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Les oeufs dans le même panier

Rares sont ceux qui ont pu voir la moitié des 100 artistes de passage à Edmonton cette fin de semaine…

Pour la première édition de son Grand marché des arts, le RAFA a fait le pari de miser sur la diversité des arts et des activités présentées. Un choix audacieux, mais dangereux. Pour le grand public des Journées de la culture, débutant dans le milieu de la culture francophone et nouveau à la Cité, ce devait être un véritable dédale (même pour nous, les journalistes !) et qui selon moi, a peut-être eu comme effet de diluer les talents individuels.

Le président de la Société Chant’Ouest a fait remarquer le professionnalisme et la qualité des artistes cette année (lire l’article en page 2). Bon, sans doute qu’il le dit chaque année… mais on sentait qu’il y croyait. En effet, les directions artistiques et musicales se sont bien débrouillées pour faire en sorte qu’on n’y voit que du feu quant à la caractéristique de concours de ce spectacle.


Même si dans le cas du Chant’Ouest, il n’y avait pas de conflit d’horaire avec un autre spectacle (l’ « afterparty » organisé par Edmonton Chante étant bien après et d’ailleurs très populaire), le site web affichait qu’il fallait réserver ses billets gratuits en ligne et ceux-ci étaient tous vendus le jour même. Pourtant, le dernier balcon du théâtre de la Cité francophone était vide et, selon moi, plusieurs membres de la communauté auraient été fiers d’entendre notre lauréate Karimah dire à la foule qu’elle était francophile, et que c’est ce qui l’avait amenée là aujourd’hui (sur ce point, il y a eu un étrange moment de malaise quand elle l’a dit, comme si les gens n’étaient pas prêts à ça, dans le cadre d’une vitrine de musique francophone. Et pourtant ! Quel bel exemple concret de ce que la communauté essaie de se répéter en litanie depuis quelques années déjà : que la force de la communauté réside dans l’intérêt des francophiles autant que celui des francophones...)

Également, les vitrines du Contact Ouest portent bien leur nom, autant que leur équivalent anglais « showcase ». Elles répondent à un besoin simple de l’industrie de la scène francophone : pour les diffuseurs, trouver le ou les artistes qui viendront faire bouger sa communauté (et dont on reparlera d’ailleurs maintes fois) dans l’année à venir. Une vitrine est un spectacle de trois heures (si vous décidez de rester pour sa totalité), ouvert au public, gratuit et où vous en apprendrez même sur l’artiste grâce à une entrevue sur scène avec une animatrice professionnelle (voir article en page 3).

Deux des vitrines se déroulaient durant la journée, ce qui en faisait même une très bonne activité pour les enfants (d’ailleurs une des vitrines était axée sur les spectacles jeunesse justement). À mon avis, l’effort a été mis cette année pour attirer le grand public dans une salle déjà bien remplie par les artistes et les diffuseurs qui s’étaient déplacés à Edmonton spécialement pour le Contact Ouest. En revanche, j’imagine qu’un rassemblement des quatre provinces de l’Ouest et un programme avec autant d’artistes aurait pu attirer en plus grand nombre le public des Journées de la culture et créé ainsi une plus grande ouverture sur la culture francophone à Edmonton.

Ce mandat est aussi partagé par le Festival Edmonton Chante qui, lui, avait les années précédentes fait le pari d’envahir les bars de l’avenue Whyte afin d’aller vers son public anglophone plutôt que de le faire venir. Cette année par contre, certains conflits d’horaires sont survenus (par exemple entre la vitrine du samedi soir et le spectacle de Motel 72 au bar O2) pour les spectateurs. De plus, pour les artistes du Contact Ouest, il était presque impossible d’assister aux autres évènements d’Edmonton Chante et du Grand marché des arts à cause de leur emploi du temps déjà très complet.

Par ailleurs, l’utilisation de la tente devant l’école Rutherford était originale et même appréciée des Sherbrookois de Misteur Vallaire qui se sont donnés entièrement à leur auditoire… avant que la police d’Edmonton ne vienne couper court le concert. À cause du caractère résidentiel du quartier, nous avons manqué cinq chansons. « Ça ne leur tentait pas de faire ça dans un bar ? » C’était la question que pas mal de gens se posaient, y compris les musiciens. Quand on pense qu’ils avaient conçu eux-mêmes des vestes décorées de LED juste pour ce spectacle, on ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’aurait pu être la venue de Misteur Vallaire à Edmonton… dans un autre contexte.

Ce ne sont que des détails et je pense que de cette fin de semaine ressortira tout de même  la vitalité de l’art francophone dans l’Ouest canadien, et ceci d’ailleurs vu de l’Est aussi, grâce à la présence de plusieurs journalistes de Radio-Canada à Montréal.

« Il faut y aller avec un objectif clair en tête ». C’est ce qu’Alexandre Désilets a conseillé à Karimah pour sa participation au Festival international de la chanson à Granby. Je pense que ce conseil s’applique également pour pouvoir profiter pleinement d’un festival comme le Grand marché des arts, à condition que l’information soit bien véhiculée tant en ligne que sur le site physique. Sinon, il est facile de se perdre dans toutes ces activités si on n’y est pas initiés d’avance. Et pourtant, Paul Cournoyer l’a dit dans un reportage de Radio-Canada dimanche, il est indispensable d’attirer aussi un public anglophone pour remplir les salles.

Alors, en effet, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier et se diversifier pour attirer un public varié dans le quartier francophone. Mais il faut également faire attention (pour la prochaine fois) de ne pas mettre trop d’œufs dans la pâte à crêpes et risquer que ce même public passe à côté de la qualité des arts et culture que nous avons à leur offrir.

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