Il y a quatre ans, presque jour pour jour, soit le 8 décembre 2008, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) laissait aller une de ses filiales, en l’occurrence la librairie Le Carrefour, car celle-ci croupissait sous un lourd fardeau financier de quelque 250 000 $ de déficit accumulé.

À l’époque, l’Université de l’Alberta était sortie de nulle part avec une offre d’achat. Avec peu d’intérêt de gens d’affaires francophones désireux de se porter acquéreurs de cette institution, l’ACFA, anxieuse de se départir de ce boulet, avait accepté de vendre, même si cette décision ne faisait pas à l’époque l’unanimité au sein de la communauté.


Avec des possibilités de jours meilleurs et une expertise, quoiqu’anglophone, dans le domaine du livre, l’avenir semblait tout à coup beaucoup moins sombre… Quatre ans plus tard, ces nuages sont loin de s’être dissipés. Le Carrefour, qui célèbre d’ailleurs cette année ses 35 ans d’existence sous son nom actuel, est plus que jamais au cœur de plusieurs rumeurs, et ce depuis un bon moment, dans la communauté francophone d’Edmonton.

Certes, une rumeur demeure une rumeur, mais comme le dit le dicton : il n’y a pas de fumée sans feu. Certains, déjà résignés, avancent que la librairie francophone finira par subir le même sort que la Librairie Fibes en 1963 et le Librairie Schola en 1967, deux projets qui se sont succédé dans la communauté franco-albertaine et qui ont ultimement cessé leurs opérations.

Pour d’autres personnes, et avec un bail qui arrivera à échéance en 2013, un déménagement constitue la seule porte de sortie. Si l’on sondait les clients du Carrefour, ceux-ci seraient peut-être unanimes pour dire qu’à l’heure actuelle, la librairie occupe un grand – trop grand d’ailleurs – espace dans la nouvelle phase de La Cité francophone.

Avec des effectifs réduits et des heures d’ouverture limitées qui ne favorisent pas un achalandage du grand public, force est d’admettre qu’on est bien loin des intentions des dirigeants de l’Université qui voulaient, lorsqu’ils se sont portés acquéreurs de la librairie, faire du Carrefour la meilleure librairie francophone à l’ouest de Montréal.

Outre les étudiants du Campus Saint-Jean dont Le Carrefour constitue leur bookstore, les dirigeants diront que les consommateurs n’ont pas été aussi nombreux que ce qui avait été anticipé, ce qui les a amenés à poser certains gestes. Certes, mais l’envers de la médaille est qu’ils n’ont pas été assez proactifs pour favoriser le plein développement du Carrefour.

Comment peut-on espérer, à l’aube de 2013, être la meilleure librairie francophone, être une librairie francophone tout court, sans une présence web adéquate, sans une présence accrue dans les régions.

Il est peut-être grand temps pour la communauté, si elle tient à sa librairie, d’exiger à l’Université de rendre certains comptes, puisque lors de la vente, l’ACFA avait tout de même imposé certaines conditions. Si l’objectif d’offrir du service en français en tout temps a été atteint, celui d’offrir des services en région peut être questionné. Puisque l’Université de l’Alberta s’était aussi engagée à ce que la librairie demeure située au cœur de la communauté francophone à Edmonton, à proximité du Campus Saint-Jean, il est essentiel de clarifier le terme « proximité » advenant qu’un déménagement se concrétise.

Les deux partis s’étaient aussi entendus pour créer un comité consultatif. Le moment est peut-être venu pour ce comité de rencontrer la communauté pour présenter comment il entend attaquer la prochaine année, si comité il y a, évidemment!
- Étienne Alary

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut