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« Un des meilleurs moyens de célébrer une culture, c’est de casser la croûte ensemble »

Le 4 mai, la campagne de financement participatif du futur restaurant Chartier s’est achevée avec succès. Le couple de francophiles Sylvia et Darren Cheverie a collecté 107 975 dollars, largement de quoi convaincre banques et investisseurs de fournir l’argent manquant pour concrétiser le projet. Ouverture prévue début 2016 à Beaumont.

À la naissance de leur fille Rowan, il y a deux ans de cela, Sylvia et Darren Cheverie quittent Edmonton pour s’installer à Beaumont, où la jeune femme a grandi. En réalisant que la petite ville bilingue n’a pas beaucoup d’endroits pour boire « un bon verre de pinot noir », le couple décide de réaliser un vieux rêve : ouvrir son propre restaurant. On n’est jamais mieux servi que par soi-même... De plus, la ville est en plein essor ; sa population a presque doublé entre 2006 et aujourd’hui, passant de 9 000 à 16 000 habitants.

Fiers de l’histoire francophone de Beaumont, les deux entrepreneurs font le pari d’un établissement proposant de la cuisine canadienne-française (tourtière, poutine, charcuterie, pain frais...), du bon vin et de la bonne bière. « Un des meilleurs moyens de célébrer une culture, c’est de casser la croûte ensemble », sourit Sylvia, qui a passé toute sa scolarité en immersion française. Elle se souvient des petits plats faits maison qu’elle dévorait lorsqu’elle était invitée chez ses amis francophones. Originaire de Pictou, en Nouvelle-Écosse, Darren a lui aussi été initié à la cuisine canadienne-française dans sa jeunesse (et au français pendant son secondaire).


Au moment de déterminer un nom pour leur futur restaurant, Sylvia et Darren choisissent de rendre hommage à l’un des pionniers responsables de la fondation de Beaumont, à la fin du XIXe siècle. « Avant qu’il n’y ait l’église, les messes étaient [célébrées] dans la maison de Louis Chartier. C’était le premier lieu de rassemblement à Beaumont ! », raconte Sylvia. Tout un symbole.

Pour l’anecdote, le restaurant aurait pu s’appeler 929, en référence à la deuxième partie du numéro de téléphone fixe des habitants de Beaumont. Plus de 3 000 sont d’ailleurs réunis sur le groupe Facebook The 929ers.

Une brillante campagne sur Kickstarter

Avoir un concept attractif, c’est un bon départ, mais sans financement, difficile de faire quoi que ce soit. Les jeunes mariés calculent avoir besoin de 95 000 $ pour lancer leur projet, soit un quart du capital total requis. Leur idée : utiliser la plate-forme internet de financement participatif Kickstarter. « C’était notre première expérience ! On n’avait même jamais été contributeurs... », reconnaît Sylvia. Avec Darren, elle analyse donc un maximum d’anciens projets liés à la gastronomie et tente de comprendre la recette d’une collecte de fonds réussie. Si la somme demandée n’est pas atteinte dans le délai imparti, tous les contributeurs sont remboursés.

Une des clés pour réussir sa collecte est de proposer des contreparties adaptées aux dons des internautes. Contrairement aux nombreux porteurs de projets artistiques sur Kickstarter qui peuvent toucher des donateurs du monde entier en leur envoyant le produit fini par la poste (un vêtement, un disque, un jeu vidéo...), Sylvia et Darren s’adressent principalement à des gens de la région de Beaumont ou d’Edmonton, des personnes qui auront l’occasion de tester le restaurant à son ouverture. C’est pourquoi la majorité des contreparties proposées correspondent à des bons pour des repas et des boissons valables à Chartier. Cependant, certaines récompenses s’avèrent plus originales. Par exemple, un des plus généreux donateurs aura le privilège de participer à la création d’une poutine portant son nom. Trois autres auront leur propre cocktail.

Offrir de belles contreparties ne fait pas tout. Pour que leur campagne Kickstarter fonctionne, les deux trentenaires doivent aussi rassurer les éventuels donateurs (« certains pensaient qu’on allait prendre leur argent et acheter une maison de vacances ! », rigole Sylvia) et faire connaître leur projet au plus grand nombre. Après avoir convaincu la famille et les amis de participer au financement et/ou d’en parler autour d’eux, le couple francophile rencontre le maire de Beaumont et ses conseillers, le député de la circonscription, les commerces et associations de la ville… 30 000 $ sont ainsi amassés les trois premiers jours, début mars. Ensuite, plus rien ou presque pendant 35 jours ! La panique. Sylvia et Darren relancent la collecte en faisant du porte-à-porte et en contactant un maximum de médias. « C’est un peu comme mener une campagne politique », s’amuse le Néo-Écossais. Finalement, après deux mois de communication intensive, l’objectif de 95 000 $ est largement dépassé. Le 4 mai, date de fin de la collecte, 559 contributeurs ont donné 107 975 $. L’argent manquant viendra d’organismes de prêts ou d’investisseurs privés.

 

Corey Lansdell - Pulp Studios


Manger local et parler français

Sylvia et Darren Cheverie travaillent en ce moment avec le consultant Brad Lazarenko. Le fondateur des restaurants Culina à Edmonton apporte son savoir-faire, ainsi que son réseau de producteurs de la région. « On va essayer d’avoir le plus de produits locaux possible », promet Sylvia, en incluant des bières du coin. Elle compte quand même importer certains graduellement, comme des fromages québécois.

Après avoir été directeur général pendant plusieurs années dans l’hôtellerie-restauration, Darren s’occupera en toute logique du fonctionnement quotidien de Chartier. Sylvia se concentrera sur la communication, son domaine d’expertise. Ils devront bien sûr s’entourer d’une équipe de serveurs, barmen, cuisiniers, etc. « On veut engager des francophones ! », prévient Sylvia, qui regrette que beaucoup d’Albertains soient souvent trop intimidés pour parler français, même ceux qui ont été à l’école en immersion. Elle-même s’avoue « un peu rouillée » mais compte donner l’exemple pour que les clients « se sentent à l’aise ». Les plus hésitants pourront s’appuyer sur l’écriture phonétique des plats, histoire de se donner confiance.

Le couple recherche activement un chef pour élaborer le menu et travaille avec un architecte sur l’agencement du futur restaurant. Chartier sera situé au rez-de-chaussée du Maina Centreville, un espace commercial partagé actuellement en construction à Beaumont sur la 50e rue, tout près de la 50e avenue. Des appartements seront installés au-dessus des commerces, aux étages 2 et 3. Le restaurant de Sylvia et Darren devrait ouvrir en janvier 2016.

Note : toutes les citations comportant des mots ou expressions en anglais ont été traduites intégralement en français dans un souci d’harmonisation.

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