Imprimer cette page

Attractive, Grande Prairie n’est pas non plus un eldorado

Dopée depuis des décennies par le dynamisme des secteurs du pétrole, du gaz et de la foresterie, Grande Prairie possède un grand pouvoir d’attraction. Si les opportunités d’emplois sont bien réelles, l’intégration n’est pas toujours simple pour les nouveaux arrivants, notamment les francophones.

« Il faut arrêter le rêve de l’eldorado, ce n’est pas le tapis rouge ici », explique Michelle Margarit, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta de Grande Prairie et conseillère à l’emploi.

Koffi Kouadio (sur la photo avec sa femme) peut en témoigner. Cet ingénieur diplômé au Québec n’a pas encore trouvé d’emploi à la hauteur de sa formation. En arrivant à Grande Prairie, il a travaillé sur des chantiers de construction pour « payer les factures et nourrir la famille ». Il n’a aujourd’hui plus d’ouvrage et sa femme Élisabeth Katchié doit rester à la maison s’occuper de leur dernier enfant, trop jeune pour aller à la garderie. « Les médias internationaux ne montrent que les côtés positifs [du Canada] et pas les difficultés », estime M. Kouadio. « Quand je dis [à ma famille restée en Côte d’Ivoire] que je n’ai pas un rond, ils ne me croient pas ! », ajoute Mme Katchié. La communauté ivoirienne les aide à tenir.


Bien souvent, les communautés ethnoculturelles forment le premier niveau d’intégration, via Facebook, Skype ou des textos. « Notre objectif, c’est de nous connecter aux leaders de ces communautés », annonce Donat Mpunga, gestionnaire de programme au Centre pour les nouveaux arrivants de Grande Prairie. Ainsi, il sera plus facile de renseigner les immigrés.

 


Les secteurs qui recrutent

Pascal Félicité a eu plus de chance que le couple ivoirien. Lui a pu dégoter un contrat de mécanicien de deux ans à Ford, en s’appuyant sur un partenariat entre le Canada et l’Île Maurice, d’où il est originaire. « Je suis venu ici pour économiser parce que le dollar canadien vaut 28 fois plus que la roupie chez nous. » Michelle Margarit confirme que les profils de mécaniciens sont très recherchés, ainsi qui ceux de chauffeurs de camion, d’agronomes, de soudeurs, de tourneurs-fraiseurs… En ce moment, avec la chute drastique du prix du pétrole, les emplois liés aux fameux puits de pétrole sont rares. Un phénomène cyclique. En revanche, la foresterie recrute encore.

La population de Grande Prairie ayant presque doublé en 20 ans – passant de 28 271 en 1991 à 55 032 au dernier recensement de 2011 –, les besoins de main d’œuvre dans les commerces restent très forts. « Si tu vas au Wallmart ou au McDonald, tu as un travail tout de suite », prend pour exemple Donat Mpunga. Évidemment, il ne faudra pas s’attendre à un salaire annuel à six chiffres comme dans les puits de pétrole.

Après avoir participé à un des soupers francophones mensuels organisés par l’ACFA, le fraichement débarqué Steeven L. Tousignant (photo ci-contre) a fait une belle rencontre. « Je suis tombé sur une gang de jeunes de mon âge. Les trois bossaient dans la construction ». Lui qui avait été cuisinier et projectionniste au Québec découvre un nouveau métier, celui de charpentier. Il travaille dans cette même boîte depuis environ deux ans. 22$ de l’heure n’est sans doute pas une fortune mais comme il bosse parfois jusqu’à 70 heures par semaine, c’est plus que correct. « L’argent ne m’intéresse pas autant que ça », lâche le jeune homme de 23 ans, qui avoue tout de même « s’emmerder un peu » dans ce « village qui a grandi trop vite ».

Réunir les conditions idéales

De nos jours, les nouveaux arrivants sont de mieux en mieux renseignés sur la réalité du marché de l’emploi. Il n’empêche que certains ne réunissent pas toutes les conditions afin de favoriser leur réussite. Pour les francophones, un minimum d’anglais (« advanced beginner ») est requis pour trouver un emploi solide, ainsi que des références et, bien sûr, de la bonne volonté. Sinon, prendre des cours de langue au collège sur place reste une solution alternative.

Par ailleurs, « tu ne peux rien louer si tu n’as pas déjà un boulot », prévient M. Margarit en rappelant qu’une simple chambre coûte 800$ mensuels à Grande Prairie et qu’il faut avancer l’équivalent de deux loyers en guise de dépôt. « Le plus dur, c’est la survie les premiers jours », confirme M. Mpunga, surtout quand on n’a pas encore d’employeur pour payer le logement. En cas d’urgence, Mme Margarit connaît des endroits à 8$ la nuit et des coins où manger gratuitement.

La Province dépense 50 000 $ par an pour l’aide à l’emploi dans la région, une somme stable depuis huit ans. Le taux de chômage de Grande Prairie était de 3,4% en décembre 2014.


Lire également :

- 15 jours sur un puits de pétrole

- « Un enfant, ça te prend comme t’es »

- Un centre de ressources francophones unique en Alberta

- Québec et Grande Prairie n’ont pas que les sucres en commun

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)