G7 : le réalisme de l’entente sur le climat

La conférence du G7 de 2015 s’est terminée le 8 juin dernier avec une entente, admettons-le, relativement importante au niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de l’utilisation des sources d’énergie fossiles.

 

Importante dans son envergure (70 % de réduction des GES sous le niveau de 2010 d’ici 2050 et la fin de l’utilisation des combustibles fossiles d’ici 2100), mais beaucoup moins sérieuse au niveau du délai. Analysons en deux temps ces conclusions, d’abord d’un point de vue de faisabilité économique, ensuite d’un point de vue d’exploitation des ressources.La première partie de cette entente, avec son objectif de réduction des GES, est très ambitieuse. En effet, diminuer dans cette proportion nécessitera une refonte du système industriel. Les émissions devront être d’autant plus contrôlées que pour atteindre l’objectif on voudra vraisemblablement démontrer des progrès au fur et à mesure que la date butoir de 2050 approchera.

 

En 2013, au Canada, 78 % des GES sont des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Ces émissions provenaient de deux sources principalement, soit les centrales productrices d’électricité à 45 % et le transport à 28 %.

 

Dire que l’on veut réduire de 70 % les GES ne pourra donc pas se faire sans s’attaquer à ces deux secteurs. On comprend aussi pourquoi on veut mettre un délai aussi long pour l’atteinte de cet objectif : le nombre de voitures à remplacer, le transport aérien à repenser, la génération d’électricité à renouveler… On ne peut pas faire cela, en collaboration avec l’industrie, sans leur donner suffisamment de temps pour s’ajuster à cette contrainte.

 

 

Le principal inconvénient de cette entente est en même temps le délai avant son application. En effet, on peut changer plusieurs fois de gouvernement en 35 ans, alors il est facile de dire que le prochain gouvernement s’attaquera effectivement au problème, ou celui qui suivra. Et qui sait si, à cinq ans de l’échéance, on ne nous annoncera pas que ces cibles sont irréalistes pour en proposer de nouvelles. Certaines mesures qui devront être prises seront impopulaires et pourraient donc ne jamais être mises en place, simplement parce que le « coût » politique facilement identifiable pourrait sembler plus important que le « bénéfice » écologique plus incertain.

 

 

Également, la deuxième économie mondiale, la Chine, ne fait pas partie de cette entente. Peut-on parler sérieusement de l’impact de la réduction des GES dans le G7 en omettant le pays qui vraisemblablement constituera la principale économie mondiale d’ici une dizaine d’années ? De même pour l’Inde, qui pourrait aussi dépasser les États-Unis en termes de production d’ici 2050. Ces deux géants asiatiques pourraient donc être deux économies très puissantes, en développement en 2050, qui ne sont toujours pas prêtes aujourd’hui à réduire de façon drastique leur niveau de pollution, surtout si cela signifie un ralentissement de la croissance et donc de la hausse du niveau de vie de 2,5 à 3 milliards de gens.

 

La deuxième partie de cette entente, portant sur la fin de l’exploitation des combustibles fossiles, constitue selon moi davantage un vœu pieux. En effet, promettre quelque chose qui sera en vigueur en l’an 2100, c’est prévoir aujourd’hui dans quel monde vivront nos petits- et arrière-petits-enfants.Pour l’Alberta, cela demeure une bonne nouvelle, car plusieurs craignent justement la possible fin de l’ère du pétrole. Dans un tel contexte, les producteurs auraient pu vouloir accélérer la production afin de vendre le pétrole avant qu’on n’en ait plus besoin. Maintenant, on rallonge de plusieurs années cette date fatidique, selon les dirigeants du G7. On peut donc davantage étaler le cycle de production sur une plus longue période et ainsi réduire la quantité offerte. Potentiellement, le prix pourrait ainsi demeurer plus élevé et plus longtemps.

 

La conclusion de la conférence du G7 demeure tout de même la pertinence du groupe. Si pour certains, un G2 (Chine-États-Unis) démontrerait suffisamment une collaboration économique internationale, pour d’autres un G88, représentant les 88 pays les plus pauvres, mériterait davantage d’attention. Mais on pourra au moins dire que la 41e conférence aura amené beaucoup de questionnement quand au futur environnemental de la planète.

 
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