15 jours sur un puits de pétrole

Luc Lacasse a conduit une pelleteuse pendant deux semaines sur le site d’un puits de pétrole, à deux heures au nord-ouest de Grande Prairie.

 

« C’est pas fait pour tout le monde », affirme Luc Lacasse en racontant le quotidien des hommes qui vivent sur les puits de pétrole. Cet entrepreneur travaille habituellement dans la construction et la rénovation, mais il vient de réaliser un contrat de deux semaines sur un petit puits de pétrole près de Dawson Creek, en Colombie-Britannique. Un ami québécois sous-contractant pour les « compagnies d’huile » lui a donné le tuyau.

Sur place, une cinquantaine d’employés s’affairent autour du derrick et de sa perceuse qui descend à plusieurs kilomètres de profondeur en quête de l’or noir. Les ‘‘shifts’’ classiques durent douze heures, de sept du matin à sept du soir et inversement. Le bruyant moteur diesel alimentant la foreuse ne s’arrête jamais. Mais en tant qu’ancien camionneur, Luc n’a pas de mal à s’endormir. Au volant de sa pelleteuse, il transporte des produits chimiques ou des boues de forage trois heures par jour. Et le reste du temps ? « Je regarde la télévision et je vais sur internet avec mon téléphone. »


Heureusement, son ‘‘shack’’ individuel est tout confort avec cuisine, salle de bain, poêle au propane, barbecue… Un petit nid douillet qui compense l’absence d’espaces communs avec les autres employés. « Ma blonde aurait pu venir un soir », estime Luc. L’extrême proximité des logements avec le puits évite de trop couper trop d’arbres de la forêt environnante. « Ils essayent de minimiser l’impact sur l’environnement », affirme l’entrepreneur. Quand on évoque les pollutions liées à la fracturation hydraulique, il répond que « le pétrole, on en a besoin… Tu es venu en avion ou en voiture ? Ça prend du pétrole ». Certes.

Sur le site, l’alcool est interdit mais les cigarettes sont autorisées. Malgré la toxicité de certains produits, les masques ne sont pas obligatoires. Il est aussi possible de filmer des vidéos pour rapporter des souvenirs à la maison – par exemple le fonctionnement du fameux derrick ou un dégagement de gaz enflammé –, ce qui serait impensable à Fort McMurray.

Les employés traditionnels travaillent 21 jours d’affilée avant d’obtenir un congé de 7 jours. « Après 15 jours, ils commencent à être bougons », plaisante Luc, qui reprend son sérieux en décrivant des gars qui « travaillent dur », alors qu’ils sont « tous beurrés d’huile ». Il relativise néanmoins la dangerosité des conditions de travail : « Tous les métiers, il y a un risque… Tu es journaliste ? Tu peux te faire tirer [dessus] ! ».

Évidemment, la motivation principale reste l’argent. Lui a gagné 550 $ par jour pendant deux semaines, mais certains prolongent l’expérience beaucoup plus longtemps. « Certains gars font 300 000 $ par année », affirme le Québécois, tant en estimant qu’ils vivent souvent au-dessus de leurs moyens. « Ils ont une maison à un million, un bateau à 70 000, un camion à 50 000, le 4x4 de la madame, des motoneiges, la roulotte de camping, le gros motorisé… Tout à crédit ! »

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