Fermer la porte pour mieux la réouvrir ?

Les modes de communication politique sont étranges vus de l’extérieur. Pourquoi est-ce que le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration au Canada, Chris Alexander, a-t-il choisi la séquence et le moment pour faire les deux dernières annonces en matière d’immigration francophone hors-Québec ?

Difficile de penser qu’il a voulu dorer la pilule puisque le contraste entre l’une et l’autre (9 septembre : le ministre s’engage à accroître l’immigration francophone hors-Québec et à consulter les provinces à cet effet.  - 16 septembre : le ministre annonce l’abolition du programme Avantage significatif francophone) a été idéal pour un réaction en force dans les médias de la part des organismes concernés.

L’abolition du programme a été en effet une surprise pour les entreprises et les organisations qui travaillent au développement économique de la province, notamment le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA) qui avait le vent dans les voiles au niveau du recrutement de travailleurs qualifiés francophones à l’étranger (et dans les autres provinces d’ailleurs).


À ce sujet, l’ACFA, dans la lignée de la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA), a bien fait de déposer une plainte au Commissariat aux langues officielles (voir les points saillants du comité exécutif ci-contre) puisque l’impact immédiat sur les communautés francophones hors-Québec est évident.

Le programme Avantage significatif francophone offrait un incitatif de taille (étant donné l’exemption d’étude d’impact sur les travailleurs canadiens) pour les entreprises francophones ET anglophones d’embaucher des travailleurs qualifiés d’expression française et la plupart du temps, de faire venir par la même occasion leur conjoint ou conjointe et leur(s) enfant(s) en vue d’une installation permanente de la famille.

Puisque cette exemption profitait aux entreprises (qui dans certains domaines font dès lors face à une pénurie importante de main d’œuvre dans l’absence de ce programme) et donc au développement économique de la province - mais aussi à une intégration rapide de l’immigrant et donc à l’obtention de la résidence permanente, en plus de bonifier l’immigration francophone – le programme correspondait en pratique aux objectifs visés par le nouveau système électronique « Entrée Express » qui devrait être en place en janvier 2015. *

En théorie par contre, dans le contexte plus large des annonces faites au sujet du Programme de travailleurs étrangers temporaires par le gouvernement fédéral, la décision apparaît moins inattendue puisqu’elle s’incère dans une réforme profonde du programme qui, dans un sens, n’a rien à voir avec les francophones.

La clé du débat à ce sujet, à mon avis, est la distinction entre travailleurs qualifiés et travailleurs non-qualifiés, ces derniers ayant été les premières victimes des abus du Programme de travailleurs étrangers temporaires. Ceci n’est pas l’objet de mon éditorial. Pourtant, il y a un parallèle à faire avec nos immigrés francophones qui, selon les critères de la province ne sont pas qualifiés ou semi-qualifiés et ont « manqué le bateau » (jolie expression de M. George Bahaya du Centre d’accueil et d’établissement) en ce qui concerne leur jumelage avec de potentiels employeurs canadiens. Il ne faut pas les oublier. Si le nouveau système d’immigration au Canada devrait mieux répondre aux besoins provinciaux en termes de marchés du travail sans être au détriment des canadiens, peut-être devrait-il venir de pair avec un aide à l’établissement plus concrète pour ceux qui sont déjà ici.

Compte tenu la diminution des catégories d’immigrants (dont les réfugiés font partie) autres que les immigrants économiques, on peut s’attendre, dans l’état actuel des choses, à un impact direct de l’abolition du programme Avantage significatif francophone sur le nombre d’immigrants francophones en Alberta, que M. Alexander a justement promis d’augmenter. Sans mesures spécifiques pour les travailleurs qualifiés d’expression française, ils seront sans doute moins nombreux dans le bassin de candidats à l’immigration économique.

Qui plus est, l’Alberta n’est pas loin d’atteindre les cibles visées par le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration (Selon Marie-Laure Polydore du CDÉA, les plus récents chiffres indiqueraient que la part francophone de l’immigration totale vers la province est de 4,2 % seulement 0,2 % en dessous du taux visé par Ottawa). Mais si les provinces commencent à se faire compétition entre elles pour attirer les travailleurs francophones qualifiés d’un bassin canadien dont les effectifs stagnent, les communautés francophones n’en seront pas plus avancées.

Face à cette incohérence, on ne peut qu’espérer que le tir sera réajusté sous peu.

Un meilleur timing aurait été de faire suivre l’annonce de l’abolition du programme par de plus amples détails sur comment l’ « Entrée Express » favorisera l’établissement accru de francophones dans les provinces canadiennes majoritairement anglophones.

* Sur le cite de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), on peut lire que le système électronique d’ « Entrée Express » permettra à CIC de « recruter, d’évaluer et de sélectionner activement des immigrants qualifiés » dans les programmes fédéraux et provinciaux d’immigration économique et d’accélérer l’obtention de la résidence permanente pour les meilleurs candidats (« Seuls les candidats s'étant les mieux classés (ceux qui semblent avoir le plus de chances de réussir sur le plan économique) et ceux possédant une offre admissible d'emploi réservé ou ayant été désignés par une province ou un territoire seront invités à présenter une demande de résidence permanente. »). Aucun détail n’est affiché en ce qui concerne les candidats francophones.

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