Le Rendez-vous d'affaires du CDÉA. Entretien avec René Villemure

 Photo Rene Villemure

« Du concept à l'action », tel est le thème du Rendez-vous d'affaires du Conseil de développement économique de l'Alberta (CDÉA) qui se tiendra les 21 et 22 octobre prochains à Edmonton au Delta Edmonton South, hôtel et centre des congrès.  Rencontrez René Villemure, éthicien, fondateur de l’Institut québécois d’éthique, Ethikos et l’éthique pour le conseil.

Le Franco : pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis éthicien, j’ai fondé l'Institut québécois d'éthique appliquée il y a une vingtaine d’années. Je suis probablement le premier éthicien au Canada, ou du moins le seul qui fait ça à plein temps. Depuis, l’Institut Québécois s’est transformé en EthiKos, qui m’amène à conseiller des chefs d’entreprise et les chefs d’État à travers le monde.

LF- Quel est l’objectif de votre atelier pour ce prochain Rendez-vous d’affaires ?

RV : Ce que j’aime bien quand je parle aux gens d’affaires, c’est leur faire comprendre l’éthique. C’est un sujet dont on entend souvent parler, mais que malheureusement on connaît mal. On connaît plus la réputation de l’éthique que sa réalité. Et puis, souvent, on croit que ça sert à punir les mauvais élèves. Ce que je vais montrer aux gens d’affaires, c’est que l’éthique est un avantage stratégique, un avantage distinctif. Lorsque les gens d’affaires savent l’utiliser à bon escient, ça leur donne une caractéristique face à leur marché. C’est à cet aspect bien différent que je souhaite mettre en lumière..  

LF- Quelle est la place de l’éthique au sein de l’entrepreneuriat et du monde des affaires ?

RV : L’éthique est méconnue, mais sa place est fondamentale. Nous menons beaucoup d’études à l’horizon 2030, et on voit que la génération qui a 15 ans aujourd’hui, et qui va en avoir 30 en 2030, est beaucoup plus intéressée par les concepts des valeurs, des concepts plus humains, moins mécaniques que ceux qui nous intéressaient auparavant. Et ces gens-là vont à la fois devoir choisir leur emploi, leurs fournisseurs, et vont faire des choix qu’on ne faisait peut-être pas avec autant d’intensité. Pour l’instant, c’est brouillon, mais on voit venir la tendance. Alors l’entreprise se devra d’être attrayante pour ses employés, pour ses fournisseurs et ses clients. L’éthique est l’un des vecteurs de cette attraction-là. Un vecteur que l’on sous-estime. Alors, pour l’instant, on le prend pour acquis. Je crois que les entrepreneurs devront travailler sur leur culture, la culture d’organisation, afin de tirer profit de cet élément qui leur permettra de toujours se distinguer. Et puis, ce n’est pas seulement une question d’image, de façade, c’est aussi la volonté de bien faire, de comprendre que le monde change, et que dans ce nouveau monde, l’éthique tient une place toujours plus importante. 

 

Bandeau LeFranco

 

LF- Au cours de votre carrière, avez-vous été amené à redéfinir la notion d’éthique ?

RV- Absolument ! Quand j’ai commencé, on parlait un peu de bioéthique, de la fin de vie, des traitements, les choses comme ça. On entendait parler un peu d’environnement, mais pas du tout d’éthique dans le cadre du monde des affaires. Alors moi, j’ai été amené à créer le secteur  : celui de l’éthique appliquée à l’entreprise. Ma formation est double : la linguistique et la philosophie. Mais avant cette formation-là, j’ai été un homme d’affaires pendant un bon moment. J’ai fondé des entreprises, la dernière est devenue assez grosse. Quand j’ai commencé l’éthique, je connaissais déjà le monde de l’entreprise et j’ai pu leur parler avec un langage qui était le leur. Là où généralement les personnes qui sont plutôt issues du milieu académique tentent de dire aux gens ‘comprenez-nous’, moi, je suis allé vers eux en les comprenant.

Donc la perspective de l’éthique appliquée au monde des affaires date à peu près d’une vingtaine d’années. Elle prend de l’importance. Mais, malheureusement, on en parle trop souvent pour dire qu’il y a eu un manquement. Donc on aborde plus souvent l’éthique par son absence, son contraire. Ce que je veux soulever cette fin de semaine, c’est au-delà de l’indignation, au-delà du manquement de l’éthique au sein de l’entreprise : quel est le sens à donner à notre conduite ? Le sens, c’est la direction, la voie ou le chemin qu’on décide d’emprunter. Sans cela, on s’égare et on prend le risque d’adopter une conduite fautive. Je veux mettre l’accent sur l’autre facette de l’éthique : celle qui donne un atout compétitif.

LF- Donc l’éthique, c’est le sens, la voie ou le chemin ?

RV : Oui, c’est le sens, la voie ou le chemin à donner à une conduite, à nos décisions, à la manière dont on voit les choses.

LF- Qu’est-ce que vous inspire ces ateliers ?

RV : Cette année, ils sont très divers et j’ai trouvé qu’il y avait une bonne variété sur laquelle je vais m’appuyer pour faire ma présentation. D’ailleurs, au moment où je vous parle, je n’ai pas de texte final. Je vais compléter le tout sur place en ayant en tête les thèmes qui y seront présentés. Je peux vous assurer une chose : ça va être très adapté.

LF- Que pensez-vous du Rendez-vous d’affaires du CDÉA ?

RV : C’est une excellente initiative que j’ai connue cette année lorsqu’on m’a contacté. Et puis, je crois que les gens apprennent plus au contact les uns des autres. Dans toute occasion de réseautage, telle que remettre une carte d’affaires, il y a un apprentissage qui peut être fait. Et si je regarde la diversité des ateliers, il y a divers points de vue qui sont amenés. C’est l’occasion, je crois, d’avoir en un endroit à un moment donné, une foule d’expertises au même moment. Je pense que c’est une chose qui doit perdurer, qui est extraordinaire.

LF- Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs présents lors du Rendez-vous d’affaires ?

RV : Je leur en donnerais deux. Le premier, arrivez avec des questions, car, encore une fois, le sujet de l’éthique est mal connu donc profitez-en pour poser des questions. Deuxièmement, soyez attentifs parce qu’on ne rend pas les gens bons par décrets. L’éthique, c’est loin d’être une suite de commandements. C’est plutôt une perspective à donner sur le futur de votre entreprise, et non pas une liste d’interdictions. Et ça, je le vois souvent. Les gens s’attendent à une liste d’interdiction quand j’arrive dans une salle, vous verrez, mais il n’y en a pas. En interdisant, il n’y a pas de croissance tandis qu’en permettant, en orientant, on amène à une perspective différente. Soyez ouverts à cette perspective-là qui va vous permettre de croître et d’envisager le futur de votre entreprise avec un avantage stratégique, celui de l’éthique.   

 

René villemure est éthicien et chasseur de tendances, il a fondé l’institut québécois d’éthique appliquée en 1998, ethikos en 2003 et l’éthique pour le conseil en 2014. Son point de vue est recherché par les gouvernements et les dirigeants de grandes sociétés publiques et privées tant en Amérique qu’en Europe et en Afrique. Visionnaire et innovateur, il invente dès 1998 les concepts de Diagnostic éthique©, de Modèle de gestion éthique© et signe la conception de la méthode Éthique et valeurs©. En 2005, il est reconnu par la Chaire de management éthique des HEC-Montréal comme étant une des 120 personnalités internationales qui ont contribué au développement d’une éthique intégrale. Depuis 2009, il enseigne la Gouvernance éthique au Collège des administrateurs de sociétés de l’Université Laval. Il offre également des séminaires éthiques à l’Institut Français des Administrateurs (IFA) à Paris. En 2010, il est identifié par l’Observatoire des tendances comme étant l’un des 200 Éclaireurs du futur. Il a eu l’honneur de signer la préface du livre Entretiens avec Henry Mintzberg. Créateur en 2012 des programmes ADN Éthique de la marque©, Éthiciens sans frontières© et Entreprise socialement exemplaire©. Créateur en 2014 des programmes L’Éthique pour le conseil / BoardEthics, un programme qui mesure la compréhension et la sensibilité éthiques de conseils d’administration et membres de la haute direction. René Villemure est membre associé de la Fondation Michaëlle Jean, membre votant de la Fondation pour l’alphabétisation et membre du collectif Design-Decode. Au fil du temps, René Villemure a prononcé plus de 600 conférences et formé plus de 55 000 personnes, autour du monde, dans plus de 500 organisations. Il a reçu, en 2014, le Prix Reconnaissance du Collège des administrateurs de sociétés de l'Université Laval. René Villemure est diplômé en philosophie de l’Université de Sherbrooke.

 

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