Direction de l’éducation française; où est-elle passée ?

La DEF, Direction de l’éducation française, était une institution fondée en 1978 au sein du ministère de l’éducation provincial dont le but était de gérer l’éducation en français en Alberta. Il semblerait qu’en août dernier, elle ait été supprimée. Aucune information n’a été rendue publique à ce sujet, aucune annonce officielle n’en fait état et ce n’est qu’au travers de plusieurs témoignages de membres impliqués dans la communauté que le sujet a été porté à l’attention du Franco. Enquête.

Que se passe-t-il au ministère de l’éducation albertain ? Qu’est-il advenu de la DEF ? Le département de la Direction de l’éducation française (French Language Services, ou FLS, en anglais), qui regroupait une quarantaine de personnes, semble avoir été supprimé dans l’indifférence la plus totale. Aucun communiqué, aucune annonce, pas de détails. Même la page Internet qui se consacrait à la DEF sur le site du gouvernement semble avoir disparu.

the university 2795210 960 720Une décision passée sous silence

Pour Alain Nogue, ancien directeur adjoint de la DEF, maintenant retraité, tout s’est fait « en sourdine ». « Je ne comprends absolument pas le silence autour de cette histoire. Sans que personne ne le sache, on s’est débarrassés de cette institution francophone », observe-t-il. « Ils ont voulu faire ça sans fanfare », ajoute Marc Arnal, président de l’ACFA, qui a entendu dire que la direction avait été démantelée par ses propres sources.

Créée voilà presque quarante ans, la Direction de l’éducation française jouait un véritable rôle de fleuron dans la défense et la gestion de l’éducation en français en Alberta. Elle était en charge des programmes scolaires, de l’évaluation et de l’autorisation des ressources, de l’élaboration de documents d’appui, et concernait tout autant les besoins des écoles de langue française que ceux des écoles d’immersion.

Même les premiers intéressés semblent être dans le flou. Mireille Péloquin, directrice générale de la Fédération des parents francophones de l’Alberta, organisme financé par le ministère, s’est rendu compte d’un « remaniement du département » sans bien en comprendre les détails. « Les gens qui s’occupaient de nous sont toujours là mais je suis inquiète de l’impact de cette décision à plus long terme ».

La quarantaine d’employés qui travaillait au sein de la DEF aurait été dispersée au sein du département Alberta Education. « J’ai peur que la marge de manœuvre soit diluée dans la plus grosse machine », s’inquiète Mme Péloquin.

Cette absence d’information officielle est d’autant plus étrange qu’elle intervient à la suite de l’annonce de politique de services en français. « C’est complètement contradictoire », estime Claude Couture, professeur au Campus Saint-Jean. Pour Marc Arnal, c’est la même incompréhension : « Au lendemain d’une politique sur les services en français, c’est particulièrement maladroit de proposer une telle structure ».

La perte d’une voix pour l’éducation française ?

« C’est un peu comme si on se débarrassait du Campus Saint-Jean. La francophonie vient de perdre l’une de ses institutions », lance Alain Nogue. Sans la branche française, le poids du fait français ne peut qu’être amoindri pour l’ancien directeur adjoint. « Les individus sont dispersés dans le ministère, dilués dans l’océan. Il n’y a plus de voix pour l’éducation française », déplore-t-il.

L’impact pourrait se faire ressentir sur les écoles de langue française mais aussi sur celles qui offrent les programmes d’immersion. « C’était une unité importante, notamment pour l’immersion française », relève Claude Couture. « Cela démontre une dilution et non une reconnaissance des services en français », ajoute-t-il.

Pour Marc Arnal, les conséquences de cette décision sont doubles : « Premièrement, ça élimine la possibilité de travailler en français au sein du ministère. Deuxièmement, avec mes 25 ans d’expérience dans le domaine, je peux dire que ce genre d’approche ne fonctionne pas. Au bout de quelques années, cette politique va disparaître. C’est juste une mauvaise idée », commente le président de l’ACFA.

Pour quelle raison cette décision a-t-elle été prise ? Économie des coûts ? Gain de temps pour la refonte des programmes scolaires ? Les membres de la communauté attendent des réponses des instances politiques. Le Franco poursuit ses recherches et publiera le résultat de son enquête dans les semaines à venir.

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