Radio-Canada : partenaire de son milieu?

Selon des données publiées le 2 juin dernier par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), CBC/Radio-Canada a perdu près de 36 millions $ lors de son dernier exercice, soit celui qui se terminait le 31 août 2010, et ce, même si la vente publicitaire a augmenté de 14,1 % entre l’année 2009 et 2010 pour se chiffrer à près de 339 millions $.

Après avoir subi une perte de quelque 22 millions $ l’année précédente, voilà qui n’est pas de bon augure pour la société d’État à l’aube du renouvellement de sa licence devant le CRTC. En effet, cet organisme annonçait, il y a environ un an, que les services du diffuseur public feraient l’objet d’audiences publiques à l’automne 2011.


Il est d’ores et déjà acquis que des organismes, tels que le National Citizens Coalition, profiteront de ces audiences pour demander à ce que l’on privatise Radio-Canada. Certains ont même déjà prêté ces intentions aux conservateurs de Stephen Harper. Même si le ministre du Patrimoine canadien James Moore a déjà rejeté cette idée du revers de la main, il y a deux ans, le contexte politique est fort différent aujourd’hui.

CBC/Radio-Canada reçoit une subvention de 1,1 milliard $ du gouvernement fédéral et, même s’il serait très surprenant que les conservateurs empruntent cette avenue à court terme afin d’équilibrer le budget fédéral, cette idée de privatiser Radio-Canada ne doit pas être ignorée dans les dossiers à suivre pour les communautés francophones en milieu minoritaire.

Ce ne serait pas la première fois que l’avenir de la société d’État serait remis en question. Qui ne se rappelle pas de la mobilisation de la communauté lorsque les libéraux avaient tenté de sabrer les dépenses dans les stations de l’Ouest, au milieu des années 90, pour ne faire qu’un seul bulletin pour les quatre provinces, et de la mobilisation qui s’en était suivie?

Depuis cette époque, la station régionale de Radio-Canada en Alberta a réussi à bien tirer son épingle du jeu. On peut penser aux émissions jeunesses qui sont produites ici, ainsi que, du côté de l’information, de la venue du Téléjournal Alberta d’une durée d’une heure la semaine et, depuis tout récemment, de la production de bulletins de nouvelles télévisuels, L’Alberta en bref, la fin de semaine.

Or, malgré toute cette bonne volonté pour diversifier son contenu afin de joindre un plus grand auditoire, Radio-Canada Alberta, surtout en matière d’information, semble tranquillement se déconnecter de la réalité franco-albertaine. Il ne fait aucun doute que l’actualité doit occuper une place de premier choix dans les bulletins de nouvelles quotidiens radiophoniques et télévisuels, et ce, bien avant ce que l’on pourrait appeler le « communautaire », mais de là à ignorer certains événements franco-albertains au profit de nouvelles touchant principalement les gens de la majorité?

Les exemples d’une non-couverture d’événements suscitant de la déception dans la communauté sont nombreux. Le plus récent? Pour les 300 francophones rassemblées à Saint-Paul pour l’ouverture officielle de l’école du Sommet, qui marquait du même coup le 20e anniversaire de l’établissement, cet événement devait certainement être plus important que l’ouverture d’une école non confessionnelle à Morinville. Pourtant, l’école du Sommet a été complètement ignorée, même sur le site Internet de Radio-Canada Alberta, une plateforme qui aurait pu servir d’échappatoire.

Advenant qu’une mobilisation soit nécessaire pour empêcher une possible et éventuelle privatisation de Radio-Canada, il n’est pas dit que l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), à titre d’organisme porte-parole de la communauté, aurait un appui indéniable de tous ses membres pour revendiquer le maintien d’un diffuseur public. L’argumentaire serait certainement plus difficile à bâtir aujourd’hui qui ne l’a déjà été.

La communauté avait été choyée entre les années 2005 et 2007 alors qu’un journaliste était quasiment attitré à la couverture d’événements communautaires franco-albertains. Sans pour autant revenir en arrière, la francophonie albertaine doit obtenir davantage, afin que les auditeurs et téléspectateurs réguliers, devenus au fil des derniers mois des auditeurs et téléspectateurs  occasionnels, reviennent plus fréquemment voir et écouter « leur » bulletin de nouvelles.

Il est peut-être temps que la communauté franco-albertaine forme son Panel des régions de Radio-Canada Alberta. Ce concept national de Radio-Canada permet à 14 membres, dont 11 sont issus des communautés de langues officielles en situation minoritaire, de se rencontrer pour échanger sur la programmation nationale.

Un tel concept permettrait à la société d’État d’obtenir le pouls de leaders de partout en province, pour se féliciter de ses bons coups, mais aussi de découvrir les facettes qui peuvent être améliorées. Restera ensuite à passer de l’écoute à l’action…
 

 

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