Trois entrepreneurs donnent leurs clés de la réussite

Dans le cadre de la 35e semaine de la PME, la Banque de développement du Canada a publié un rapport identifiant « cinq facteurs clés pour réussir en affaires et cinq pièges courants à éviter ». Le Franco a demandé à trois PME albertaines de commenter ces recommandations.

La Banque de développement du Canada a étudié plus de 1 000 entreprises canadiennes bien établies mais qui ont déjà rencontré des difficultés temporaires. Les informations compilées ont permis de mettre en lumières cinq facteurs clés de réussite et cinq pièges à éviter pour les petites et moyennes entreprises (PME).

Trois entreprises franco-albertaines ont accepté de réagir à ces recommandations :
▶ le restaurant La Poutine à Edmonton (créé en 2010 et ouvert depuis 2011 ; 10 employés aujourd’hui)
▶ le constructeur d’antennes et fournisseur de services internet / téléphone MCSNet à Saint-Paul (créé en 1995, premières connexions sans fil à haut débit en 2002, 38 employés aujourd’hui)
▶ la boulangerie-pâtisserie Le Fournil Bakery à Canmore (créée en 2011, ouverte en 2012, 9 employés aujourd’hui)


1er facteur de réussite : innover, ne pas se reposer sur ses lauriers

« C’est l’évidence même ! », sourit Pascale Tétrault, présidente du Fournil Bakery, et ça peut commencer par un concept novateur dans une zone géographique donnée : « On a un produit qui n’est pas disponible ailleurs dans la région : de la boulangerie-pâtisserie française où tout est fait à la main avec des produits frais ».

Du côté de La Poutine, le président Francis Côté affirme proposer de nouvelles recettes de poutine tous les mois ou tous les deux mois. « Avec la création de la cantine mobile [en 2013], on se différencie aussi des autres restaurants », ajoute-t-il.

2e facteur de réussite : demander des conseils à l’externe

« Penser qu’on est capable de tout faire tout seul est irréaliste et très dangereux », estime Pascale Tétrault.

Léo Van Brabant, le directeur général de MCSNet, fait ainsi appel à des consultants pour « la planification, les impôts et la gestion de la structure de l’entreprise qui s’agrandit ».

Francis Côté demande conseil « tout le temps, que ce soit pour la comptabilité, les avocats, la banque... » Il bénéficie aussi des conseils d’un mentor.

3e facteur de réussite : avoir un plan solide et mesurer ses progrès

« Oui, il faut absolument le faire. Ceci étant dit, il y a trop de facteurs qui font qu’une projection ne sera jamais tout à fait exacte », note la présidente du Fournil.

Pour mesurer ses progrès, Francis Côté observe notamment sa popularité sur Facebook : « On a actuellement 2900 ‘‘j’aime’’ et j’en avais 600 il y a deux ans ».

4e facteur de réussite : embaucher les meilleurs et savoir les mobiliser

« Notre problème, c’est qu’en Alberta, on est en compétition avec l’industrie pétrolière », note Léo Van Brabant. Sa stratégie ? « On embauche quelqu’un qui a un peu d’expérience et la tête sur les épaules... et on le forme. »

« Il faut que le produit ou le service soit déjà de qualité pour intéresser les travailleurs, affirme quant à elle Pascale Tétrault, qui s’interroge : « Si on n’a pas quelque-chose d’unique à offrir à de la main d’œuvre qualifiée, pourquoi viendrait-elle travailler chez nous ? Ensuite, il faut créer un environnement agréable qui permet de s’épanouir ».

5e facteur de réussite : développer des liens solides avec ses principaux fournisseurs

« Il faut développer un excellent rapport avec les représentants des fournisseurs pour qu’ils sentent qu’ils prennent part au succès de l’entreprise », conseille Pascale Tétrault.

Le directeur général de MCSNet a lui aussi des fournisseurs fidèles, mais il ne s’interdit pas de « regarder plusieurs options » pour obtenir les prix les plus intéressants.

Le président de La Poutine accorde beaucoup d’importance au fait de rencontrer lui-même les fournisseurs pour « créer des liens solides ».

1er piège à éviter : dépendre d’une clientèle trop peu diversifiée

« La règle numéro 1 selon moi c’est : si je suis capable de garder tous les clients qui passent par ma porte, mon chiffre d’affaires va être excellent, analyse Pascale Tétrault. Il ne faut pas se concentrer seulement sur le fait d’attirer de nouveaux clients, il faut garder les clients qu’on a ! »

De son côté, Francis Côté essaye de toucher des niches avec des mets végétariens ou sans gluten par exemple.

2e piège à éviter : sous-estimer l’importance d’une gestion des finances efficace

« Mon conseil serait : ne vous emballez pas. Certains mois, vous ferez beaucoup d’argent… Gardez-le dans un compte en banque. Conservez un salaire stable et essayez de couper dans les coûts le plus possible. Certains veulent agrandir trop vite et dans les moments creux ça ne marche plus », confie Francis Côté.

« Au début c’est difficile, reconnait Léo Van Brabant. Mais maintenant, à cause de la taille de notre entreprise, on peut s’autofinancer. On n’est plus vraiment dépendant des banques. »

3e piège à éviter : attendre qu’il soit trop tard pour préparer un plan d’urgence

« C’est très vrai qu’il faut se préparer à avoir une difficulté ou une crise quelconque, acquiesce Pascale Tétrault. D’où l’idée d’avoir de la liquidité. Si on a besoin de payer quelqu’un, il faut qu’on ait accès à l’argent comptant très rapidement. » Quitte à freiner sa croissance au début.

La prévoyance de Léo Van Brabant lui a permis de contrer efficacement la dernière crise importante qu’il a rencontrée : « Nous avons eu un genre de grosse urgence au mois de janvier lorsque 50 tours (des antennes de 200-300 pieds de haut, NDLR) ont été endommagées [à cause d’une tempête]. Je crois qu’on avait 5 000 clients qui n’avaient plus de service du jour au lendemain. (…) En quinze jours, toutes les tours étaient réparées ».

4e piège à éviter : ignorer les tendances du marché

« Les tendances changent… Faut écouter le client qui apporte de bonnes idées, estime le président de La Poutine. On fait beaucoup de surf sur le web, on regarde les trade shows, on va à Vancouver pour voir les nouveautés… Faut pas rester dans ta bulle ! »

« Dans mon domaine, il faut que je regarde ce qui se passe au Canada, mais aussi en France et au Japon parce que le design de la pâtisserie se fait dans ces endroits-là, précise Pascale Tétrault. Après, je ne peux pas me rendre sur place, j’ai trop à faire ici. Internet aide beaucoup et le bon vieux livre est toujours très pratique. »

5e piège à éviter : tarder à demander de l’aide

« On a déjà approché d’autres compagnies qui avaient beaucoup d’expérience, se souvient Léo Van Brabant. L’idée, c’était d’éviter les erreurs les plus dispendieuses. »

« J’ai trop essayé de régler tout toute seule, avoue Pascale Tétrault en évoquant l’inondation qu’a subie son commerce en 2013. Mais beaucoup d’aide m’est venue. J’ai été chanceuse, c’est un cas spécial ! »

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