Quand la folk s’invite dans votre salon

La musicienne Anique Granger est en tournée en Alberta et en Saskatchewan jusqu’au 6 novembre. Un circuit estampillé « Chemin chez nous » qui préfère les maisons des particuliers aux salles de concert traditionnelles...

« Je vois les gens et leurs réactions, ils n’ont nulle part où se cacher ! », plaisante Anique Granger. La musicienne d’origine fransaskoise a commencé dimanche 19 octobre, à Legal, sa troisième tournée avec Chemin chez nous (pendant francophone de Home Routes). Cet organisme basé à Winnipeg organise des circuits de concerts folk chez l’habitant dans les communautés francophones de l’Ouest canadien depuis septembre 2009.

« Cela répond à un besoin de nos communautés d’avoir une vie culturelle et de connaître les artistes francophones », estime Nicole Brémault, employée  touche-à-tout de Chemin chez nous.

« Folk, au fond, ça veut dire populaire », rappelle-t-elle. Logique, du coup, d’apporter cette musique directement dans l’intimité des maisons canadiennes. L’organisme privilégie les artistes confirmés tels qu’Yves Lambert, Angèle Arsenault… ou Anique Granger, actuellement en tournée en Alberta.


« Je pensais qu’un monsieur dormait »
« Ça s’est super bien passé, c’était une belle ambiance d’après-midi », raconte Anique au lendemain de son concert à Legal. Elle apprécie cette relation directe le public, même si cette proximité peut lui jouer des tours. « Des fois ça me distrait et j’oublie un petit bout de parole ! », reconnaît la chanteuse. Elle aime déchiffrer les expressions de son auditoire, qui ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à interpréter. « Hier [dimanche], je pensais qu’un monsieur dormait mais il est venu commenter le texte après la chanson… Il écoutait tellement attentivement qu’il avait les yeux fermés ! »

Cette première date, c’était chez Geneviève Lehoux. « Anique Granger a été en communion avec le public, très attachante et fière de ses racines de l’Ouest », commente l’hôte. 32 spectateurs avaient répondu présent. « Les gens ont profité du thé avant le spectacle pour jaser et créer des liens », précise Mme Lehoux.

Renforcer les communautés francophones
Car en plus de rapprocher l’artiste et son public, le concept de concert à la maison permet aux spectateurs de mieux se connaître… et aux petites communautés francophones de se renforcer. C’est d’ailleurs le souhait d’Alain Bertrand, directeur des affaires communautaires à l’ACFA, qui a fait la démarche de contacter Chemins chez nous pour caler une date le 25 octobre à Beaumont. « Puisque les francophones ne se connaissaient pas les uns les autres avant l’ouverture de l’école [en septembre 2014], c’est un concept qui augmentera notre [sentiment d’]appartenance à la communauté en nous permettant d’apprécier ensemble de nouvelles découvertes musicales », explique-t-il.

Au niveau de la méthodologie, Chemin chez nous  travaille avec les organismes francophones existants pour compléter leur programmation – sans les concurrencer – et trouver des hôtes pour accueillir des musiciens francophones de tout le Canada. En solo ou en duo (trios et quatuors plus rares), les artistes jouent généralement en acoustique.

« Pour avoir participé au spectacle de Michel Lalonde (musicien franco-ontarien, NDLR) en 2012, je peux vous  dire que la formule [de concert maison] est une réussite, ajoute Geneviève Poulin, présidente de l’ACFA régionale de Canmore/Banff. Moi et ma fille sommes parties avec une plus grande appréciation de notre diversité culturelle et des accents qui rendent notre francophonie si riche. »

 

Chris Segura et Anna Laura Edmiston du groupe FeuFollet en 2009 (photo courtoise Chemins chez nous)


« Est-ce que les gens vont venir ? »
Néanmoins, l’accueil d’un concert chez soi et l’organisation qui va avec peut susciter un certain stress. « Est-ce que les gens vont venir ? Est-ce que les dates sont bonnes ? J’ai acheté un livre sur internet pour m’aider à planifier ce concert, confiait Gisèle Lemire quelque jours avant d’accueillir Anique Granger à Edmonton. C’est ma première expérience, donc on verra… Dans le fond, je veux que les gens s’amusent ! »

Et parfois, des choses magiques se produisent. Nicole Brémault n’est pas avare en anecdotes : deux fillettes de 3 et 5 ans qui font la première partie de Bernard Simard (La Bottine souriante et Le Vent du nord) à La Broquerie, une grand-mère de Bonnyville qui joue de l’accordéon au concert du David Greely (grand violoneux de la Louisiane),  l’Acadienne Lina Boudreau accompagnée par une chorale-surprise... L’occasion de comparer le mode de vie de francophones canadiens séparés par des milliers de kilomètres, comme lorsque Claude Cormier parlait des communautés isolées des îles de la Madeleine dans une école de Fort McMurray.

« On essaye de trouver des spectacles scolaires ou dans les foyers », ajoute Nicole Brémault. Parfois, dans la foulée d'un concert à l'école, des élèves amènent leurs parents et amis à un concert maison, voire même participent au show avec l'artiste !
 

Des aides financières à la baisse
Organisme non lucratif, Chemin chez nous souffre aujourd’hui de la baisse des aides du Conseil des arts du Canada, leur principal bailleur de fonds aux côtés de la province du Manitoba. Pour assurer son fonctionnement, Chemin chez nous perçoit 15% des billets d’entrée des concerts (15-20 $ par personne, 10 $ pour les étudiants, gratuit pour les 12 ans et moins).


La tournée d’Anique Granger en Alberta et en Saskatchewan se poursuit ce jeudi 23 octobre à Calgary chez Linda Wasilenko, une anglophone, et se terminera le 6 novembre à Canmore. Quatorze dates en moins de vingt jours. « J’avoue que c’est les tournées les plus exigeantes que j’ai faites, ça demande beaucoup d’énergie, reconnait Anique Granger. Là, je me suis pognée une copilote mais souvent je suis toute seule. J’adore ce genre de show… mais j’ai hâte de jouer avec mon band aussi ! »

 

CHEMINS CHEZ NOUS EN CHIFFRES (février 2014)

 

Nombre d'artistes : 54
Nombre de concerts : 565 concerts
Nombre de spectateurs : 16 046 dont 12 100 payants, les autres sont des hôtes, des bénévoles, des enfants, des élèves...
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