AECG : Un petit-déjeuner d’affaires plein de promesses

Une rencontre instructive s’est tenue lundi 29 mai à Calgary entre une cinquantaine d’entrepreneurs albertains, l’agence nationale Business France Canada et le Consulat général de France à Vancouver. L’objectif : informer les entrepreneurs sur les opportunités d’investissement en Europe, facilitées par l’entrée en vigueur prochaine de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.

Patrick Imbert

 

C’est au Centennial Place de Calgary que les investisseurs potentiels étaient conviés de 9h à 10h pour parler affaire autour d’un petit-déjeuner. Alors que l’Accord économique et commercial global (AECG ou CETA en anglais) se met progressivement en place, encouragé par la récente élection d’Emmanuel Macron, un président pro-mondialisation et pro-européen, de plus en plus de sociétés canadiennes et albertaines aspirent à investir en France ou souhaitent s’y développer davantage.

Afin d’apporter un témoignage concret, deux entreprises albertaines étaient présentes lors de la rencontre, toutes deux implantées en France depuis longtemps et dominant leur domaine respectif. Vemilion Energy Inc., entreprise fondée à Calgary produit du pétrole en France depuis 1997, et Axia Fibrenet, chef de file canadien de la fibre optique en France, ont ainsi montré la voie.

De nouvelles opportunités

Patrick Imbert, directeur de Business France Canada, estime que la rencontre a été un succès, « avec une salle pleine, des entreprises positives, qui ont bien réagi à notre message : la France est ouverte aux affaires ! », lance-t-il. Le but de son agence est de promouvoir le développement à l’international des entreprises françaises et étrangères. Le moment est opportun puisque les investissements canadiens en France sont à la hausse depuis 2016, se concentrant sur les secteurs de l’économie numérique, du conseil et services aux entreprises, des énergies renouvelables et de l’industrie.

Jean-Christophe Fleury, Consul général de France à Vancouver, accueille avec enthousiasme l’AECG. Il explique que l’accord supprimera deux obstacles majeurs aux échanges : « les barrières tarifaires d’un côté, qui sont des pourcentages ou des montants imposés lors de l’export, et les barrières non tarifaires d’autre part, ces réglementations qui interdisent l’exportation de certains produits car ils ne respectent pas telle taille ou telle norme ». Patrick Imbert s’en réjouit : « la suppression des tarifs douaniers, c’est extraordinaire, ça permettra aux produits d’être beaucoup plus compétitifs », commente-t-il.

De potentielles retombées pour l’Alberta 

Les trois secteurs principaux qui profiteront de l’abaissement des barrières commerciales sont ceux du métal, du minerai, et du bois. L’étude économique faite au moment des négociations entre l’UE et le Canada indique que « l’accord créerait 80 000 emplois au Canada et représenterait un surplus de revenus moyens pour chaque Canadien de 1 000 dollars par an », comme le rapport le Consul.

Pour tirer son épingle du jeu, l’Alberta peut compter sur son savoir-faire et son expertise sur certains secteurs-clés : « l’Alberta est une province d’innovation dans les TIC, l’économie numérique, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, les techniques de l’environnement et la santé », détaille le directeur de Business France Canada. Même si les investissements albertains en France ne représentent que 5% des investissements canadiens à l’heure actuelle, Mélisande Roche, directrice du développement commercial pour la partie Ouest Canada, s’efforce de prospecter la province afin d’augmenter encore le nombre de projets d’investissement.

Une part du gâteau pour les entrepreneurs francophones

Erwan Oger, directeur du mentorat, de l’entrepreneuriat et de l’innovation au CDÉA, s’attèle à ce que l’économie francophone albertaine tire bénéfice du CETA. Grâce à son recensement des entrepreneurs intéressés par l’export, le CDÉA « joue dans ces négociations un rôle à la fois rassembleur et créateur d’opportunités ». Selon le directeur, tout échange avec d’autres entités francophones à l’international est bénéfique. « Notre mandat, c’est l’essor de l’économie francophone en Alberta », rappelle M. Oger.

On peut ainsi s’attendre à ce que des entreprises locales ramènent des technologies européennes et vice versa. Le directeur constate aussi que les investissements en Europe proviennent de secteurs de plus en plus diversifiés et ne sont plus seulement l’apanage d’entreprises pétrolières.

Le CETA pourrait aussi bâtir un pont vers l’Afrique et le Moyen-Orient pour les entreprises francophones locales. « Lorsque les entreprises canadiennes investissent en France, ils le font avec des partenaires français, et ça leur donne des possibilités d’étendre complètement leur portefeuille », souligne Jean-Christophe Fleury. « La France peut être une plateforme pour les entreprises albertaines et canadiennes », surenchérit Patrick Imbert.

Fort de son succès, le petit-déjeuner d’affaires est amené à être reconduit l’an prochain. D’ici là, le CETA devrait entrer en vigueur au 1er juillet 2017.

Calgary

 

Nouveau président, nouvelle perspective

Pour le consul général, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République est « une excellente nouvelle ». Jean-Christophe Fleury se réjouit: « C’est un très bon signe pour les entreprises canadiennes et albertaines. On ne doute pas ici au Consulat que l’avenir sera radieux pour ces cinq prochaines années ! », s’exclame-t-il. Le nouveau président, « qu’on présente comme le Justin Trudeau français, pour son dynamisme, sa jeunesse et son ouverture sur le monde », semble en effet s’entendre sur de nombreux points avec son homologue canadien, notamment sur celui du libre-échange.

Une affaire plus compliquée pour les producteurs

Cependant, plusieurs voix s’élèvent pour critiquer le CETA et son potentiel impact néfaste sur l’économie locale, à l’instar des producteurs laitiers du Québec. Le Consul général le reconnaît : « certes, les producteurs québécois ont des raisons de s’inquiéter mais les consommateurs québécois, eux, pourront avoir accès à plus de produits français », affirme-t-il. Erwan Oger concède aussi que « les marchés ouverts sont toujours au bénéfice des consommateurs ». Le directeur au CDÉA ajoute que, malgré tout, « certains pourront tirer profit de la facilitation des échanges des technologies et des idées ».

« Le but de l’accord n’est pas de protéger les producteurs, c’est de faire plaisir aux consommateurs », avance le Consul général Jean-Christophe Fleury. Voilà qui pourrait faire grincer quelques dents. Il tente néanmoins de rassurer : « les producteurs laitiers canadiens n’auront plus aucun quota à l’exportation vers l’Europe, contrairement à leurs pairs européens, ce n’est donc pas une négociation déséquilibrée », juge-t-il.

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