Le ministre de l’environnement français Nicolas Hulot a démissionné mardi 28 août en prenant de court son entourage tant politique que personnel. Un geste fort pour ne plus accepter « les petits pas » de la politique française en matière d’écologie. De l’autre côté de l’Atlantique, deux jours plus tard, soit le jeudi 30 août, notre première ministre Rachel Notley annonce que la province se retire du plan national de lutte contre le changement climatique, une réaction-sanction basée sur la décision de la Cour d’appel fédérale de suspendre l’avancée de l’oléoduc Trans Mountain. Quand un ministre remet en question le modèle économique en place, l’autre cherche à le sauvegarder. Sommes-nous vraiment condamnés à ce choix impossible, devoir choisir entre environnement et économie ? Le temps n’est-il pas venu de nous redéfinir ?

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« Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », cette célèbre phrase tirée de la chanson de Charles Aznavour, La Bohème, résonne ces temps-ci comme une prophétie. Cependant, il n’y parfois qu’un pas entre la fiction et la réalité. Aujourd’hui, le constat est bien réel. Nicolas Hulot ancien ministre de l’écologie français a déclaré en ondes, juste avant de présenter sa démission : « La planète est en train de devenir une étuve. Les ressources naturelles s’épuisent. La biodiversité fond comme la neige au soleil ». Dans quel avenir sommes-nous en train de nous engager ?

Les effets du réchauffement climatique sont bel et bien là, n’en déplaise aux climato-sceptiques qui peuvent y voir encore « un complot des scientifiques ». Cet été, les scénarios catastrophes se sont succédé sous le regard interloqué de la population mondiale. Les effets se font de plus en plus sentir aux quatre coins de la planète, et ce à une fréquence de plus en plus rapprochée. Des températures record ont été enregistrées en Europe, notamment au Portugal et en France, et des inondations en Inde auront causé d’innombrables dégâts. L’été aura été chaud et même brûlant à l’issue des feux en Californie, en Grèce, aux États-Unis, au Canada et en Suède, après que les îles Vierges britanniques ont été dévastées par l’ouragan Irma l’hiver dernier.

On est rendu au stade d’une énumération quasi cadencée des catastrophes naturelles. « Voici notre nouvelle réalité », se plaît-on à rapporter dans les médias. Selon Nicolas Hulot, « le sujet de l’environnement conditionne tous les autres… et on s’accommode de la gravité », déplore l’ancien ministre.

Pendant qu’un ministre démissionne, un autre en parallèle en prend son parti. Rachel Notley a décidé elle aussi de marquer le coup, afin de contester une décision qu’elle doit considérer dans son âme et conscience comme étant injuste : la suspension de l’oléoduc Trans Mountain.
Cette ministre a à coeur les intérêts économiques de sa province et de ses habitants. Les bonnes intentions sont toujours là, car les gens s’inquiètent de trouver un emploi, de perdre celui qu’ils ont déjà ou bien d’avoir un salaire décent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. L’économie est-elle, finalement, éthique ?

Pas du point de vue de M. Hulot. Le modèle capitaliste serait même le coeur du problème. Dans le documentaire au titre sarcastique Sauver le capitalisme, réalisé par Robert B Reich (ancien secrétaire au Travail entre 1992 et 1997 sous l'administration du président Bill Clinton), le système actuel est accusé de creuser les inégalités sociales. Selon Robert B Reich, il n’existe pas de bonne ou de mauvaise économie d’un point de vue moral. C’est la manière dont elle est organisée, distribuée et appliquée qui importe.

Bien sûr, les lobbies influencent les politiciens. « Comment les membres de l'exécutif composent-ils avec les groupements d'intérêts qui gravitent autour d'eux », interroge Nicolas Hulot. L’ancien ministre de l’environnement et Robert B Reich semblent converger vers l’idée qu’une redéfinition du modèle économique tant pour les gens que pour l’environnement est devenue essentielle. Le désaccord demeure toujours un désaccord de fond.

Selon M. Hulot, la décision « est collégiale, collective et sociétale ». Certains ont déjà emboîté ce pas, puisqu’une mobilisation générale Un Monde Zéro Fossile c’est possible se tiendra le 8 septembre sur près de 6 continents, dans 78 pays, pour un total de 530 actions. L’état d’urgence est déjà enclenché, si pour certains l’heure est à la redéfinition et à l’introspection, pour d’autres l’or noir reste comme aux temps anciens le veau d’or de notre civilisation : celui d’un faux dieu.

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