« J’ai fait ces films pour les enfants autochtones »

Le court métrage documentaire Voice of my Grandmother sera projeté au cinéma Garneau d’Edmonton le 27 septembre, à l’occasion des Journées de la Culture de l’Alberta. Rencontre avec son réalisateur Gene Gregoret, un anthropologue francophone qui s’est intéressé au mode de vie des Cris dans les années 1960-70.

Après avoir exercé le métier de photojournaliste, notamment en France, Gene Gregoret est revenu à Edmonton pour étudier l’anthropologie. Dans le cadre de sa maîtrise en 1968-1969, il a passé deux étés au sein d’une communauté crie isolée de Trout Lake, entre Rivière-la-Paix et Fort McMurray. Il en tirera un film documentaire de 57 minutes en 16 mm et en noir et blanc. « J’étais un peu comme Truffaut », plaisante aujourd’hui l’anthropologue.

« Pour aller là-bas, il n’y avait pas de route hein, il fallait prendre l’avion, un petit Cessna », se rappelle Gene. Sur place, il est accueilli par le père Vandersteene, un oblat belge chargé d’évangéliser les autochtones et qui passera la moitié de sa vie parmi eux. « Il était connu dans toute la région et a même écrit des dictionnaires en cri », raconte le documentariste.


« En arrivant là-bas, on m’a demandé : vous êtes catholique ? Non, j’habite juste dans la cabane du père Vandersteene », se remémore Gene en souriant. Son objectif à lui était simplement de documenter la vie quotidienne des Cris, tout en questionnant le caractère intrusif de la caméra.

« Le père Vandersteene m’a dit : si les enfants ne t’aiment pas, tu vas avoir des problèmes avec les adultes », se souvient l’anthropologue. Le deuxième jour, il propose donc à deux gamins autochtones de l’accompagner sur sa barque pour aller pêcher. La nouvelle fait très vite le tour de la communauté : « C’est comme s’ils avaient tous un cellulaire, car tout le monde a su que j’avais un bateau et que ces deux enfants avaient perdu mes hameçons ! »

Dans la forêt, les Cris habitent à l’intérieur de tipis, ou de cabanes quand il fait trop froid. Sans électricité ni voitures, ils vivent simplement de la chasse et de la pêche. Gene est d’ailleurs stupéfait par le sens de l’observation des autochtones qui savent repérer une touffe de poils d’orignal dans l’herbe ou une perdrix cachée dans les bois. L’anthropologue est aussi le témoin d’instants du quotidien comme l’allaitement d’un bébé ou la cuisson du pain dans un four à bois.

Direction Chipewyan Lake
Quelques années plus tard, entre 1972 et 1974, Gene Gregoret poursuit ses travaux à Chipewyan Lake, au nord-est de Trout Lake, toujours dans une communauté crie. Cette fois, son contact sur place est un instituteur anglais du nom de Graham Bell.

Il réalise une série de sept courts métrages sur le mode de vie cri. Le documentariste immortalise par exemple un vieux monsieur de 90 ans qui continue à fabriquer des pièges pour les castors ou encore un artisan qui construit un canot en bouleau et racines de sapin, avec de la sève pour lier le tout.

Le film Voices of my Grandmother, quant à lui, évoque la place des contes et de l’oralité dans la communauté avec le personnage mythique de Wha-sa-keh-jak, un « farceur » qui joue des tours aux hommes et aux animaux.

 


« J’ai fait ces films pour les enfants [autochtones] », explique Gene, afin qu’ils puissent découvrir ou redécouvrir les traditions de leur communauté. Cela fait longtemps que l’anthropologue n’est pas retourné à Trout Lake ou à Chipewyan Lake, mais les choses ont changé. « Les grandes compagnies pétrolières ont tout détruit là-bas, affirme celui qui a été témoin du développement des exploitations autour de Fort McMurray. C’est triste. »


Indigenous Perspectives, le 27 septembre

Soirée organisée par les Archives provinciales de l’Alberta au cinéma Garneau d’Edmonton. Gratuit.

Première partie à 19h
A Métis Wedding (1940, document amateur, 10 minutes), Ballad of Crowfoot (1968, Willie Dunn, 10 minutes), Foster Child (1987, Gil Cardinal, 43 minutes), Voice of my Grandmother (1973, Gene Gregoret, 6 minutes).

Deuxième partie à 21h
Totem: The Return of the G’psgolox Pole (2003, Gil Cardinal, 70 minutes)..

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