Imprimer cette page

Oubliez le Niqab. L’intégrité des journaux devrait être questionnée

JournalOn se lève le matin avec une liste de choses à faire et rares sont les occasions où on décide de passer la journée sur le terrain pour trouver nous-même l’information de première main. Ci c’était le cas, nous serions tous des journalistes.

 

Nous décidons donc de faire confiance à ces experts de l’actualité pour nous fournir les informations importantes, locales et autres, afin de comprendre ce qui se passe dans notre monde. Nous sommes, en quelque sorte, dépendants des journaux et de leurs journalistes.  

 

Imaginez alors que vos sources d’informations, notamment les journaux que vous lisez quotidiennement, annoncent en concert leur soutien pour un parti politique lors d’une élection. Qu’en pensez-vous? Ce sont vos sources d’informations après tout. Vos liens avec l’actualité et de ce fait avec le monde. Ne sont-ils pas censés être bien éduqués sur les affaires du monde? En prenant tout cela en considération, l’opinion d’un journal devrait avoir un poids considérable. Je m’apprête cependant à vous dire pourquoi ce poids est illusoire et pervers.

L’opinion du journal n’est pas l’opinion des journalistes

Andrew Coyne est un journaliste canadien bien connu qui écrit pour le National Post. Il a un style bien à lui. Si certains le lisent religieusement et l’apprécient, d’autres le détestent. Peu importe ce que les gens pouvaient bien penser de lui auparavant, aujourd’hui son nom est associé au mot intégrité.  

 

 Le 19 octobre, jour d’élections fédérales, il a envoyé en rafale une série de « tweets » expliquant qu’il venait de démissionner de son poste de journaliste au quotidien. Ses raisons étaient claires : À l’opposé de son journal, il ne comptait pas ouvertement manifester son soutien aux conservateurs. Il explique sur Twitter qu’il était en profond désaccord avec ses patrons. Ces derniers craignaient que les lecteurs ne se perdent si l’un de leurs journalistes écrivaient des articles qui n’étaient pas pro-Harper, après que le journal a déclaré son soutien pour l’ancien premier ministre.

 

Bref, les inquiétudes du journal étaient légitimes. Que diraient les Canadiens si le journal qu’ils lisent, leur source « légitime » d’information, envoyait un message, mais que leurs journalistes en envoyait un autre? C’est là que réside l'ambiguïté, que les gens confondent le message d’un journal avec ceux de ses journalistes et c’est pour cette raison qu’Andrew Coyne a décidé de démissionner de son poste de journaliste (mais conserve toujours son poste de chroniqueur pour le NP) plutôt que d’afficher les couleurs politiques de ses patrons.

 

Pourquoi tant de journaux ont-ils soutenu la candidature de Harper et des conservateurs?

Le Edmonton Journal, le Ottawa Citizen, le Toronto Sun et d’autres médias, ont déclaré publiquement qu’ils soutenaient le Parti Conservateur du Canada. La vérité, c’est que ce n’est pas plusieurs journaux qui déclaraient leur soutien pour Harper, mais un seul : Postmedia Network. Postmedia est une seule entreprise qui est propriétaire de tout ces journaux. En publiant des notes de soutien dans tous les différents journaux, Postmedia donne l’illusion que tout d’un coup, le monde journalistique est d’accord sur qui devrait gouverner le pays. Ce qui est peut-être plus inquiétant encore est le fait que les parts de l’entreprise Postmedia Network sont vendues publiquement en bourse, et appartiennent a des sociétés plus ou moins anonymes.  


« Ne crois pas tout ce que tu vois à la télé ». Ce sont des paroles que mes parents me disaient souvent quand j’étais jeune. Ils répétaient inlassablement cette phrase pendant la diffusion des annonces publicitaires; qui essayaient de nous vendre quelque chose. Ce genre de publicité a ensuite été  utilisé généreusement quand l’Internet est devenu important. « Vérifiez vos sources », disaient les enseignants « n’utilisez pas Wikipédia ». Faut-il donc se méfier des journaux? La réponse courte est oui. La réponse longue est qu’il faut commencer  à réellement questionner qui sont les propriétaires de nos médias et quels sont leurs rôles pendant les élections. Devraient-ils avoir le droit d’afficher ouvertement leur tendance politique pour un parti ou un candidat? Est-ce que nous devrions augmenter le financement public à nos diffuseurs publics pour éviter alors cette situation?

 

Photo: FlickR

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)