Plan d’action et médias communautaires, un coup d’épée dans l’eau

Le 28 mars, le premier ministre Justin Trudeau et la ministre de Patrimoine canadien Mélanie Joly ont annoncé le nouveau Plan d'action, en direct, sur les Langues officielles, à l’école élémentaire Mauril-Bélanger. Au-delà du montant historique de 2,7 milliards de dollars étalés sur cinq ans, les 10 millions annoncés en soutien pour les médias communautaires font grise mine. L’urgence et la réalité que connaissent les médias communautaires ont été finalement bien peu comprises.

Ces dix dernières années, les journaux ont accusé une baisse de leurs placements publicitaires de 20 millions de dollars. Cette dégringolade sévère a causé un impact irrémédiable sur la rentabilité de nos journaux.  L’annonce de dix millions sur cinq ans est une somme, certes ! Mais ce n’est pas suffisant pour endiguer l’hémorragie causée depuis dix ans.

Des journaux et des radios sont saignés à blanc et continuent de fermer au moment où je rédige ces lignes. Certains fermeront dans une semaine, dans un mois, ou encore dans six. Le compte à rebours est déjà enclenché. Certains l’ont très bien dit : si les journaux étaient amenés à disparaître, les communautés francophones en situation minoritaire tomberaient dans l’oubli.

Au-delà du débat sur le virage numérique, qui est une nécessité mais non une priorité, la réalité des journaux consiste à développer rapidement une capacité administrative suffisante, afin de rendre les journaux et les radios opérationnelles.

Des chiffres avaient circulé de l’ordre de 50 millions de dollars pour les médias communautaires, dont un 20 millions de rattrapage historique pour la perte des publicités fédérales. Les dix millions annoncés pour soutenir les médias communautaires donnent un bel effet d’annonce, mais ne cerne pas le problème.

La ministre Mélanie Joly a parlé d’« un appui des médias en situation minoritaire pour continuer à être le vecteur d’identité des communautés ». Dix millions sur cinq ans: c’est peu. Surtout quand les besoins identifiés concernent des frais opérationnels, comme la création immédiate de postes en journalisme, en développement marketing, ou bien encore dans le domaine de l’administration.

Les bonnes intentions semblent être là. « Un plan d’action qui veillera sur la promotion et la protection des langues officielles d’un bout à l’autre du pays », a déclaré le premier ministre lors de sa présentation du Plan d’action. Mais pour protéger, encore faudrait-il savoir évaluer les besoins immédiats et réparer les dégâts causés. La ministre Joly a mentionné  « des tendances préoccupantes » concernant la situation des langues officielles en milieu minoritaire. La tendance préoccupante pour les médias communautaires, c’est que le virage du numérique soit jalonné par les cadavres de nos journaux ou de nos radios. Les 10 millions alloués semblent être destinés exclusivement à appuyer des projets dans le domaine. Le numérique, certes ! Mais à quel prix ?

L’avenir des journaux est ailleurs

Après l’annonce du Plan d’action et la déception qui a suivi, force est de constater que dépendre indéfiniment de la « mamelle fédérale » n’est plus la solution. Les mêmes façons de faire depuis des années ne sont peut-être plus d’actualité.

Regardons la vérité en face : il est temps d’entreprendre, d’innover, de développer l’aspect entrepreneurial des journaux tant sur l’échelle locale que nationale. L’indépendance des journaux relève souvent de l’indépendance intellectuelle et journalistique. Mais que dire de l’indépendance financière ?

Les temps changent ! Et il est temps de changer avec nos façons de faire et de penser. L’heure n’est plus aux négociations, mais bel et bien à l’innovation.

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