Être poète signifie pour certains maîtriser une langue et la transmettre à qui veut l’entendre ou la lire. À Edmonton, être poète signifie parfois un peu plus. Du 17 au 24 avril, les rimes et les vers ont résonné dans la capitale provinciale. Depuis dix ans, le festival de la Poésie à Edmonton (Edmonton Poetry Festival) fait découvrir des artistes arborant une grande variété de langues et de talents.IMG 6718 1

La poète officielle d’Edmonton, Pierrette Requier, a exposé cette réalité, le 21 avril dernier, en organisant la cinquième édition de l’événement French Twist, une soirée mettant en valeur le bilinguisme à Edmonton. Le thème : La poésie, c’est l’(é) motion. « Parce que la poésie fait bouger les choses, elle est toujours en mouvement », explique-t-elle.   

« C’est en étant accueilli qu’un poème vit, qu’un poème respire », a philosophé Pierrette Requier, en remerciant le public de sa présence. Ce dernier a d’ailleurs pu profiter non seulement d’une belle brochette de poètes anglophones, francophones et bilingues, mais aussi de musiciens albertains talentueux.

Pour la toute première fois, l’auteur-compositeur-interprète Raphaël Freynet et sa compagne Carolyn Gingrich ont joint leurs talents respectifs pour une performance poétique et sensuelle. Accompagnée à la guitare par son amoureux, Carolyn a récité son tout premier poème écrit en français et une lettre d’amour humoristique parsemée d’anglicismes. « Je te manque », a-t-elle écrit, ou encore : « Je suis tellement ‘’blessée’’ de t’avoir dans ma vie ».

Plus d’une douzaine de poètes d’expression française résident à Edmonton, ce qui représente « un très bon nombre », selon Sylvie Thériault, directrice générale du regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA). Bien que ces poètes ne vivent pas tous de leur art, certains se font une joie de se greffer à des événements d’envergure comme celui du Festival de la Poésie d’Edmonton.

Le 23 mai, la quatrième édition de French Twist, versant francophone du Edmonton Poetry Festival, s’est tenu à l’Alliance française. Douze auteurs francophones se sont succédé au micro pour déclamer ou lire un texte poétique. Gisèle Villeneuve, une romancière québécoise installée en Alberta depuis 1978, a choisi un extrait de son carnet d’écrivain actuellement au stade de manuscrit.

Quand elle avait 15 ans, Gisèle Villeneuve a écrit un roman d’aventure en dix chapitres dans le cadre d’un cours de français. On pouvait y déceler l’empreinte de ses héros de l’époque : Bob Morane et Nick Jordan. Trouvant qu’elle avait du talent, son grand-père a fait lire le fameux texte au poète québécois Alfred DesRochers, qui a ensuite rédigé une lettre à l’écrivaine en herbe. « Il m’encourageait à continuer. Il me comparait à Germaine Guèvremont et Françoise Loranger… C’était des grands noms ! », se souvient Gisèle. Mais à l’époque, elle ne prend pas le poète au sérieux et décide de ne pas lui répondre. « Je pensais qu’il était juste gentil ! », assure la Montréalaise d’origine.

Toujours est-il que Gisèle Villeneuve devient écrivaine. Quelques décennies passent et la voilà désormais plus proche de la fin de sa carrière que de son début. Elle décide alors d’écrire un ouvrage en réponse à la lettre d’Alfred DesRochers, bien qu’il soit décédé en 1978. L’auteure souhaite lui raconter son parcours, ses souvenirs, ses impressions sur le monde... Il y a deux ans, elle découvre que Roland Barthes avait écrit la sienne à la troisième personne : « C’est un peu comme un carnet d’écrivain où il parle de son enfance mais aussi de son travail de sémiologue et de la vie de tous les jours, [le tout organisé] en fragments titrés. » Ce mélange de fiction et de réel s’amusant des mots et de leur musicalité lui plaît. C’est ainsi que Gisèle commence l’écriture de son propre carnet d’écrivain.

Aller au haut