#aventurefringe : En anglais s'il vous plaît – Jusqu'où aller pour préserver sa culture ?


En 1987, le député néo-démocrate Léo Piquette pose une question en français lors d’une session parlementaire de l’Assemblée législative de l’Alberta. Quelle outrecuidance ! Les journaux s’emparent de l’affaire qui prend une ampleur nationale, mettant en lumière les revendications des Franco-Albertains… Voilà le point de départ d'En anglais s'il vous plaît, une pièce bilingue mise en scène par Nancy McAlear et présentée au Fringe Theatre Festival d'Edmonton cette année.


Le scénariste Vincent Forcier a décidé de se pencher sur l’affaire Piquette après avoir été approché par les archives provinciales de l’Alberta. Le combat du député le frappe de plein fouet : « Pourquoi doit-on toujours se battre en tant que français ? », s’interroge M. Forcier. Il décide alors d’adapter au théâtre cette lutte politique toujours d’actualité. Toutes les scènes se déroulant à l’Assemblée législative présentent des échanges qui ont réellement eu lieu (au mot près, même si certaines citations sont écourtées). Instructif et inspirant... mais parfois un peu austère.



 

Pour autant, En anglais s’il vous plaît ne parle pas uniquement de politique. Une deuxième histoire s’intercale habilement, celle d’Amour (Steve Jodoin) et Douce (Kristi Hansen). Lui est franco-albertain, elle anglophone d’origine ukrainienne.  Depuis leur rencontre jusqu’à la naissance du fiston, les deux amoureux partagent avec le public des tranches de vie qui s’imbriquent dans le récit politique de Léo Piquette (Ian Leung, à droite sur la photo). Des respirations que Vincent Forcier qualifie de « petits breaks ». À chaque fois, la question de la francophonie revient sur la table : le français est-il une culture à part entière ? Dans un couple « mixte », quelle langue utiliser au quotidien ? Comment élever un enfant pour qu’il garde ce double héritage ?

« C’est une réalité que je vis : je suis marié à une anglophone et nous avons une petite fille », raconte Steve Jodoin, interprète d’Amour. Pour l’acteur, « la pièce montre que le français est une richesse » et « les côtés positifs d’apprendre une langue ». Certes, mais elle illustre aussi les tensions immenses que ces débats peuvent susciter au sein d’un couple… et d’un pays multiculturel comme le Canada. Le spectateur navigue ainsi entre des moments dramatiques – où on le pousse à réfléchir sur ces questions linguistiques – et d’autres plus légers (la présentation de Douce au papa québécois, joué par Ian Leung) voire carrément désopilants (Steve Jodoin multipliant les personnages et les accents au parlement, un bonheur).

Chose assez rare pour être signalée, un système de surtitres permet aux non-francophones de comprendre les répliques en français. Une façon de souhaiter la bienvenue au public anglophone. Bien vu pour une pièce qui parle de cohabitation et de vivre ensemble...

En anglais s’il vous plaît joue encore jusqu'au 24 août. Pour les dates et horaires exacts, consultez le site web du festival Fringe d'Edmonton.

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