Rendez-vous économique 2014 : approches modernes de l’entrepreneuriat

Le Conseil de développement économique de l’Alberta tenait le 7 et 8 novembre son Rendez-vous économique annuel. L’évènement a permis de faire venir en Alberta une douzaine de conférenciers de renom. Ceux-ci ont enjoint les participants d’embrasser le changement et même d’être en avance sur celui-ci pour réussir en affaires. Le Franco fait un compte-rendu de la journée de samedi.

 

Séverine Arnaud


8h30 Séverine Arnaud : osez grand et passez à l’action

Séverine Arnaud est la fondatrice d’AltaVista Consulting, une agence de marketing et de développement d’entreprise, et présidente de la Chambre de commerce de Vancouver. Elle a fait un portrait de l’entreprenariat comme étant de plus en plus compétitif, dû à l’écartèlement des frontières et l’afflux d’information et de contenu. Pour être prêt à se lancer en affaires ou à faire croître son entreprise, il faut s’entrainer « comme pour un match de boxe », dit la femme d’affaires, anticiper les stratégies de son adversaire et saisir les opportunités avant eux.

La clé, c’est le leadership. La définition du leadership ? « Mobiliser les énergies dans le but de réaliser une action collective ». Il faut donc impliquer et développer le leadership de ses troupes. Autre conseil de la conférencière qui a lancé le bal du Rendez-vous économique samedi matin : « L’échec est le fondement de la réussite ». Et pour illustrer ce propos, Mme Arnaud a fait un exposé des icônes du succès comme nous le voyons aujourd’hui, telles Albert Einstein, Michael Jordan, les Beatles, Steve Jobs, qui ont tous essuyé des échecs avant de se relever.

Enfin, Séverine Arnaud a raconté à la foule l’histoire de l’éléphant énorme, qui n’est retenu dans le zoo que par un petit piquet. Puisqu’il a été habitué depuis tout petit à y rester accroché, la taille ne fait pas de différence. En affaires, il faut se départir de cette mentalité, ne pas avoir peur de prendre des risques et surtout innover.


Jean-Grand-Maître

 

12h30 Jean Grand-Maître : Alberta Ballet, pertinent et prospère dans un espace compétitif

Celui qui a été recruté pour augmenter le profil national et international de la compagnie de ballet albertaine a donné une conférence inspirante rehaussée de citations de Michel Tremblay, dont il semble admirer les mots plus que tout. « Je pense que le succès est intimement lié au monde dans lequel on vit », a-t-il confié à un public du monde des affaires. Celui-ci a appris qu’autant pour le monde culturel que pour l’entrepreneuriat, les technologies de l’information et l’hyperactivité de la société ont changé la donne. « On se demande comment les gens vont comprendre Shakespeare dans 20 ans. Les jeunes danseurs perdent l’expression du visage (parce qu’ils sont habitués à communiquer par claviers interposés). Le prix d’un billet de ballet, c’est le même prix qu’un jeu vidéo. » Ce ne sont que quelques exemples de Jean Grand-Maître pour réaffirmer l’importance de demeurer pertinent et, par le fait même, prospère.

« Il fallait diversifier notre portfolio », explique Jean Grand-Maître au sujet de sa stratégie de vente. Par ailleurs l’artiste est inspiré, mais a aussi la responsabilité d’inspirer, de « faire vivre les œuvres d’art ». C’est pourquoi ce qu’Alberta Ballet vend, « ce n’est pas de la danse, mais des émotions ». Les applaudissements ont fusé.

C’est la communauté qui porte les institutions culturelles et la seule condition qu’elle impose aux créateurs, c’est d’être créatif. La condition de la pertinence de toute entreprise, selon l’ancien chorégraphe. L’idée la plus folle de Jean Grand-Maître – faire collaborer Joni Mitchell à la création artistique d’un ballet au propos politique – fut celle qui eut le plus de succès et qui démarra un engrenage d’autres collaborations d’envergure comme Elton John et k.d. Lang…

 

Lawrence Veilleu et Michel Rondeau


13h30 Panel : mentorat, doublez vos chances de survie

Le directeur de développement du Réseau M, Lawrence Veilleux, vend le mentorat comme s’il s’agissait d’une cure miracle. En effet, la formule est simple mais gagnante et fait écho à la conférence de Séverine Arnaud, qui avait mis l’emphase sur la personnalité des entrepreneurs. Les mentors sont eux-mêmes des chefs d’entreprises, retraités ou non, bénévoles, qui sont à la disposition des mentorés, des entrepreneurs moins expérimentés dans un secteur d’activité différent. Pierre Chagnon est un mentor de longue date et formateur de mentors pour le Réseau M. Ce qui l’a convaincu de remplir ce rôle à sa retraite : «  Briser l’isolement de l’entrepreneur. »

« Il y a une triste statistique, expose Lawrence Veilleux. Trois entreprises sur 10 ne vont pas passer le cap des cinq ans. Mais pour les entreprises accompagnées d’un mentor, sept sur 10 d’entre elles vont s’y rendre. »

Michel Rondeau, propriétaire d’une compagnie de construction à Canmore, est là pour témoigner de l’importance vitale du mentorat. « Il n’y a pas de cours qui t’apprennent à être un bon entrepreneur, dit-il. Moi ça a commencé très fort en 2008, mais j’étais tout le temps seul. À un moment donné, je suis tombé dans la bouteille. Maintenant, chaque fois que je vois mon mentor, ma consommation diminue. » Ce qu’il aime, c’est que même s’il y a un code d’éthique qui entoure la relation de mentor à mentoré, la structure de leurs échanges est libre à eux. « Le mentorat est axé sur l’individu et non sur l’entreprise. On n’est pas là pour prendre des décisions », rappelle Pierre Chagnon.

En Alberta, le CDÉA offre un programme de mentorat depuis quelques années. « Ici, ils sont en période de croissance, en Ontario, ils démarrent et dans les autres provinces tout est à faire », affirme le responsable du développement du Réseau M. On voit déjà les effets du réseau albertain puisque Luigi Labarrière, un entrepreneur dans l’évènementiel, a gagné son passeport pour le Rendez-vous économique grâce à sa participation à la première activité de réseautage tournant autour du mentorat à Calgary.

 

Marc Tremblay, Hélène Héroux et Gaétan Frigon


15h Gaétan Frigon : le client ROI (Return on investment)

Le « dragon » Gaétan Frigon a été accueilli chaleureusement grâce à sa notoriété en tant comme d’affaires redoutable au Québec et sa participation à l’émission Dans l’œil du dragon, mais aussi son humour vif et l’hommage qu’il a rendu en début de conférence à la vitalité des communautés francophones hors Québec.

« Je suis tombé dans le plat de bonbons assez jeune, raconte M. Frigon. Mes parents, mes grands-parents étaient tous dans le commerce au détail. Mon grand-père maternel était très astucieux. Dans les années 40, il était propriétaire d’un commerce. Quand il avait des clients difficiles, ils nous amenaient mon frère et moi et nous asseyait derrière dans l’auto. Il allait chez le client puis, après un bout de temps, il disait : “Je vais aller voir ce que les enfants font dans l’auto”. Le client nous faisait rentrer, nous donnait un sac de bonbons et dix minutes après, mon grand-père repartait avec sa commande. » Entrepreneur dans l’âme, M. Frigon a lancé et redressé près d’une dizaine de compagnies, dont la Société des alcools du Québec (SAQ), dont il a été le président pendant quatre ans.

« Ce que j’ai appris, deux choses : premièrement, le client a toujours raison même quand il a tort, et faut toujours s’adapter, sinon on va crever. Quelqu’un qui se tient à ces deux principes-là va passer au travers de pas mal de tempêtes, je vous le garantis », a-t-il commencé.  M. Frigon a surtout parlé de ce deuxième principe, en prenant pour exemple l’inéluctable changement des règles du jeu des affaires. « L’internet, vous n’avez encore rien vu !, annonce-t-il. La grande différence avec avant, c’est que ce ne sont pas les gouvernements qui décident, ce sont les usagers. » Et de mentionner les services de pair à pair comme AirBnB et Uber, l’un ayant déjà révolutionné l’industrie hôtelière et l’autre s’apprêtant à révolutionner celle du taxi.

Gaétan Frigon s’est également exprimé sur l’éternelle question de la privatisation de la SAQ puisque récemment, le syndicat des employés de la SAQ (affilié à la CSN) a produit une vidéo comparant la privatisation de la vente d’alcool en Alberta au système public dans la province de l’Est. « Ça a créé tout un bouleversement parce que le chroniqueur Éric Duhaime a publié un livre qui donne des arguments pour la privatisation. Moi je dis à la CSN : faites-vous-en pas. Il y a deux choses qui reviennent chaque automne au Québec : la tombée des feuilles et le débat sur la privatisation de la SAQ. Il y a autant d’arguments pour la privatisation que pour le contraire, ça dépend des cas. » Pour ce qui est de la SAQ, tant qu’elle reste la société d’État prestigieuse et profitable qu’il a laissée en 2003, il ne voit pas de raison de changer quoi que ce soit.

Finalement, le « dragon » a annoncé au public qu’il ne ferait pas partie de la prochaine saison de l’émission Dans l’œil du dragon.

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