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Chant'Ouest côté formations

Chant’Ouest, ce n’est pas qu’un concours de musique francophone de l’Ouest canadien, c’est aussi une panoplie de formations pour des artistes en devenir. Le Franco a ainsi accompagné l’Albertaine Karimah à deux ateliers (« tournées » et « subventions ») en amont du concert du 25 septembre.

« Si tu loues une camionnette, il faut t’assurer d’avoir des shows à chaque jour », déclare Raphaël Freynet, artiste originaire du Manitoba et responsable de l’atelier Chant’Ouest consacré aux tournées. En effet, une journée sans concert ne dispense pas de payer les « per diem » des musiciens et éventuels techniciens, « même si c’est des amis ».

Ce genre de conseils pragmatiques, Raphaël en a plein sa besace. Cela fait des années qu’il voyage à travers le Canada pour partager sa musique. « As-tu déjà annulé un show ? », l’interroge Karimah, la veille de son concert au Chant’Ouest. « Bien sûr ! » Et le Franco-Manitobain de raconter une histoire de tempête  terrible au Nouveau-Brunswick, avec des « bancs de neige plus hauts que les maisons ». Ce genre d’imprévus demande de changer son fusil d’épaule, passer des coups de fil en série et chercher des dates de dernière minute… ce qui débouche parfois sur de jolies surprises.


« J’aime envoyer mon propre contrat [à la personne accueillant mon concert], comme ça je sais ce qu’il y dedans », explique Raphaël à Karima, tout en promettant de lui envoyer un document type par courriel. Le musicien insiste sur l’importance de lister les responsabilités de l’artiste ou du producteur et celles du diffuseur, notamment les cachets, le matériel, l’hébergement… « Si certaines clauses ne sont pas respectées, tu as du leverage [moyen de pression, NDLR] », estime-t-il. Les détails les plus évidents doivent figurer dans le contrat pour éviter les mauvaises surprises. « Une fois, les gars n’avaient même pas de câbles pour leur propre système de son ! », se souvient Raphaël.

Avant de se lancer dans une tournée, il faut aussi avoir réfléchi à la manière de « vendre » son spectacle aux diffuseurs. Raphaël conseille d’écrire un court descriptif de moins de 50 mots. « Tu vas être surprise du nombre de fois que tu vas avoir besoin de ça », lance-t-il à Karimah. Il s’agit de « donner une idée du spectacle et de faire appel à l’imagination », tout en mentionnant quelques éléments biographiques et d’éventuelles récompenses gagnées par le passé. « Ca a l’air simple [à écrire] mais c’est très difficile », confie le musicien.

« Quand tu fais une vitrine, c’est une très bonne chose d’envoyer des invitations personnelles, enchaîne le Franco-Manitobain. Il faut bien cibler les gens avec qui tu veux travailler. » Karimah se demande s’il n’est-ce pas mal perçu de se présenter en tant qu’artiste émergent à un agent. « C’est bon d’être honnête, répond Raphaël, il n’y a pas de honte à être nouveau dans l’industrie. »

Comment obtenir des subventions ?
L’atelier « tournée » touchant à sa fin, Karimah remercie l’intervenant et se rend dans la pièce voisine, à la rencontre d’Alexis Normand, participante du Chant’Ouest 2002. « C’est à ce moment-là que j’ai découvert le potentiel de faire de la musique en français dans l’Ouest », explique la Fransaskoise.

« Une des raisons qui m’a permis de vivre de ma musique, c’est les demandes de subventions », déclare sans ambages Alexis (prononcer « Alexisse »). Et c’est justement le sujet de son atelier pour les artistes du Chant’Ouest. Sur les 53 demandes de subventions qu’elle a déposées ces cinq dernières années, 49 ont été acceptées. Impressionnant. Quel est donc son secret ?

« Il faut se positionner. Le jury [de l’organisme qui propose des subventions] doit saisir la trajectoire de ta carrière », explique-t-elle. En clair, « définir la nature de tes besoins ». Karimah, elle, aimerait prendre du temps pour écrire un album en français. Pas de souci, il existe des subventions adaptées, chose qu’ignorait l’Albertaine de 25 ans.

Tout est une question de timing. Selon Alexis, il faut considérer un « cycle de la créativité » de deux ans pour profiter au mieux des aides financières. Un cycle qu’elle divise symboliquement en quatre saisons, avec chacune un programme différent de subventions : le printemps (phase créative, accumulation d’idées), l’été (sélection des morceaux, marketing, tournée ou enregistrement d’album), l’automne (récolte des appréciations et des prix) et l’hiver (recul critique, est-ce que mes projets vont dans la bonne direction ?).

Pour convaincre le jury d’un organisme offrant des subventions, il convient de bien comprendre son mandat. Par exemple, le Conseil des arts du Canada recherche de l’expérimentation musicale, une vision d’artistes, alors que Musicaction s’attache davantage à un « produit culturel » muri, que ce soit un CD ou une tournée.

Evidemment, faire relire sa demande de subventions par une tierce personne s’avère fortement conseillé. « Si elle ne comprend pas le projet, le jury ne comprendra sans doute pas non plus », sourit Alexis. En outre, une relecture orthographique ne mange pas de pain.

Bon, le moment est venu pour Karimah de partir en répétition avec les musiciens. Le concert Chant’Ouest approche à grand pas…

Mise à jour 26 septembre : Karimah a finalement gagné le Prix du public de Chant'Ouest et le Prix André-Mercure ex aequo avec Kasperzick. Les deux artistes se rendront donc à la demi-finale du Festival international de la chanson de Granby et recevront chacun une bourse de 1 000 $ ainsi qu'une session d’enregistrement d’une maquette. 

 

 

Lire aussi : notre article sur la soirée concert du Chant'Ouest.

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