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Uber : « C’est vraiment une idée brillante »

Lancé à Edmonton en décembre 2014, le service de transport entre particuliers Uber pose problème à la Ville, qui a déposé en février une injonction pour que l’entreprise cesse ses activités. L’audition à la Cour du Banc de la Reine a été reportée au 26 mars. La municipalité souhaite prendre le temps de trouver un règlement autorisant la cohabitation entre Uber et les taxis, qui se disent victimes de concurrence déloyale. Inscrit depuis janvier 2015, Corey Loranger nous explique comment le service fonctionne côté chauffeur.

Quel est ton travail principal ?

Je suis pigiste, comédien au cinéma et je travaille en télévision en tant qu’animateur : je fais du remplacement à Radio-Canada ici en Alberta et à la nouvelle chaîne francophone Unis, pour une émission qui s’appelle Couleurs locales. Je fais aussi de l’animation d’évènements et de la réalisation. Mes horaires sont vraiment non conventionnels. Chaque semaine est différente. C’est pour ça que j’ai la liberté d’entreprendre des trucs comme Uber.

Pourquoi as-tu décidé de travailler pour Uber ?

[… ] Je suis vraiment fan de ce système. Je ne suis pas nécessairement fan de Uber en tant que compagnie, mais c’est vraiment une idée brillante. Cela crée de nouvelles opportunités de transport dans notre ville. [...]

 

Comment s’est passé le recrutement ?

J’ai trouvé ça impressionnant. Le côté sécuritaire de Uber est très développé. [...] J’ai fait mon application en ligne, ça m’a pris peut-être une demi-heure pour répondre à toutes sortes de questions. J’ai dû envoyer plusieurs documents : évidemment mes assurances, mon enregistrement de voiture, mon casier judiciaire, mon historique en tant que chauffeur et des photos de ma voiture (elle doit avoir quatre portes et pas plus de six ans je pense). [...].

 

Combien d’heures par semaine travailles-tu à Uber ?

Je n’en fait pas énormément. Même si je suis contractuel, je suis assez chanceux dans le sens où mon horaire est assez chargé ! Mais si j’ai un après-midi où je suis en ville, où je fais des commissions, je vais allumer mon application. Si quelqu’un a besoin d’un lift, je pourrais le faire à ce moment-là. [...] Je n’ai aucune contrainte d’horaire mais je trouve Uber assez actif dans le sens où je reçois des textos deux ou trois fois par jour disant :  “Hey c’est l’heure de pointe, beaucoup de gens en ville cherchent un lift”. Je reçois des courriels et, des fois, des coups de téléphone… Je les trouve un peu tannants de ce côté-là ! C’est une compagnie évaluée à 40 milliards de dollars donc ils font en sorte de faire le plus de profits possibles. [...]

Utilises-tu d’autres services entre particuliers ?

Je me sers beaucoup d’AirBnB (service de location d’appartements ou de maisons entre particuliers, NDLR) et je trouve que cette compagnie a vraiment un sens communautaire. Les gens se posent les questions, se poussent, se motivent entre eux pour améliorer le service et inciter d’autres personnes à se joindre à cette communauté, un peu partout dans le monde. Uber est une compagnie qui s’impose. Elle arrive dans une ville et dit : voici notre service, ça va vraiment améliorer votre vie, voici notre façon de faire. Je les trouve un peu bullydans le sens où ils ne vont pas nécessairement suivre les recommandations ou les souhaits de la Ville. [...]

Comment as-tu vécu la période de gratuité de Uber ? (fin janvier, début février)

Je me suis connecté la première fois au début de la semaine gratuite. Pendant une journée, ça a été tellement rapide à cause de la popularité du service sur les campus universitaires... Tous les jeunes qui étaient habitués à prendre l’autobus se disaient : ‘‘Pourquoi prendre l’autobus quand je peux avoir un service de taxi gratuit ?’’ Ça a été assez spectaculaire [...].

Comment es-tu rémunéré ?

Tu es payé par kilomètre et aussi par minute. Je ne me souviens plus des chiffres exacts mais mettons que c’est 30 cennes la minute et 95 cennes le kilomètre. Pendant la semaine gratuite, j’ai fait 40 $ de l’heure, ce qui est quand même assez extraordinaire. En dehors de ça, maintenant que ce n’est plus gratuit, je pense que les gens font beaucoup moins : peut-être 10-15 $ de l’heure. Tu es payé assez bien mais il faut que ça roule, que tu embarques une personne après l’autre.

Quels sont les points à améliorer à Uber ?

La compagnie a vraiment besoin d’améliorer son image parce qu’ils ont besoin de coopérer avec les municipalités. Quand on les interdit de fonctionner, ils trouvent d’autres façons de le faire. J’ai trouvé un article au sujet de Barcelone où Uber avait été interdit. Ils ont développé un service de transport de nourriture. Pour les restaurants qui auraient habituellement un chauffeur pour faire la livraison de commandes au téléphone, maintenant les chauffeurs sont sur l’application Uber. La compagnie tombe dans une nouvelle gamme de lois sur les restaurants et les hôtels… Ils n’ont pas à adhérer aux lois sur les services de transport. J’ai trouvé ça assez brillant mais c’est pas nécessaire : il y a d’autres façons de collaborer.

Quels sont tes clients ?

Pour moi, ça a été beaucoup de jeunes, des gens qui ont des téléphones intelligents, qui sont adeptes de la technologie moderne. Pour ce qui est du profil, ça varie. [...] Il y a beaucoup d’étudiants – ou des gens à revenus moyens et bas – parce qu’ils ont moins d’argent pour se servir des services de taxis.

Actuellement, y a-t-il suffisamment de taxis à Edmonton ?

Il y a un manque de services pendant les heures de pointe, notamment les vendredis et les samedis soirs. Ça devient dangereux à 2-3h du matin. Des fois, il y a des gens qui se battent pour un taxi et il peut y avoir 20-30 personnes qui attendent le même taxi. Il y a moins de licences dans ces heures-là pour les chauffeurs de taxis et moins de chauffeurs qui veulent le faire.

Puis je pense que le service de taxis de façon générale a vraiment besoin d’être amélioré. Je vais vous donner un exemple : la dernière fois que j’ai pris un taxi, c’était juste avant Noël. Ma femme et moi, on s’en allait à l’aéroport, il était 5h du matin. On était même pas sorti de notre rue résidentielle que notre chauffeur a coupé [la route] d’un autre chauffeur, les deux se sont engueulés et ça a presque fini en bataille. C’est moi qui ai du intervenir. Il y a un manque de sécurité dans les taxis et je pense que les services comme Uber vont forcer les compagnies de taxis à faire de grands changements.

 

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