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Être unis sans accents!

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a tranché. Dans une décision très attendue dans le milieu de la francophonie canadienne, qui a été rendue publique le 8 aout dernier, il a donné le feu vert à TV5 pour sa chaine Unis, tout en rejetant du revers de la main le projet de chaine ACCENTS proposé par la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures.
 
Faut-il s’étonner de cette décision? Étant donné que la chaine ACCENTS partait de zéro tandis qu’Unis pouvait compter sur une entreprise déjà bien établie en TV5, non, cette décision du CRTC n’est guère surprenante.


On peut cependant comprendre la déception des leaders de la francophonie canadienne, avec la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada en tête, qui s’étaient fortement rangés du côté d’une chaine produite par et pour les communautés francophones en situation minoritaire. Même ici, en Alberta, l’ACFA avait donné son appui à la chaine ACCENTS par le dépôt d’un mémoire au CRTC en plus de comparaitre lors des audiences tenues sur cette question le printemps dernier.

Maintenant que le CRTC a tranché, reste à voir comment TV5 matérialisera son projet pour s’assurer de remplir les conditions exigées. Il ne faudrait surtout pas voir Unis devenir un second TVA. En effet, lorsque le CRTC a approuvé la demande du Groupe TVA en juillet 1998 pour une distribution de son service obligatoire à l’échelle nationale, la francophonie canadienne s’était réjouie de cette annonce.

Vingt-cinq ans plus tard, quel est l’impact réel de cette chaine dans le quotidien des francophones vivant à l’extérieur du Québec? Il est peu significatif pour ne pas dire inexistant. Québécor, de par l’obligation que le signal de TVA soit offert sur le service de base, engrange des millions de dollars, tout en s’assurant de ne pas redonner, en terme de valeur, un contenu équivalent. Il y a certes eu, dans le passé, une émission hebdomadaire (VIA TVA), mais c’est à peu près tout. TVA a vite compris qu’il n’y avait pas d’affaires ($$$) à faire avec la francophonie canadienne et continue de diffuser d’un océan à l’autre sans être inquiétée par le CRTC.

Il serait fort étonnant que TV5 répète ces erreurs. Il a, d’une part, une réputation à maintenir, et d’autre part, avec Unis, il a pris des engagements concrets. Le premier est d’ouvrir dès la première année, trois bureaux régionaux, un en Atlantique, un dans les Prairies (fort probablement en Alberta si l’on tient compte de la croissance de la communauté en lien avec le dernier Recensement) et un autre en Colombie-Britannique.

D’autre part, TV5 s’est aussi engagé à consacrer la majorité de ses dépenses d’émissions originales canadiennes à des émissions produites hors Montréal et à l’extérieur du Québec. Bien qu’aucun pourcentage maximum n’ait été spécifié (par exemple, des émissions produites à Québec sont des émissions hors Montréal), donnons la chance au coureur de démontrer qu’il entend réellement produire des émissions à l’image de la francophonie canadienne vivant en situation minoritaire.

Pour revenir à ACCENTS, c’est en quelque sorte la mort du projet. Le CRTC ne voudra certainement pas allouer une nouvelle chaine avant de voir, dans cinq ans, si Unis a livré la marchandise. Il pourrait toujours travailler avec TV5, mais puisque le projet ACCENTS misait beaucoup sur la collaboration et les partenariats (avec Radio-Canada et TFO notamment), et qu’il comptait surtout sur les quelque 30 millions $ qu’une présence sur le signal de base des câblodistributeurs aurait rapporté, il n’a pas grand-chose à offrir.

Dans ce dossier, la francophonie canadienne a joué gros et elle a perdu. La FCFA du Canada et plusieurs de ses membres ne se sont jamais opposé à Unis, mais ils appuyaient fortement ACCENTS. Ceux-ci devront maintenant tenter de recoller les pots cassés et entretenir de bonnes relations avec TV5 pour s’assurer qu’au final, les francophones de partout au pays soient mieux desservis par cette décision du CRTC…
 - Étienne Alary

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