Jason Kodie : aux multiples talents

Le prix CHFA de la chanson albertaine est remis depuis 1997 à des personnes qui ont contribué ou contribuent encore à l’épanouissement et à la visibilité de la chanson d’expression française en Alberta. Le 21 mai dernier, dans le cadre de Polyfonik 22, ce prix a été décerné à Jason Kodie.

Quand on l’a appelé pour lui annoncer que le prix CHFA allait lui être remis, Jason Kodie a été très surpris. « Dans mon entourage, on m’a dit qu’il était temps, que je le méritais. Mais moi, quand on m’a appelé pour me dire que j’allais l’avoir, j’étais sûr que c’était une blague », se souvient-il.

 

Ce prix est pour l’artiste « le plus beau compliment qu’aurait pu me faire la communauté francophone, qui m’a si bien accepté. » Cependant, il ne s’agit pas d’un tremplin plus que d’un couronnement pour sa carrière.

 

 « Je ne crois pas qu’un tel prix pourrait accroître ma visibilité chez le public. Chez la communauté francophone, je suis déjà connu comme musicien. Hors de la francophonie, les gens ne savent pas ce que le prix représente. C’est un honneur difficile à traduire, et comme il n’existe que depuis quelques années, il n’a pas de reconnaissance chez les anglophones », insiste le récipiendaire.

Avec les groupes dont il fait partie, et même dans son album A blessed curse, il joue en effet autant pour les francophones que les anglophones, il « swing dans les deux directions », s’amuse à dire celui qui a par ailleurs joué quelques morceaux en français lors d’un spectacle à Hawaï à la fin de mars 2011. Notons qu’avec Le Fuzz il « swing » encore plus loin, en espagnol, et même en chinois.

Sa première expérience en solo
Auteur, compositeur, chanteur, accordéoniste et pianiste, Jason Kodie est présent sur la scène musicale albertaine depuis une vingtaine d’années. Natif d’Edmonton, celui qui est depuis longtemps membre des groupes Allez Ouest, Captain Tractor et Le Fuzz a finalement lancé son premier album solo en octobre 2010 : A blessed curse.

« Le projet solo est né parce que j’ai reçu une bourse de la part de la station de radio Rawlco », raconte l’artiste. Le fond 10k20 de la station de radio saskatchewannaise consiste en la remise d’une bourse de 10 000 $ à 20 artistes par année, entre 2010 et 2014, afin de supporter un total de 80 artistes dans la production de leurs albums. « La bourse a servi à payer les musiciens et le studio, précise Jason Kodie. Au final, album en main, il assure ne pas avoir touché un sou de la bourse.

« Mon album solo, dit-il, je le considère comme une autre plume à mon chapeau. Ce n’est pas le début d’une carrière. De toute façon, aujourd’hui, tout le monde a un studio. J’ai mon studio chez moi sur mon portable. Tout le monde fait des albums solos », a-t-il fait constater, avant d’ajouter qu’une camarade de classe de sa fille de 14 ans avait son propre album.

S’il ne compte pas en faire une carrière, le musicien estime d’un autre côté qu’il a tiré beaucoup de satisfaction à être seul sur une scène. Il y a trouvé une grande liberté, une grande indépendance. « Quand il n’y a que moi sur scène, je peux par exemple décider au milieu d’une chanson de sauter à une autre, sans avoir à me soucier du groupe. C’est une expérience différente. »

Celui qui, une semaine seulement après le lancement de son album A blessed curse, était de retour en studio avec le groupe Le Fuzz, insiste qu’il aimerait en faire un autre, « c’est sûr, mais ce n’est pas mon plan de vie. »

Jason Kodie a d’ailleurs déjà des chansons d’écrites pour un autre album, des textes inspirés par son nouveau tournant de carrière. Il affirme avoir été très productif au courant de l’hiver, parce que « ce dernier hiver était terrible. »

D’après le chanteur, c’est en partie grâce à cette saison ingrate que la scène culturelle canadienne est aussi large et diversifiée. « L’hiver ici est tellement froid, avance-t-il. On n’a pas le choix, il faut rester à la maison, il faut hiverner comme les ours. C’est le temps d’être à l’intérieur et de composer. Et comme on veut aussi faire du social, alors c’est une période où l’on se réunit pour jouer de la musique dans les sous-sols. » Il relate en ce sens les dires de quelques amis à Winnipeg, où la saison froide est tellement reconnue que la ville est surnommée « Winterpeg » : « L’hiver, on produit, parce qu’il n’y a rien d’autre qu’on peut faire! »

Son avenir
« Dans 10 ans, j’espère que j’aurai passé mon hiver final ici, que je pourrai me permettre de passer six mois à Edmonton et six mois ailleurs », projette le chanteur. La plus jeune de ses filles, qui a joué de son violoncelle lors du lancement d’A blessed curse, aura 7 ans en octobre. Il explique que plus ses filles vieillissent, plus il gagne en liberté. « Présentement, je ne peux pas partir pour plus d’une semaine, précise-t-il, parce qu’après je m’ennuie trop! »

Il prévoit aussi, dans une dizaine d’années, avoir produit un ou deux autres albums solos. Mais surtout, « j’espère être d’ici là un meilleur musicien que je ne le suis à l’heure actuelle. »

Pour l’instant, bien qu’il considère que son assiette est déjà bien remplie, il demeure ouvert aux nouveaux projets. Il a par ailleurs formé un groupe à la veille du jour de l’an 2011 afin de réinterpréter les chansons de l’album Graceland, de Paul Simmons, dans un spectacle de style hommage. Il a alors pu remarquer à quel point ce genre de spectacle touche les gens, et il a eu énormément de plaisir. Il raconte même que « le jour d’après, on s’est dit : Bon qu’est-ce qu’on fait l’année prochaine? »

Ce spectacle Hommage à Paul Simmons sera de nouveau présenté à Calgary le 18 juin prochain. Entre-temps, il performera avec l’Orchestre symphonique d’Edmonton, au Centre Winspear, les 10 et 11 juin.

 

 

Photo : courtoisie Société Edmonton chante
 

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