Imprimer cette page

Vote de confiance aveugle

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale d’Edmonton vit présentement l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Confronté à un manque à gagner cumulatif avoisinant les 150 000 $, l’organisme a une pente très abrupte, quasi impossible, à remonter. Le président de l’association Michel Fournier a eu à faire face à l’insatisfaction de plusieurs membres – dont un ancien président – lors de l’assemblée générale annuelle (AGA) de l’Association, le 4 avril dernier.

Il est vrai que La Cité francophone connait, elle aussi, une période« dans le rouge » – les états financiers de La Cité ont été présentés lors de l’AGA de l’ACFA régionale d’Edmonton – avec un déficit total de 250 000 $ au cours des deux dernières années, mais celui-ci est basé sur un budget de fonctionnement de près de 2 millions $, alors que le budget annuel de la régionale est de moins de 500 000 $. D’ailleurs, les commentaires du président de La Cité, Denis Magnan, ont certainement rassuré quelque peu les gens présents puisqu’on fait état d’un taux d’occupation de l’ordre de 89 %. Et si les choses tombent en place correctement en 2012, ce taux pourrait s’approcher des 95 %...


Pas étonnant que pour la première fois depuis quelques années, le dossier de La Cité francophone n’ait pas volé la vedette lors de l’assemblée annuelle de la régionale. La situation financière de l’association, la plus grande régionale du réseau de l’ACFA, inquiète. Les administrateurs ne peuvent plus l’ignorer et remettre à demain les décisions difficiles et nécessaires.

Déjà l’an dernier, certains signes laissaient présager le pire. Le déficit de la régionale était de 20 000 $, et ce, même si l’organisme avait utilisé près de 66 000 $ de son fonds casino. Étant donné qu’une association reçoit environ 80 000 $ de ces fonds par deux ans, un coup de barre majeur était nécessaire pour rectifier le tir en 2011 et éviter le pire. Chose qui, malheureusement, n’a pas été faite.

Les efforts de redressement qui ont été présentés lors de l’AGA sont louables, mais ils arrivent une année trop tard. On dit souvent qu’on peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, mais dans ce cas-ci, les chiffres ne sont pas éloquents : avec une perte de 112 000 $, la dernière édition d’Edmonton chante s’est avérée un gouffre financier. Personne ne remettra en cause la pertinence et la vision entourant cet évènement, mais administrativement parlant, un sérieux réexamen s’impose quant à la viabilité du concept.

D’ailleurs, les revenus totaux des deux camps francophones, soient 116 000 $, ont dépassé de 3000 $ ceux d’Edmonton chante en 2011, selon le rapport financier de l’Association. Du côté des dépenses, celles du festival ont atteint les 226 000 $, contre 103 000 $ pour les camps. Au final, les camps ont donc permis à la régionale d’engendrer un surplus de 12 500 $. Pourtant, pour diverses raisons, dont une liée aux rénovations du Camp Lusson, les camps d’été ne reviendront pas en 2012.

Devant ces difficultés financières, la création d’un comité de finances, qui verra à bien guider la régionale, est un pas dans la bonne direction. Mais, puisque l’ACFA d’Edmonton en est déjà au quatrième mois de son présent exercice financier, la marge de manœuvre de l’organisme est d’autant plus réduite, si elle existe du tout.

Devant tous ces nuages gris, comment expliquer qu’il n’y avait même pas 30 membres de la régionale lors de l’assemblée annuelle pour manifester leur étonnement et proposer des pistes de solution? Cela peut s’expliquer par le fait que les membres n’étaient simplement pas au courant que la situation était aussi précaire. Et ceux qui étaient à cette rencontre ont accepté la situation sans broncher, car malgré certaines attaques, méritées ou non, les membres ont cru sage d’accorder un nouveau mandat aux mêmes élus.

Maintenant au fait de cette situation, les membres de l’ACFA régionale d’Edmonton devraient convoquer une assemblée générale extraordinaire de ses membres d’ici la fin mai afin de découvrir, de façon détaillée et par écrit, la nature précise et l’échéancier du plan de redressement qui serait déjà en cours. Les statuts et règlements de l’organisme régional ne précisent pas le nombre de membres minimum requis pour exiger la tenue cette rencontre spéciale. Puisque l’ACFA, l’organisme provincial, évoque le chiffre de 50 membres dans ses statuts, ce nombre pourrait s’avérer le minimum de signatures nécessaires.

Lors de cette réunion extraordinaire, les membres pourraient évaluer, endosser et accepter le plan de redressement. S’il est rejeté, une demande de tutelle pourrait s’avérer nécessaire, puisque ce rejet devrait être interprété comme un vote de censure envers les élus en place. Étant donné que personne ne voudrait s’impliquer, à titre d’élus, dans une association dont ils pourraient se retrouver financièrement redevables, cette tutelle – remettre en quelque sorte le fardeau du redressement à l’ACFA provinciale – pourrait s’avérer la seule issue possible…

Comme l’a souligné Jean-Louis Dentinger lors de l’AGA, une autre année comme celle qui vient de se passer et il n’y aura plus de régionale de l’ACFA à Edmonton. Si les membres ne manifestent pas un désir de tenir une assemblée extraordinaire et s’ils ne répondent pas en grand nombre à cette invitation, il faudra peut-être interpréter ce désintéressement par une volonté du membership edmontonien de ne plus avoir d’une ACFA régionale dans la capitale albertaine…

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)