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CIC consulte les francophones de l’Alberta pour améliorer Entrée express

Lancée le 1er janvier 2015, la plateforme Entrée express avait pour objectif d’encourager l’immigration économique. Le problème, c’est que l’exception francophone n’apparaissait nulle part. Pour tenter de corriger le tir, Citoyenneté et immigration Canada (CIC) a lancé une consultation nationale, avec une étape à Edmonton le 19 février.

« J’ai apprécié qu’ils fassent leur tournée de consultation. J’aurais juste aimé qu’elle ait lieu avant parce qu’on aurait pu faire des modifications pour les francophones hors Québec », regrette Suzanne Corneau, directrice générale d’Accès-Emploi. Un avis largement partagé parmi les représentants des organismes invités à La Cité francophone pour donner leur avis Entrée express, une plateforme censée faciliter la venue d’immigrés économiques.

Depuis la suppression fin septembre l’Avantage significatif francophone, un programme conçu pour simplifier le processus d’embauche de travailleurs qualifiés d’expression française, l’immigration des francophones dans des provinces où ils seront minoritaires s’avère plus compliquée. « Pour nous et pour les employeurs que le CDÉA dessert, l’Avantage significatif francophone était un gros plus. Il se trouve qu’on n’a plus cette facilité pour aider les employeurs », déplore Francis Essebou, responsable des communications au Conseil de développement économique de l’Alberta. Entrée express ne tient nullement compte de l’exception francophone alors que, paradoxalement, le gouvernement affirme vouloir « attirer plus de francophones à l’extérieur du Québec, et ainsi contribuer à assurer la vitalité, le développement et la prospérité des communautés francophones en situation minoritaire au Canada. »


« Le gouvernement fédéral fonctionne à partir de programmes parachutés… C’est ce qu’on leur a dit : ‘‘Arrêtez de parachuter sur les communautés francophones des programmes que vous imaginez répondre aux besoins des francophones’’ », explique Jean Johnson, le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA).

Parmi les suggestions évoquées, une meilleure collaboration entre CIC et les organismes communautaires qui travaillent sur le terrain. « [CIC] pourrait avoir des contrats avec nous qui connaissons les employeurs et pourraient les sensibiliser au niveau du processus pour attirer des gens au Canada », explique Suzanne Corneau, qui s’étonne de la proposition fédérale de construire un comité national de seulement six personnes pour travailler avec tous les employeurs du pays...

Une Entrée express francophone?

« L’une des choses qu’on a demandées, c’est de concevoir un système Entrée Express francophone. Je pense que ce serait le voie la meilleure », ajoute Georges Bahaya, le directeur du Centre d’accueil et d’établissement Alberta-Nord, qui propose par ailleurs la mise en place de quotas à l’embauche. « Il y a moyen que les gens viennent et passent par une phase de formation linguistique, qu’ils se mettent à niveau », estime-t-il. En effet, Entrée express fonctionne actuellement avec un filtre qui empêche les francophones qualifiés ne parlant pas ou peu l’anglais de venir au Canada, alors que des structures d’accompagnement déjà existantes permettraient de les intégrer  en Alberta et ailleurs.

Pour lutter contre la barrière langagière, une stratégie «pré-départ » a aussi été évoquée. « Comment faire pour qu’une personne qui veuille immigrer au Canada puisse ressortir dans la base de données ? Si elle n’a pas l’anglais, elle ne ressort pas. Ça prend une formation pré-départ au niveau de la langue du travail », suggère pour sa part Jean Johnson.

Uniformiser le Guichet-emplois fédéral et les banques d’emploi provinciales pourrait aussi simplifier le recrutement de francophones. Mais encore faudrait-il expliquer aux étrangers de France ou d’Afrique comment présenter leur CV à la canadienne…

Quant aux étrangers déjà sur le territoire, par exemple via le programme Expérience internationale Canada, il faudrait trouver un moyen de leur éviter de repasser par tout le processus  administratif si un employeur souhaite les embaucher. « On devrait tenir compte du fait que le marché a besoin d’eux », souligne Francis Essebou du CDÉA. Il aimerait que le gouvernement fédéral comprenne enfin « que le fait de parler deux langues est un élément de compétitivité et d’attractivité », que « c’est une valeur ajoutée sur le plan économique ».

Les consultations de CIC se poursuivent jusqu’en mars. D’éventuelles modifications d’Entrée express seront ensuite débattues. « La balle est dans leur camp », conclut Georges Bahaya.

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