Entrée express ignore l’immigration francophone


Citoyenneté et immigration Canada (CIC) a lancé le système Entrée express pour le recrutement d’immigrants économiques le 1er janvier. Cette procédure de sélection des candidats omet d’adresser les besoins spéciaux des communautés francophones.

« Entrée express, c’est pas la panacée comme on nous l’a dit parce qu’il n’y a rien dans ce système-là qui fait la promotion des communautés », maintient la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Marie-France Kenny. En effet, Entrée express n’est pas un nouveau programme ayant le potentiel de venir pallier à l’abolition du programme Avantage significatif francophone en septembre dernier. Il s’agit plutôt d’une procédure plus efficace pour le gouvernement fédéral de gérer la réception des demandes d’immigration en ligne. Il aurait l’atout d’accélérer le processus d’obtention de la résidence permanente – pour les plus méritants (selon le système de points de CIC).


Les candidats éligibles selon les programmes économiques de CIC (travailleurs qualifiés, travailleurs de métiers spécialisés et expérience canadienne) peuvent à n’importe quel moment faire une demande pour figurer dans la banque d’Entrée express, leur profil pouvant ainsi être consulté par les employeurs canadiens. Ceux qui récoltent une offre d’emploi, ainsi que ceux qui sont désignés par une province ou un territoire comme répondant à leurs besoins spécifiques, seront prioritaires, mettant ainsi fin à l’ancien système qui traitait les demandes selon l’ordre chronologique de réception. D’après le gouvernement fédéral, ce nouveau système permettra d’adapter le nombre d’entrants aux fluctuations du marché du travail.

Immigration francophone en régression

Marie-France Kenny déplore deux lacunes importantes au système d’Entrée express : il ne fait pas la promotion (ni aucune mention) des communautés francophones hors Québec. De plus, « il n’y a rien pour inciter les employeurs francophones et anglophones de nos communautés à engager des nouveaux arrivants bilingues francophones. » Même son de cloche chez l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). « La difficulté pour nous en Alberta, c’est que la langue du marché du travail, c’est l’anglais. Ça élimine automatiquement tous les travailleurs unilingues francophones même s’ils ont les compétences et l’expérience de travail », déplore le président de l’ACFA Jean Johnson.

Pour la présidente de la FCFA, le pourcentage d’immigrants francophones (par rapport à l’immigration canadienne totale) – qui régresse d’ailleurs depuis 2012 – ne peut que poursuivre sa chute libre, pouvant d’ailleurs avoir un impact direct sur le financement des services en français par le gouvernement canadien. « Depuis 2006, le Canada jouit cette année de plus haut taux d’immigration de son histoire, soit en moyenne un quart de million d’immigrants par année. Le Canada a accueilli en 2014 plus de 260 000 immigrants, deux fois plus que l’année dernière ! Comment ça se fait que nos nombres, eux, sont en régression ? Même si on a une augmentation en chiffres absolus, la Loi sur les langues officielles détermine la demande pour des services en français comme importante quand les francophones représentent 5 % et plus des effectifs. Mais là, on diminue en proportion et on va perdre certains services même si on augmente en nombres absolus. »

Lentille francophone

« On nuit à l’épanouissement des communautés en ne mettant pas immédiatement une lentille francophone au système Entrée express », maintient Marie-France Kenny. Par lentille francophone, celle-ci entend, entre autres, la promotion des communautés francophones hors Québec sur la plateforme Entrée express, et l’attribution de points supplémentaires aux francophones bilingues qui souhaitent s’établir dans ces communautés.

De son côté, Jean Johnson cible un programme parallèle qui viendrait combler les déficits linguistiques des candidats : « Pour moi, l’élément naturel qui manque ici, c’est de développer des stratégies pour marier les candidats (francophones) aux employeurs, et le facteur, c’est la langue. » Étant donné que le gouvernement ne se charge plus de la formation linguistique spécifique aux francophones, il faut trouver d’autres solutions. Selon lui, c’est aux communautés de les présenter au gouvernement, afin qu’il puisse remplir ses obligations selon la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. « J’ai présenté une idée qui a attiré beaucoup d’attention du fédéral… mais on verra ! On espère pouvoir annoncer quelque chose dans les prochains mois », conclut M. Johnson.

La FCFA, elle, ne souhaite plus attendre. À l’issue d’une réunion avec des représentants de CIC et des communautés francophones, le ministre de l’Immigration, Chris Alexander, s’est montré à l’écoute d’un potentiel ajout d’une lentille francophone. Il a par ailleurs demandé trois mois de sursis afin d’évaluer l’efficacité d’Entrée express sur l’immigration francophone. « Nous, on va continuer les pressions, lance Mme Kenny. Ça fait deux ans que ça a été annoncé, ça fait deux ans qu’on demande d’être là et ça a pris deux ans avant qu’on les rencontre. Plus on tarde, plus c’est nuisible à nos communautés. »

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