problème est réel et mérite d’être pris à bras le corps.

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