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Cecil : un hommage au roi de la jungle

«Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir» : les premières paroles d’Henri Salvador de la chanson «Le lion est mort ce soir», résonne en écho à une actualité tristement funeste pour Cecil le lion à la crinière noire, emblème du Zimbabwe.

 

C’est une vague de colère et d’indignation qui a saisi la planète sur le net.  Ce qui a probablement le plus choqué, c’est la manière dont Cecil a été exécuté et la façon avec laquelle il a été piégé. Dans un premier temps, appâté par une charogne, le lion a été attiré afin qu’il sorte intentionnellement du périmètre du parc qui le protégeait. Puis, blessé par 3 fois par une arbalète, ce n’est qu’au bout de 40 heures de traque et de souffrance que le coup de grâce lui a été porté, achevé d’une balle dans la tête. Et comme si l’horreur n’avait pas atteint son point culminant, Cecil a été décapité pour servir de trophée à l’un de ces chasseurs qui sont prêts à y mettre le prix avec le sentiment «du travail accompli». Et tout ça pourquoi? Le sport.

Après avoir vu toutes ses informations personnelles, adresse et lieu de travail, circuler sur le net, ce dentiste du Minnesota, Walter Palmer, est obligé de battre en retraite, et se terre actuellement comme un rat après avoir tué le roi de la jungle.

 

Des chasseurs avides de trophées comme Walter Palmer, il y en a légion. Avec un tableau de chasse à son actif malheureusement déjà bien rempli, le dentiste avait déjà dû comparaître et plaidé coupable pour la mort d'un ours noir aux États-Unis en 2008. L’ours avait alors été abattu à 65 km de la zone pour laquelle Palmer avait certes un permis de chasse.  Seul hic, l’enquête avait conclu que la carcasse de l’animal avait été alors déplacée.

Selon les organisations comme  l'African Wildlife Foundation (AWF) basée au Kenya, la population des lions a chuté de 30 % ces dernières années. Le braconnage est la bête noire des animaux sauvages en Afrique. Le continent africain pourrait bien voir un jour l’un de ses plus prestigieux habitants disparaître pour de bon.

 

La population des lions connaît cet incroyable déclin, avec actuellement un recensement de seulement  20 000 lions, à cause du marché lucratif de leur chasse. La demande est tellement importante dans certains pays d’Afrique, notamment en Afrique du sud, que des fermes se sont spécialisées  dans l’élevage de lions afin d ‘être chassés, puis tués. Cette pratique s’appelle «la chasse en boîte». Le 15 mars dernier, une marche mondiale a eu lieu dans différentes villes du monde pour dénoncer cette pratique barbare mais lucrative. Selon, Patrick Barkham journaliste au Guardian : «Un lion sauvage abattu lors d’un safari en Tanzanie peut coûter 50 000 livres sterling (60 725 euros), contre 5000 livres sterling (6072 euros) pour un spécimen élevé en captivité en Afrique du Sud.»

 

Attiré par une chasse sans règles et une proie facile, ce type de clientèle œuvre en toute impunité, bénéficiant d’un manque de rigueur de la part des autorités quand il s’agit de protéger la vie sauvage. En 2007, une loi avait été votée en Afrique du Sud afin que les grands prédateurs puissent vivre à l’état sauvage pendant au moins deux ans sans être inquiétés. Depuis, cette loi a été annulée en novembre 2010 par la cour suprême locale. Aucune mesure efficace n’a été mise en place pour contrecarrer le nombre de ces chasses qui n’a pas cessé de grimper.

 

La mort de Cecil a remis cette triste réalité en perspective. Cette mort si tragique, aux allures de sacrifice, aura permis pour un temps de regarder le sort des lions en Afrique. La mort de ce lion majestueux en aura ébranlé plus d’un, car cette histoire touche à la dignité. Celle d’un lion massacré, puis changé en trophée,  faisant un effet miroir d’absence totale de dignité de certains de nos contemporains. On vit dans une époque où être un lion signifie avoir la mort en héritage. Espérons que Cecil ne soit pas mort en vain, pour avoir été simplement lui-même… le roi des animaux!

 

Et comme l’a déclaré justement la paléontologue Jane Goodall : «Une seule bonne chose sort de ceci – des milliers de personnes ont lu l'histoire et ont également été choqués. Leurs yeux se sont ouverts sur le côté sombre de la nature humaine. Certainement, ils vont maintenant être plus prêts à se battre pour la protection des animaux sauvages et les endroits sauvages où ils vivent. Là réside l'espoir.»

 

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