La coopérative Construction francophone voit le jour

Une idée qui a jailli il y a un an a donné naissance à la première coopérative de solidarité de travailleurs en construction à charte fédérale au pays. Le 8 juin dernier, près d’une cinquantaine de personnes étaient réunies au Studio 104, dans La Cité francophone, pour assister au lancement officiel de Construction francophone, mouvement coopératif.

Après un an de gestation et grâce au soutien du Centre de développement économique de l’Alberta (CDÉA), Construction francophone (CF) a vu le jour. Ce sont les huit membres fondateurs, tous entrepreneurs francophones originaires du Québec, qui en forment le Conseil d’administration.

 

 Il s’agit du président Christian Mathieu, du vice-président Mario Raymond, du secrétaire-trésorier Mike Roy, ainsi que des directeurs Jonathan Létourneau, Yannick Mathieu, Joel Mathieu, Junior Patry et Jules Breton.

 

La mission

Développer une entreprise dans laquelle les travailleurs en construction peuvent communiquer dans la langue française figure en tête de liste dans la mission de la coopérative, alors que certains de ses membres fondateurs, venus en Alberta pour travailler, ont dû dès le départ faire face à la barrière de la langue.

Cela a d’ailleurs été le cas de Yannick Mathieu il y a cinq ans. Aujourd’hui responsable d’une quinzaine d’employés anglophones, il vit au quotidien le défi de travailler dans une langue qu’il ne maîtrise pas. « C’est difficile. Avec la coop, on va pouvoir avoir la chance de travailler en français, ça va faire du bien », a-t-il déclaré.

En plus de donner à CF des mandats sociaux et des orientations de développement durable, Christian Mathieu souligne l’importance de « stimuler l’éducation professionnelle en français et de contribuer à améliorer la qualité de vie des travailleurs de la construction en Alberta. »

D’un côté, le développement d’un programme de formation francophone, basé sur ceux qui existent et fonctionnent bien en anglais, est dans la mire de la coopérative. De plus, M. Mathieu affirme que certains travailleurs ne réussissent pas bien les tests de compétences, non parce qu’ils ne sont pas compétents, mais parce qu’ils ont de la difficulté avec la langue dans laquelle ils doivent passer ces tests, qui, par le biais du mouvement coopératif, seront rendus disponibles en français. L’idée est de finalement rendre la certification accessible pour les travailleurs francophones en Alberta.

De l’autre, le président avance qu’il n’existe aucune sécurité, aucune qualité de vie dans le milieu des travailleurs de la construction dans la province. Certes, celui qui travaille pour une grosse compagnie peut toucher des avantages sociaux, mais la réalité est que la plupart des travailleurs de la construction sont des contractants ou des entrepreneurs qui n’ont ni fonds de retraite, ni assurances, ni sécurité d’emploi, un problème prioritaire chez Construction francophone.

D’ailleurs, The Co-operators, une coopérative offrant des services d’assurance, a déjà été approchée par CF. « Nous leur avons dit que s’ils étaient capables de nous fournir toute la documentation nécessaire en français, nous allions conclure une entente avec eux. Ils sont en train de travailler là-dessus », annonce l’agent de développement économique du CDÉA, Patrice Gauthier. Ce dernier a épaulé les entrepreneurs tout au long du processus qui a mené à la création de la coopérative. La collaboration avec The Co-operators s’inscrit dans un effort conjoint de CF et du CDÉA de faire affaire avec des entrepreneurs francophones et d’encourager les mouvements coopératifs.

Une coop aux bras ouverts
Patrice Gauthier indique qu’en s’enregistrant au fédéral, le groupe recevra non seulement sa documentation gouvernementale en français, mais elle pourra aussi remettre ses formulaires et rédiger ses documents administratifs en français, ce qui aurait été impossible auprès de la province, qui est unilingue anglaise. De plus, Construction francophone pourrait aussi être en mesure de traverser les frontières albertaines, ce qu’elle projette de faire d’ici quelques années.

La porte de la coopérative ne sera pas pour autant fermée aux travailleurs non francophones. « Le noyau est francophone et les réunions du Conseil d’administration seront faites en français, précise Christian Mathieu. Cependant, comme je l’expliquais à un collègue anglophone qui voulait se joindre à nous, il est bien sûr le bienvenu. Qu’il parle anglais ou ukrainien n’a aucune importance. Quand je travaille avec lui, je fais un effort pour parler anglais, il n’aura qu’à faire la même chose s’il vient avec nous, faire un effort. » Ce dit collègue serait même enthousiaste à l’idée de pouvoir améliorer ses aptitudes en français en se joignant à la CF.

Le président est cependant ferme sur un point : si des membres sont anglophones ou allophones, et si l’entreprise en vient à s’étendre à la grandeur du pays, il n’est pas question que le noyau de la coopérative change de langage. Une clause à ce propos sera d’ailleurs incluse dans les Statuts et règlements : chaque décision démocratique doit recevoir l’approbation de 51 % des membres ayant le droit de vote, il sera clairement statué que si la gouvernance de la coopérative de construction francophone veut changer de langue, la décision devra obtenir 80 % du support de ses membres.

Se démarquer par l’expérience et l’expertise
« Si elle est là, c’est que nous y avons sérieusement réfléchi », indique Christian Mathieu au sujet de la fleur de lys dorée qui orne le logo de Construction francophone, un symbole qui a suscité des inquiétudes chez les invités de la soirée du 8 juin.

En gros, il a été soulevé que dans certains milieux, les Québécois n’ont pas su se bâtir une réputation enviable, et qu’en rappelant le drapeau de la Belle province, la fleur de lys pourrait entraver le chemin de CF vers la notoriété. « Nous en avons beaucoup discuté, rapporte M. Mathieu. Nous avons même proposé de le mettre vraiment petit. Mais à la fin, nous avons pris la décision de s’afficher. Nous sommes une coopérative francophone et la fleur de lys est un symbole francophone, et non québécois. Et nous en sommes fiers. »

Il a été rappelé qu’un Québécois qui va travailler en Alberta ou ailleurs y représente, malgré lui, sa province et parfois, par extension, les francophones en général. Malheureusement, par le passé, certains Québécois se sont montré de piètres ambassadeurs en Alberta. « Il y a des gens biaisés contre les francophones, concède Christian Mathieu. C’est à nous de ne pas alimenter ce constat. »

C’est par l’expertise de ses membres, qui devront pour le devenir avoir accumulé un minimum de 800 heures de travail, que CF a l’intention de se bâtir une réputation solide. « Quand nous serons connus, les gens qui verront la fleur de lys ne penseront pas à des travailleurs francophones, mais bien à des travailleurs professionnels et qualifiés », affirme M. Mathieu.

C’est parti
C’est avec enthousiasme et vision que Construction francophone entreprend sa première année. Il reste encore beaucoup de travail à faire, notamment mettre en place une solide structure de travail et un poste de direction, mais les bases construites au cours de la dernière année constituent de solides fondations.

Comme le décrit Patrice Gauthier, une structure coopérative prend beaucoup plus de temps qu’une entreprise avant de voler de ses propres ailes, mais une fois qu’elle est implantée, les statistiques le prouvent, elle constitue le meilleur outil pour résister à une crise économique.


 

 

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