Dépendance pétrolière : « Justin Trudeau met en péril l’économie du Canada »

Malgré son discours écologique, Justin Trudeau mise sur le pétrole pour sauver les finances publiques. Les résultats dépendent toutefois du cours du brut, qui échappe au contrôle du gouvernement. Mais dans l’espoir d’une relance, le chef libéral n’a d’autre choix que d’approuver les projets d’oléoducs. Tant pis pour l’environnement, signale Dominique Perron.

Dube Trudeau et Morneau FB

« Si le prix du pétrole remontait à 80 $ le baril, lance la chercheuse affiliée à l’Université de Calgary, le premier ministre ne ferait absolument rien pour freiner le développement pétrolier. Il a besoin de cet argent. Comme on fait de plus en plus de déficits, on aura besoin de plus en plus de revenus pour les dettes qu’il faudra payer un jour. »

Les réserves d’huile peuvent sauver l’économie seulement si le marché le permet, note l’analyste et auteure de L’Alberta Autophage : identités, mythes et discours du pétrole de l’Ouest canadien. « Le gouvernement est complètement impuissant, il essaie d’énoncer des règles, mais le marché est imprévisible. Trudeau s’en remet au hasard, dans l’attente qu’il se passe quelque chose, mais il est possible que rien ne se passe. »

La Banque du Canada lui donne raison. Le 2 mars, le gouverneur Stephen Poloz a maintenu le taux directeur à 0,5 % en raison « d’incertitudes considérables » liées à l’approche commerciale américaine.

En 2014, le baril a plongé à 26 $ et l’industrie a sombré, fauchant l’économie nationale. Dominique Perron évoque la situation à Terre-Neuve-et-Labrador qui connaît un exode de sa population active après une décennie de boom qui avait bondir le salaire médian de 43 %.

Les redevances liées à l’extraction d’hydrocarbures sont passées de 30 à 10 % du budget provincial. Le chômage de 16,8 % domine le reste du pays, qui affiche une moyenne nationale de 7,2 %.

L’optimisme demeure. Misant sur une relance hypothétique, Ottawa a approuvé en décembre deux projets d’oléoducs : Trans Mountain de Kinder Morgan et la Canalisation 3 d’Enbridge. Le président américain a promis de relancer le projet Keystone XL sur son territoire.

Le directeur du journal L’Aquilon au Territoire du Nord-Ouest, Maxence Jaillet, reconnaît l’inévitable. Après avoir cherché à l’Est, à l’Ouest et au Nord (par le fleuve Mackenzie pour atteindre la mer de Beaufort), on livrera le pétrole albertain vers le Sud.

« Trudeau a montré qu’il n’avait pas la défense de l’environnement ni la lutte contre le réchauffement climatique, au sommet de ses priorités. Déclarant que sa décision était pour le meilleur intérêt du Canada, il laisse les lobbys et l’économie peser fort dans la balance. »

Un seul obstacle pourrait affecter le projet Keystone XL, selon le journaliste : la politique d’acheter américain pour construire l’oléoduc mise de l’avant par Donald Trump. « Les négociations ont repris et le Canada n’en ressortira pas gagnant, juste cicatrisé et vidé de ses ressources non renouvelables. »

Dominique Perron insiste. « Quand Trudeau parle d’environnement, c’est cosmétique. Il dit une chose et son contraire. C’est le maître de la contradiction. Quand il dit que le Canada est un pays de ressources, on sait exactement ce que ça veut dire. Le discours écologique est devenu délié : on donne l’impression qu’on s’en occupe, mais on fait moins de choses. »

Selon l’analyste, l’approche du chef libéral représente un danger plus grave pour l’économie que celle de son prédécesseur Stephen Harper.

« Ce n’est pas un changement de politique, mais de présentation. Dans les régimes de droite, on parle sans détour. Mais Trudeau fait tellement de détours, qu’il change la perception du réel. »

 

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