L’importance d’avoir des alliés

Gilles Caron, c’est un nom qui connote « dualité linguistique », « bilinguisme officiel » et « notre avenir est en jeu », pour une partie de la francophonie albertaine et canadienne. Effectivement, sans automatiquement équivaloir à une traduction des lois en français et des tribunaux bilingues, un avis favorable de la Cour suprême pour Gilles Caron et Pierre Boutet pourrait notamment prédisposer le gouvernement de l’Alberta à accepter de ramener à la table des négociations une politique de services en français en Alberta. C’est ce qu’espèrent ceux qui se battent pour depuis des années.

Pourtant, il faut bien avouer que pour monsieur et madame Tout Le Monde qui font ou ne font pas partie du noyau de francophones engagés dans leur francophonie, Caron résonne au loin comme un pierre qui tombe dans un puits. Certains se demandent quand est-ce qu’ils vont finir d’entendre ce nom qui revient les hanter chaque année et pour cause : ils ne comprennent pas nécessairement la portée que pourrait avoir un arrêt de la Cour suprême qui a déjà statué en faveur du rétablissement du contrat social remontant à la proclamation royale de 1869, pour la province du Manitoba (lisez à ce sujet la lettre de Maître Antoine Leduc page 3). Est-ce qu’il y aurait des raisons qu’elle ne le fasse pas pour l’Alberta et la Saskatchewan ? Je ne m’y connais pas assez pour répondre.


C’est pourquoi dans l’édition du 26 janvier du Franco, nous vous livrerons un cahier mobilisateur et pédagogique, pour ceux qui veulent démêler les questions de constitutionalité et l’importance d’une telle cause pour l’avenir des francophones en situation minoritaire.

Pour ceux d’entre vous qui ne saisissent par la montagne que nous faisons de Gilles Caron, je vous comprends. L’importance cruciale de l’information et de la sensibilisation, au sens humain du terme, semble échapper à ceux qui ont le nez collé sur la politique. Bien sûr, ils se battent pour nous tous. Mais dans ce dossier, ils se battent également « avec un gant de boxe », comme le disait Marie-France Kenny, dans un dossier qui les oppose au gouvernement de l’Alberta et, par ricochet, à beaucoup de citoyens qui croient fermement en ses politiques conservatrices.

Plutôt que de s’acharner à décrier la position du gouvernement du Québec − qui n’a d’ailleurs pas déposé d’avis pour intervenir dans ce dossier, contrairement à celui de la Commission scolaire francophone du Yukon − n’aurait-il pas mieux fallu raconter notre histoire commune au Métis du Manitoba qui ont obtenu des garanties linguistiques en 1870 ? Ne devrions-nous pas plutôt essayer de changer le fil narratif et la conversation pour que les Albertains, comme les Manitobains, célèbrent une vision bidimensionnelle ou même multidimensionnelle de la constitution de leur province?

Même si l’ancien ministre fédéral à la tête de l’Alberta est supposément sympathique à la cause francophone du fait qu’il parle français, ne faudrait-il pas au contraire s’acharner à créer ici un climat favorable à un bilinguisme provincial que plusieurs anglophones verront sans doute comme une dépense inutile ? Je crois qu’il est temps d’engager le dialogue, à l’exemple du Canoë volant (voir article en page 2), avec nos concitoyens anglophones afin de les rendre sympathiques, non à la cause Caron comme telle, mais à ce qu’elle dit de leur histoire.

Comme dit Daniel Cournoyer, et je suis obligée d’admettre qu’il a raison, ce n’est pas seulement en mettant une annonce dans Le Franco qu’on va bouleverser l’ordre des choses...

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