La restauration tient le coup

Le Franco s’intéresse à la situation des entreprises gérées par des francophones à Calgary. Cette semaine, nous nous concentrons sur le secteur de la restauration avec Thierry Pregliasco, propriétaire de trois restaurants McDonald’s, ainsi que Eric Bimenyi et Ahn Ta, respectivement chef cuisinier et propriétaire du café Savour. Ils nous livrent leur témoignage sur la crise, ses impacts, et les solutions mises en œuvre pour garder la tête hors de l’eau.

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 « Les gens font beaucoup plus attention », commentent à l’unisson Thierry Pregliasco, propriétaire de trois restaurants situés à Olds et Innisfail, et Anh Ta, propriétaire du café Savour sur la 4e rue au cœur du quartier Mission. Avec les 12 000 clients réguliers de ses trois restaurants McDonald’s du nord de Calgary d’une part, et la position centrale du café Savour d’autre part, M. Pregliasco et Mme. Ta jouissent tous deux d’une position idéale pour prendre le pouls des habitudes de consommation des Albertains, et de leur état d’esprit en ces temps de crise.

Les Calgariens se serrent la ceinture

« Les gens changent leurs habitudes, ils dépensent moins, ils font plus attention », commente le directeur des trois établissements de restauration rapide. Les gens semblent en effet revoir leur style de vie à la baisse. « Ils cherchent à réduire toutes leurs dépenses, ils privilégient par exemple les repas moins chers », constate M. Pregliasco.

La crise a en effet un impact psychologique sur l’attitude de consommation des Albertains. Elle génère un sentiment d’insécurité qui s’étend bien au-delà des seules personnes concernées par la perte d’un emploi. Pour Thierry Pregliasco, « l’inquiétude est palpable, les gens ont peur de l’effet domino de la crise ». Les gens deviennent plus prudents, même sur les petites dépenses, et réduisent ainsi leurs sorties.

Une situation plutôt avantageuse pour la restauration à petits prix

« Ce type de situation économique est plutôt bon pour nous », reconnaît Thierry Pregliasco. En effet, les crises ont tendance à favoriser les commerces de petits prix, comme ses restaurants McDonald’s, en leur ramenant une nouvelle clientèle en quête d’économies. La gérante du café Savour le constate aussi: « les clients réguliers de restaurants haut de gamme sont de plus en plus nombreux à venir chez nous ».

Néanmoins, M. Pregliasco constate au sein de ces restaurants une réduction des dépenses moyennes par visiteur. « Les gens se tournent vers les petits sandwiches, ils recherchent les articles en promotion, et ils font l’impasse sur les desserts, ces petits plaisirs qu’ils s’accordaient auparavant », raconte-t-il. Le budget des Calgariens alloué aux sorties et repas est plus restreint, y compris pour les plus petites dépenses.

De nouveaux profils de clients et d’employés

Le profil de la clientèle des restaurants McDonald’s d’Innisfail et d’Olds a changé. « Nous voyons de plus en plus de personnes qui, avant la crise, allaient déjeuner dans des restaurants de service à table », relève leur gérant. Ces personnes se sont tournées vers des alternatives plus abordables telles que les restaurants McDonald’s, cherchant ainsi à économiser cinq à dix dollars par repas, une somme non négligeable à la fin du mois.  Pour Anh Ta, « la crise a permis d’améliorer la visibilité du café », et ce vis-à-vis de toute une partie des Calgariens désormais en quête d’alternatives bon marché. Avec un repas du midi à 10 dollars en moyenne, le café grossit sa clientèle.

Mais c’est aussi le profil des demandeurs d’emploi qui s’est transformé. Le gérant des trois McDonald’s reçoit notamment beaucoup de candidatures de mères de famille, pour beaucoup frappées par la perte du travail de leur mari et résolues à prendre un emploi à temps partiel pour atténuer le choc. Une situation qui détend le marché du travail pour Thierry Pregliasco: « Avant, nous avions du mal à trouver des gens, et aujourd’hui, c’est un peu plus facile, nous recevons plus de candidatures ».

Stratégies de réponse

Pas question de rester les bras croisés pour Thierry Pregliasco. En réaction face à ces changements, le gérant a choisi de capitaliser sur la sensibilité accrue des consommateurs aux prix en baissant de vingt centimes le prix du café. Une stratégie qui a payé puisqu’il a augmenté de 20% ses ventes depuis la baisse des prix. Du côté du café Savour, c’est la création de formules spéciales pour le midi et le soir qui permet de rester attractif.

M. Pregliasco a aussi adapté ses messages commerciaux. « Nous mettons en avant les offres à petits prix, par exemple des coupons pour des menus à cinq dollars plutôt que huit dans nos brochures », illustre-t-il. Le gérant dit aussi se serrer les coudes avec les autres propriétaires de restaurants situés aux alentours. Ensemble, ils réfléchissent à des solutions, s’inspirent mutuellement, et tentent diverses tactiques.

Perspectives pour 2017

Thierry Pregliasco reste optimiste et s’en remet aux prévisions véhiculées par les médias. 2017 serait l’année d’un rebond de l’économie, avec des experts qui tablent sur une croissance du marché de l’emploi de 1%. Une bonne nouvelle pour le gérant qui permettrait d’améliorer le pouvoir d’achat des Albertains, et donc la fréquentation de ses restaurants.

Anh Ta voit, elle aussi, 2017 comme une année positive, où l'économie sortirait de la récession. Elle observe par ailleurs que d'être au sein d’une petite communauté soudée telle que celle de Mission aide grandement en ces temps incertains: «Je connais tous mes clients par leur nom. Notre propriétaire nous a même accordé une pause dans notre loyer car nous nous connaissons bien  », confie-t-elle.

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