Un nouveau Carrefour en 2015 ?

 

Fragile financièrement, l’unique librairie francophone d’Edmonton devra évoluer dans les prochains mois pour s’adapter aux besoins de la communauté.

« J’apprécie énormément la franchise de notre invité qui était le bibliothécaire en chef de l’Université de l’Alberta : il nous a dit clairement que le modèle du Carrefour n’était pas financièrement durable », raconte Fred Kreiner, professeur en immersion et vice-principal de la Junior/Senior High School de Jasper, présent lors de l’atelier du Congrès annuel de la francophonie (CAFA) consacré à l’avenir de la librairie.

La situation financière précaire de la librairie ne date cependant pas d’hier. « Je connais pas le chiffre d’affaires du Carrefour. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’en décembre 2008, lorsqu’on l’a vendu à l’Université, Le Carrefour était dans une situation périlleuse. On avait seulement deux choix : vendre ou fermer », confiait Jean Johnson, le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta, sur les ondes de Radio-Canada.

« Le Carrefour est une des dernières librairies francophones dans l’Ouest canadien », rappelle Gerald Beasley, le bibliothécaire en chef et responsable des trois librairies de l’Université de l’Alberta. Il ne remet pas en question « le service excellent » proposé par la boutique de la Cité francophone mais affirme que le lieu doit s’adapter à son époque. D’où l’organisation d’un atelier au CAFA, le 17 octobre dernier, afin d’écouter les suggestions de la communauté.


Un nouveau site internet ?

Première idée : améliorer le site web du Carrefour pour que les utilisateurs puissent passer commande en ligne. Cela permettrait aussi de mettre en avant les nouveautés en page d’accueil, voire d’échanger des avis d’initiés. Un moyen de sortir de l’ombre d’Amazon.

Pour Le Carrefour, Il semble pourtant difficile de concurrencer le géant américain et ses livraisons gratuites. En effet, la librairie francophone ne peut se permettre d’offrir le transport d’ouvrages à ses clients, notamment ceux habitant dans les communautés albertaines les plus éloignées d’Edmonton. Déjà qu’elle doit préalablement se faire livrer tous ses livres depuis Montréal…

« C’est très difficile d’être compétitif sur l’internet avec les grandes compagnies, reconnait Gerald Beasley. Néanmoins, notre grand avantage, c’est d’avoir une bonne connaissance de la communauté. »

Maintenir la qualité du service ?

Coralie Tremblay (photo), sales associate au Carrefour et employée depuis 2008, peut compter sur une clientèle fidèle : des personnes âgées qui viennent acheter des livres pour leurs petits-enfants, des jeunes mamans, des mordus de lecture… « On leur met de côté des livres, ça les gens apprécient », explique-t-elle.

La taille humaine du Carrefour permet aussi d’offrir un service personnalisé. « On fait un suivi à chaque semaine, on regarde l’état des commandes […], on appelle les fournisseurs, on appelle les clients : ‘’Votre livre n’est pas encore arrivé à l’entrepôt de Montréal, voulez-vous le remplacer par autre chose ?’’ », prend pour exemple l’employée de la librairie.

 

Renforcer les relations avec les écoles ?

Avec seulement deux employées à temps plein et trois à temps partiel, Le Carrefour a toutefois des moyens limités. Alors que la majorité de ses ventes se font auprès des écoles, la librairie ne propose pas systématiquement de listes d’ouvrages correspondant aux programmes scolaires de l’Ouest canadien. « On le fait quand on peut mais ça prendrait vraiment une personne à temps plein », estime Coralie Tremblay.

« On a aussi énormément de bibliothécaires dans les écoles qui n’ont peut-être pas de formation pour développer des listes d’achats. Ce genre de services seraient nécessaires si [Le Carrefour avait]  un emplacement en ligne pour acheter des livres », complète Fred Kreiner.

Un kiosque au Campus Saint-Jean ?

Néanmoins, améliorer les services sur le web ne doit pas empêcher la librairie de soigner sa présence physique. « C’est un grand avantage de pouvoir feuilleter les livres, d’avoir un contact physique. Il faut trouver des méthodes pour donner cette possibilité, même si on doit transférer une partie du marché sur internet », estime le bibliothécaire en chef de l’Université de l’Alberta.

Une autre idée serait ainsi de proposer un kiosque directement au Campus Saint-Jean, pour faciliter l’accès aux étudiants. Ou même d’installer un petit stand lors d’évènements francophones.

Aucune décision n’a encore été prise quant aux futures évolutions du Carrefour, mais on devrait en savoir plus d’ici juillet 2015, quand le bail de la librairie arrivera à échéance.

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