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Liberté de la presse, liberté chérie !

À l’occasion du 25e anniversaire de la Journée mondiale de la Liberté de la presse du 2 au 3 mai, à Accra au Ghana, organisé par l’entremise de l’UNESCO et du gouvernement ghanéen, cet évènement donne l’occasion de prendre une pause, et de se pencher d’un peu plus près sur l’état de la situation. La liberté de la presse n’est pas juste un étendard que l’on brandit par pur esprit de contestation. Fondamentalement, à quoi sert-elle ? Et de quelle liberté s'agit-il exactement ?

Liberte de la presse

Je me suis souvent posée la question à quoi ressemblerait notre monde sans le travail des journalistes ? Comment fonctionnerait-on sans relais de l’information ? Le pire des scénarios possibles, l’auteur britannique George Orwell l’a déjà rédigé en 1948, et s’intitule : 1984. Son roman empreint d’une incroyable vision pour l’époque est aujourd’hui homologué parmi les ouvrages du genre science-fiction. Son roman y dépeint alors l’Angleterre, 30 ans après qu’une guerre nucléaire ne survienne entre l'Est et l'Ouest. Un régime totalitaire s’y installe et la liberté d’expression disparaît.  Toutes les pensées sont surveillées, le culte de la pensée unique règne, et d’immenses affiches sont affichées dans les rues, indiquant à tous que « Big brother » vous surveille.

Or en 2018 « Big brother » existe bel et bien. Quand la réalité dépasse la fiction, c’est ce qu’établit Reporters sans frontières dans son triste palmarès de 2018 du classement mondial de la liberté de la presse dans 180 pays. Chaque année la situation du journalisme recule. Dans certains pays du monde, les journalistes sont emprisonnés, torturés, voire exécutés s’ils font leur travail. Aux Philippines ou encore en Inde, la liberté d’expression est tout simplement passible de mort, voire d’assassinat. Ce dernier est même encouragé. Reporters sans frontières y décrit « un climat de haine de plus en plus marqué … l’hostilité des dirigeants politiques envers les médias n’est plus l’apanage des seuls pays autoritaires… »

En effet, à ce phénomène déjà connu, de la violence physique et verbale perpétrée sur les journalistes, on peut y voir aussi une violence plus symbolique pointer le bout de son nez. Comme l’a écrit Edmond Rostand dans sa célèbre pièce Cyrano de Bergerac,  « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule !

Et cette péninsule s’appelle Donald Trump. « De plus en plus de chefs d’État démocratiquement élus voient la presse non plus comme un fondement essentiel de la démocratie, mais comme un adversaire », explique Reporters sans frontières sur son site Web.

Le président des États-Unis, pays du Premier amendement, figure désormais à la 45e place de ce classement. Les journalistes suscitent donc aujourd’hui la méfiance et la liberté d’expression n’a pas toujours bonne presse, notamment à cause de la réaction de l’actuel dirigeant américain, et celle de certains dirigeants européens, comme Vladimir Poutine.

Reporters sans frontières a décidé également de lutter contrer la désinformation en mettant en place un dispositif intitulé #JournalismTrustInitiative. Une manière d’endiguer le phénomène des fausses nouvelles et d’entacher le rôle de tout bon journaliste.

Cette année, le thème choisi pour la Journée mondiale de la liberté de la presse s’intitule, « Médias, justice et État de droit : les contrepoids du pouvoir ». Le journalisme a toujours eu pour vocation de ne pas passer pour un simple outil de communication. Il permet certes le relais de l’information. Mais le journalisme demeure avant tout un contre-pouvoir qui promeut la transparence, la responsabilité et la gouvernance. Aujourd’hui quand on parle de liberté de la presse, de quelle liberté parle-t-on ? Celle des propriétaires ? Celle des journalistes ? Du droit à l'information ? Qui est vraiment libre et libre de faire quoi ? Je vous le demande.

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