« Les participants donnent à l’ACFA le mandat de continuer à travailler à l’obtention de la gouvernance du Collège francophone. »

C’est ainsi que se lit la proposition amenée en assemblée générale par l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et non soumise au vote puisque « de consensus ». Toutes les propositions issues des ateliers lors du Congrès annuel de la francophonie ont fait « consensus ».

Ce mot écrit noir sur blanc sur le tableau m’a frappée, surtout par rapport aux ateliers auxquels j’ai assisté. Celui du rapport du Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA) a démontré que personne ne s’entendait sur 1. l’utilité du RIFA, 2. les termes employés pour parler des différents groupes socioculturels qui constituent la francophonie albertaine, 3. ce qu’on doit faire avec les immigrants. (Je le dis comme ça parce que pour moi, quand on essaie de changer le discours public, il faut pouvoir appeler un chat un chat.)


D’ailleurs, le temps alloué à l’atelier était beaucoup trop court pour qu’on puisse arriver à des pistes de solutions tangibles. Les propositions amenées en AGA se résument en gros ainsi : améliorer la communication avec les « communautés culturelles » (ces euphémismes me font frémir),  trouver des moyens de collecte d’information plus efficaces, et continuer toujours et encore à dialoguer. Pourtant, ce que j’ai personnellement retenu de cet atelier était un appel à la prise de décisions concrètes, à l’action. Bien sûr, ce n’est pas le mandat du RIFA, qui est strictement un forum. Soit, il n’y a aucun tort à dialoguer, à part peut-être de développer un méchant plaisir de s’entendre parler.

Dans un autre dossier, l’ACFA n’a pas peur de prendre une position décisive (lire ici : dans le dossier collégial, voir proposition citée plus haut). Contrairement au dossier de l’immigration à prendre avec des pincettes, selon Jean Johnson – « Je sais exactement ce que tu veux dire mais je ne veux pas le verbaliser », a-t-il dit à Paul Dubé, au sujet de la marginalisation systémique et systématique des Franco-Albertains non-blancs  – celui-ci n’a pas peur des mots dans le dossier collégial. M. Johnson a utilisé les expressions « bâillonnés par » et « institution anglo-dominante » au sujet de l’Université de l’Alberta.

Et il n’a pas tort. Dire les vraies choses, c’est assez apprécié dans les cercles journalistiques et sur la place publique, au bon endroit au bon moment. J’ai l’impression que ces expressions lourdes de sens servent un discours qui se veut rassembleur autour d’une position qui ne l’est finalement peut-être pas.

« Ce n’est pas avec l’offre du programme en administration des affaires qu’on peut dire qu’on a réussi » dans le dossier collégial, selon M. Johnson. En effet.

Pourtant, les choses vont bien. Même si les inscriptions de la technique en administration des affaires sont peut-être dues à la générosité de la communauté francophone (traduite en bourses aux premiers inscrits), l’offre du diplôme d’assistant à la petite enfance, en collaboration avec le Collège Lakeland a été plutôt fructueuse, quand on pense que plusieurs nouveaux inscrits se sont déjà enregistrés pour janvier 2015. On peut s’attendre à un résultat similaire pour d’autres partenariats, étant donné la portée provinciale de l’offre de cours à distance.

Maintenant que la machine est mise en marche, bien huilée et lustrée grâce au Campus Saint-Jean (pour le moment), l’ACFA n’aurait-elle pas intérêt de profiter de ce vent dans les voiles du Collège francophone avant de décider de partir en guerre contre le non du ministère de l’Éducation supérieure ?

De ce que j’ai pu entendre dans l’atelier collégial du congrès annuel, je ne suis pas la seule à me poser la question. Pour clore cet atelier, M. Johnson, qui l’animait, a dit ne pas vouloir poser une question référendaire (on sait comment une mauvaise formulation peut influencer le vote). Je suis sûre d’avoir entendu les participants (très peu nombreux d’ailleurs) voter pour reconfirmer l’appui au leadership de l’ACFA dans le dossier. Au niveau de la direction de ce leadership, les avis semblaient partagés, contrairement à la proposition présentée en assemblée générale.

J’aurais aimé avoir confirmation par vote de ce consensus qui, du moins au sein du groupe présent à l’atelier, n’en paraissait pas un.

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