Le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA), a remis ses deux prix d’excellence lors de la 14e édition du Forum annuel des arts et de la culture en Alberta, le 7 juin à Edmonton. Cette année ce sont Bernard Salva et la société Far West Productions qui ont été récompensés pour la façon exceptionnelle dont ils se sont démarqués.

Forum des arts 2

La fin de semaine du 20 et 21 juin était chargée : entre les quelques festivals en cours, la Journée des autochtones (Aboriginal Day) le samedi, et la Fête de la musique (Make Music) le dimanche, la population d’Edmonton avait besoin d’une bonne excuse pour ne pas sortir de chez elle. La Fête de la musique, apparue seulement l’an dernier sur nos calendriers, a permis d’attirer plusieurs centaines de curieux.

De midi à 17 h, 85 artistes, surtout locaux, se partageaient 15 scènes le long de la 124e rue, entre l’avenue Jasper et la 110e avenue. Et les passants étaient conviés à déambuler à leur guise entre les spectacles, tous gratuits, pour y faire des découvertes. Et découvertes il y a eu : la scène musicale edmontonienne est dynamique et variée. Les sonorités rock, blues, jazz, pop et surtout folk se faisaient entendre le long de la rue et dans certains commerces. À noter, en revanche, que la francophonie s’est faite, comme prévu, timide lors de cette journée. Seulement une poignée d’artistes chantaient en français, principalement des reprises des grands paroliers français.

Jouée en 2013 au Campus Saint-Jean puis finalement éditée en France en 2014, la pièce Dalia, une odyssée de Bernard Salva n’avait jamais vraiment connu de lancement officiel à Edmonton. C’est pourquoi une lecture publique a finalement été organisée le 30 avril, à la librairie francophone Le Carrefour, en présence d’une quinzaine d’amateurs.

Originaire de Djibouti mais née à Montréal, Habone Osman a joué en mars 2013 le rôle-titre de Dalia, une odyssée, une pièce du Théâtre à l’Ouest (la troupe amateure du Campus Saint-Jean) qui raconte l’exil d’une adolescente somalienne à Edmonton. Jeudi 30 avril, c’est avec plaisir qu’elle s’est replongée dans son personnage, le temps d’une lecture publique à la librairie Le Carrefour, à La Cité francophone, aux côtés de Tambry Bernath, Mathilde Effray-Bühl et Bernard Salva, l’auteur.

Un « théâtre monde »

Bien que Habone n’ait pas connu l’exil, le destin de Dalia lui parle. « J’ai beaucoup d’amis qui viennent de la Somalie, qui ont vécu la guerre et qui se sont réfugiés [à Edmonton] », raconte-t-elle. Par ailleurs, ses propres parents ont vécu une forme d’exil en quittant Djibouti et la France pour le Canada. Cependant, Habone tient à le préciser, la situation de Djibouti reste bien plus stable que celle de sa voisine la Somalie, dont le gouvernement est installé au Kenya.

« Je suis pied-noir donc moi-même j’ai été trimbalé… [L’exil] est un thème qui me poursuit », reconnaît Bernard Salva, le metteur en scène de la pièce, sa première en tant qu’auteur. « Ça fait 12 ans que je suis ici [en Alberta] et j’en avais marre de ne jamais voir de sujets du ‘‘théâtre monde’’. Au lieu de râler dans mon coin, je me suis dit : je vais me retrousser les manches ! »

Après avoir mis en scène deux créations originales, le professeur Bernard Salva a choisi le Pinocchio de Joël Pommerat pour ses étudiants du Théâtre à l’Ouest. Une version moderne et multiculturelle qui sera jouée du 20 et 22 mars.

Comme chaque année, le club de théâtre du Campus Saint-Jean (CSJ) propose une pièce pour le grand public. Il s’agira cette fois du Pinocchio écrit par Joël Pommerat en 2008. « C’est quelqu’un qui explose depuis 5-6 ans, il est parmi les auteurs français les plus joués à l’heure actuelle », explique Bernard Salva, metteur en scène et professeur au CSJ.

« Ça n’a plus rien à voir avec le Pinocchio de Walt Disney ou même l’italien (le roman original a été écrit par Carlo Collodi à la fin du XIXe siècle, NDLR) », assure-t-il, bien que les éléments les plus mythiques – comme le nez qui s’allonge lorsque Pinocchio ment – aient été conservés. Question décor, M. Salva a fait le choix de cubes de couleurs primaires pouvant être déplacés, ce qui donne à la scène des allures d’arène de cirque.

« Depuis une dizaine d’années, il y a un renouveau de l’écriture jeune public qui auparavant était relativement méprisée », explique le metteur en scène, pour qui il est hors de question d’édulcorer le contenu ou d’infantiliser le public. Le professeur du théâtre apprécie le fait que Pommerat « ne se contente pas d’un vernis divertissant » et parle de sujets actuels comme l’éducation ou la pauvreté.

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