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Prix du pétrole en chute libre : quelles conséquences en Alberta ?

Assez confortablement perché à 105 $ le baril en juin dernier, le prix du pétrole n’a depuis cessé de chuter pour tomber à 75 $ début novembre. À quoi doivent s’attendre les Albertains dans les mois qui viennent ?

Dans son discours du Trône du lundi 17 novembre, le gouvernement de l’Alberta a promis de maintenir « de faibles taxes et aucune taxe de vente », sans évoquer l’avenir de l’impôt sur le revenu au taux fixe de 10%, en dépit d’une importante baisse de revenus liée à la chute des cours du pétrole. Depuis juin, le prix du baril est passé de 105 à 75 $. Un manque à gagner non négligeable pour la province qui, en 2013, avait récupéré 9,6 milliards de dollars de redevances, soit environ un quart de son budget total.

L’opposition n’a pas manqué de critiquer la dépendance de l’Alberta vis-à-vis du pétrole qui va la pousser à s’endetter davantage et le risque, selon Rachel Notley, la chef du Nouveau Parti démocratique de l’Alberta, de déboucher sur des « compressions à un réseau d’éducation et à un système de santé qui sont déjà en difficulté ».


Finalement, le premier ministre Jim Prentice a évoqué mercredi 19 novembre l’éventuelle mise en place en 2015 d’un impôt sur le revenu progressif à la place de l’actuel impôt à taux fixe. « À ce stade, cette discussion n’a pas encore eu lieu. Je ne dis pas que cela n’arrivera jamais, mais cette discussion n’a pas encore eu lieu », a-t-il prudemment déclaré.

Comment compenser les pertes de revenus de la province ?

En août dernier, le ministre des Finances Doug Horner prévoyait toutefois un surplus de 1,4 milliard de dollars pour la province, soit 300 millions de plus que ce qui était prévu dans le budget. De quoi absorber les baisses de revenus liés au pétrole ? Il est encore trop tôt pour le dire. Dans le cas contraire, quelles manettes le gouvernement albertain pourrait-il enclencher ?

« Il y a un menu de solutions pour Prentice. Augmenter les prélèvements (impôts, taxes, redevances des sables bitumineux), réduire les dépenses, s’endetter, ou une combinaison des trois, estime Sadok El Ghoul, professeur agrégé au Campus Saint-Jean. Politiquement, la solution la moins coûteuse pour Prentice est de s’endetter, avec la promesse de repayer la dette quand la province affichera des surplus. Augmenter les prélèvements serait la solution la plus coûteuse. Je verrais Prentice l’utiliser en dernier recours. »

Si les courbes ne remontent pas dans les prochains mois, l’économie pétrolière albertaine risque-t-elle de souffrir de la baisse du prix du baril ? Pas si sûr. « Le cycle d’un projet [pétrolier] est quand même de plusieurs années, note Étienne Vézina, le président de Managec. On ne peut pas mettre un projet sur un interrupteur : ‘‘Quand le prix du pétrole est bon, on lève l’interrupteur et quand il n’est pas bon, on le met off.’’ »  Toutefois, certains projets risquent d’être ralentis « pour contrôler leurs coûts ».

Et la population albertaine dans tout cela ? Elle pourrait bénéficier d’une baisse des prix de l’immobilier et de l’essence à la pompe, mais peut-être souffrir d’une légère hausse du chômage, même si les usines continueront de tourner et auront besoin de maintenance.

Vers d’autres sources d’énergie ?

Cette période de ralentissement pourrait donner l’occasion de chercher des solutions pour limiter la dépendance énergétique de l’Alberta vis-à-vis du pétrole. « Il y a du potentiel à développer les énergies solaire et éolienne à l’instar de pays comme l’Allemagne et l’Espagne. Le gouvernement peut jouer un rôle pour attirer les investisseurs. Il peut par exemple exiger qu’un certain pourcentage de l’électricité produite provienne d’énergies propres. Cela contribuerait à lancer ce nouveau secteur dans la province », propose le professeur Sadok El Ghoul.

« La province de l’Alberta et le Canada en général, on est une économie qui est dirigée par les ressources [pétrolières]. Nos compétences sont autour de ces ressources-là. [Concernant le développement d’énergies alternatives,] les gouvernements peuvent faciliter les choses en émettant des règlements, en promouvant l’innovation dans certains domaines… Par contre, voir un changement à cause des cours du prix du pétrole, présentement non, je pense que ça va prendre beaucoup plus que ça pour voir quelque chose de significatif », nuance M. Vézina.


Les causes de la baisse des cours du pétrole

Les causes de la chute des cours du pétrole sont multiples et complexes. Sadok El Ghoul, professeur agrégé au Campus Saint-Jean, en cite trois :

  • « Le ralentissement des économies européenne et chinoise. Il y a moins de demande sur le pétrole, surtout de la Chine, donc son prix baisse » ;
  • « L’émergence du pétrole de schiste bitumineux aux États-Unis. L’offre du pétrole augmente donc son prix diminue » ;
  • « L’augmentation de la production du pétrole dans plusieurs pays, et surtout, le refus de certains pays de réduire leur production. [...] Des analystes pensent que l’Arabie Saoudite veut maintenir un prix faible pour tuer dans l’œuf le boom du pétrole de schiste bitumineux aux États-Unis (comme notre pétrole albertain, celui-ci est coûteux à extraire et nécessite ainsi un prix de vente élevé pour être profitable). Il y a aussi des considérations géostratégiques. Un prix faible affaiblit les positions politiques des ‘‘ennemis’’ engagés dans des conflits récents, soit l’Iran qui négocie son programme nucléaire et la Russie qui négocie l’Ukraine. »
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