Lloydminster en baisse, le métissage linguistique en hausse

En baisse : la probabilité qu’il y ait une école à Lloydminster l’année prochaine

Aux premiers échos de la possible fermeture de l’école Sans-Frontières à Lloydminster (ville à cheval sur l’Alberta et la Saskatchewan), je me suis dit qu’il devait s’agir d’un levier pour le Conseil scolaire fransaskois (CSF) afin d’obtenir l’argent qu’il estimait lui être dû auprès de l’Alberta. Il y a un peu de ça, du fait que même auprès de leurs électeurs lors de la réunion du 26 novembre, le directeur par intérim Donald Michaud (qui je le rappelle est également directeur de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta) n’a pas hésité à affirmer aux parents que l’Alberta leur « volait leurs ressources » (étant donné que le gouvernement albertain ne subventionne pas la totalité des services offerts à l’école Sans-Frontières). Heureusement, les parents, en êtres humains raisonnables, ne se sont pas jetés sur la solution « d’exclure les élèves franco-albertains de l’école », solution qui, je l’ai appris plus tard, avait été proposée par le conseil juridique du CSF.

Étrangement, malgré le fait que leurs enfants représentent le deux tiers des effectifs de l’école, nous avons peu entendu les parents résidant du côté albertain de Lloydminster. Pourtant, dans l’hypothèse de la fermeture de l’école par le CSF, ce sont eux qui porteront tout le poids de la preuve qu’une école francophone est nécessaire à Lloydminster. Pour l’instant, j’attribue la cause de ce silence à notre déformation journalistique de n’interviewer que les décideurs mais, à mon avis, ils ont davantage intérêt à « faire pression sur l’Alberta » que les parents fransaskois, pour qu’il y ait une rentrée scolaire en français l’année prochaine à Lloydminster.

De la bouche du directeur général du Centre-Nord, Henri Lemire, ce conseil peut paraître à double tranchant, mais il n’en est pas moins valide : prenez exemple sur Camrose. À Camrose, la probabilité d’une école francophone était directement proportionnelle à la ténacité des parents. Mutuellement, le groupe de parents et le conseil scolaire se sont donnés du fil à retordre. Et pourtant, on a aujourd’hui un cercle local de l’ACFA, et une trentaine d’inscrits à l’école francophone de Camrose.

 

En hausse : l’art ne voit pas les deux solitudes

Je suis plutôt déçue de ne pas avoir eu de courrier des lecteurs concernant notre couverture de la semaine dernière. Le titre subtilisé à la photo de l’œuvre de Mathieu Lefèvre, « I don’t get it », était pour moi un pied de nez, une façon d’utiliser l’art pour questionner, se questionner et faire se questionner. Défier l’entartrage et les idées souvent trop bien ancrées. Dans sa conférence ‘‘S’outiller pour sa communauté’’, Todd Babiak l’a bien démontré : il faut des mois et une équipe de professionnels pour déloger les récits banals et non évocateurs au sujet de notre ville des champions (une dizaine d’autres villes nord-américaines ont le même slogan). Que faire alors pour notre histoire ? Nos organismes ? Nos batailles ?

Comme me l’a fait remarquer un de nos lecteurs qui n’a pas voulu rendre son commentaire public, je n’ai peut-être pas la légitimité de me prononcer là-dessus étant donné que je ne siège pas encore au tableau d’honneur des cinq ans ou 10 ans dans la communauté francophone albertaine. Cependant, personnellement, j’ai tendance à parler sans qu’on m’y invite, et deuxièmement, n’est-ce pas ce qu’on demande à un rédacteur en chef dans un éditorial ?

Alors, pour revenir à nos moutons, j’ai été touchée par le « bilanguisme » de Pierrette Requier à travers la lecture publique de sa pièce Les voix éclatées, mais également simplement en l’écoutant parler. Comme le chiac, le métissage de ceux qui ont supposément « perdu leur langue » est un baragouinage tout à fait mélodieux qui ne devrait pas être limité au domaine artistique.

Bien sûr, comme Pierrette Requier l’a vécu, et moi aussi d’ailleurs, on peut se rendre compte un jour, par une vague de frustration et de honte, qu’on ne s’exprime bien dans aucune des langues qui sont les nôtres. S’ensuivent habituellement un sentiment de non appartenance et une marée noire de questions existentielles. Elle les a canalisées dans une torsade de mots « bilangues ». Et on l’accepte puisque c’est de la poésie, comme on le fait pour l’art, et même pour le monde des affaires.

Alors pourquoi être conservateurs dans d’autres domaines ? Après tout : « Dans notre famille, il n’était pas question de francophones ou d’anglophones, c’était tout du monde ! », nous raconte Roland, l’aîné de la famille de Pierrette (voir article page 11). Pourquoi perpétuer le récit de l’assimilation, qui ne semble pas correspondre à l’idée que se faisaient d’eux-mêmes les pionniers ?  Est-ce qu’il ne serait pas temps de changer de fil narrateur pour parler de notre réalité langagière de manière plus adaptée et ce, en utilisant librement de manière créative toutes les langues qui nous appartiennent et nous définissent ?

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