De nulle part... et de partout!

Bernard Salva est un homme aux multiples couleurs et facettes. C’est un metteur en scène, un comédien et un interprète, un auteur, un compositeur, un fanatique de la langue anglaise et un inconditionnel de « foot ».

Né à Alger, il est un pied-noir de la cinquième génération, sa famille s’étant installée en Algérie vers 1850. Lorsque Bernard a sept ans, les Salva sont rapatriés en France dans le cadre d’une des plus grandes migrations de l’histoire et s’installent dans le sud-ouest du pays, où le père devient fermier. Pour Bernard, le voyage est loin de s’arrêter là. Et les décennies qui ont suivi sont assorties de séjours et de détours un peu partout sur la planète.


En passant par le cinéma
Bernard Salva a vécu trois ans en Angleterre où il s’est immergé dans l’œuvre du moderniste D.H. Laurence (auteur de Lady Chatterley’s Lover), la poésie de Ted Hugues, les pièces de Shakespeare… et la musique des Beatles. Avant d’arriver en Angleterre, il aura déjà donné dans le théâtre, incarnant Le Roi Hiver, « du King Lear pour enfants », spécifie-t-il. On est en 1980.

Homme de théâtre, Salva revient souvent à la chanson tout au long de l’entretien. Il se dit, folky dans l’âme et son disque, Transports, paru l’an dernier en est la preuve irréfutable. Mais à un moment donné, il lui a fallu choisir où consacrer son énergie et c’est le théâtre qui a pris le dessus.

Toujours en quête du prochain défi, Bernard Salva bifurque quelque temps vers le cinéma. « Surtout des courts métrages, explique-t-il, des productions de 15 ou 20 minutes ». Il entretient de bons souvenirs du tournage en 1984 de Comme les doigts de la main, une comédie du réalisateur Éric Rochant dans la tradition des frères Marx. Sans oublier, Amour nuit, dont le tournage en 1990 se passait entre 20 h et 5 h du matin. « Pour certaines scènes, les pompiers de Nantes balançaient la pluie », se rappelle-t-il. Et il revit avec délice certains à côté du métier. « Le dernier jour de tournage, on nous avait offert un de ces festins… »

Mais avant tout, il parle d’un métier où les équipes et les artisans sont très exigeants.

 

Le théâtre
Bernard Salva s’est intéressé au théâtre sur le tard, dans la vingtaine. « Au début, je trouvais ça ennuyeux », dit-il. Mais son cheminement académique ne pouvait faire autrement que de le trainer, en fin de compte, sur les planches. S’il fait du théâtre en français aujourd’hui, c’est en empruntant des voies très particulières.

« J’ai tout d’abord étudié l’Histoire et l’anglais à Bordeaux. Et j’ai eu la passion de l’anglais dès le début! À un moment donné, le professeur s’est exclamé : All together now, et j’ai trouvé ça très cool. J’ai vécu deux ans en Grande-Bretagne, à Liverpool et à Édimbourg. J’ai rencontré des acteurs anglais qui me paraissaient nettement plus amusants que les Français. Ils se prenaient moins au sérieux… Par la suite, j’étais toujours fourré en Angleterre » lâche-t-il.

« À mes débuts au théâtre, j’ai joué beaucoup de névrosés neurasthéniques, dont Hamlet… mais beaucoup d’amoureux aussi », s’empresse-t-il d’ajouter, précisant que dans la vraie vie, il avait tendance à tomber amoureux souvent. « Ça se terminait souvent mal », concède-t-il en riant. Il passera quelque vingt ans à Paris comme comédien, metteur en scène et enseignant.

« C’est le Fringe d’Edmonton et Roger Parent, un professeur à la Faculté Saint-Jean d’Edmonton qui sont à l’origine de ma venue ici en 1997 », somme Bernard Salva. Au fait, son histoire albertaine remonte encore à quelque temps auparavant alors qu’il visite New York à l’occasion d’un anniversaire important. À ce moment-là, loin de lui l’idée de s’établir en Amérique du Nord. Il amène tout d’abord son spectacle solo, Rendez-vous on the road en Australie, à Singapour, en Inde, en Malaisie et au Canada où il finit par s’installer de façon définitive en 2004. Malgré cela, il se considère comme un nomade, du moins dans l’âme. « Je me sens de nulle part… et de partout », résume-t-il.

En 2003, Bernard Salva met en chantier le projet Un Grand Bol d’Art, qui a pour objectif « l’épanouissement d’une création théâtrale et musicale, festive et exigeante, dans le Diois… »  Depuis presque dix ans, c’est devenu pour lui un lieu de retraite et de performance où se côtoient comédiens et musiciens, jeunes professionnels et plus aguerris, dans le cadre « d’un théâtre des yeux qui s’invente chaque saison (…) au grand air vivifiant du Haut Diois ». Monsieur Salva y retourne d’ailleurs plus tard cet été.

L’Alberta
Malgré les projets qui l’amènent régulièrement en Europe, il se considère chez lui dans l’Ouest canadien. Pour Bernard Salva, l’Alberta est un refuge. En 2005, il rencontre la comédienne et auteure Isabelle Rousseau qu’il avait croisée ici et là au fil des mois.

« On s’est tout de suite reconnus comme artistes et on s’encourage depuis dans notre travail de création », affirme Bernard. Isabelle et lui ont joué ensemble dans le cabaret Je t’aime, je suis fou (Théâtre Trouble Fête) en 2008 et L’homme du hasard (L’UniThéâtre) en 2010.

Plus tard cette même année, le couple accueillait un premier enfant, Rafaël, que Bernard Salva considère comme un cadeau de son exil. « J’ai eu une vie compliquée en France. Depuis ma rencontre avec Isabelle, c’est l’harmonie qui règne. Je le goûte minute par minute », témoigne-t-il fièrement.

Une chanson qui « transporte »…

En Alberta, Bernard fait la connaissance de musiciens francophones qui lui permettront de renouer avec la musique et l’écriture chansonnière de façon intense. Parmi ceux-ci, Jason Kodie, Patrick Thibaudeau et Mireille Moquin. Jason et Mireille, membres du groupe, Allez Ouest, l’ont d’ailleurs accompagné lors de la production de son disque compact.

« Gainsbourg a déjà déclaré que la chanson était un art mineur », rapporte un Bernard Salva qui semble loin d’adhérer à ces propos. « La chanson, c’est ma maison, c’est inscrit dans mes gênes… j’ai beaucoup appris en produisant le CD », déclare-t-il.

Sa première guitare, il l’achète sans savoir jouer la moindre note. Il se met à la longue à écrire des chansons influencées par Leonard Cohen et Neil Young.En 2009, il entreprend la production de Transports. En ressortiront onze titres qui regorgent de poésie et d’images savamment sculptées. En moins d’une heure, on va de l’Algérie jusqu’au Canada, en passant par Paris et Mallorca.

Qui plus est, deux des titres sont des hymnes à son nouveau pays : Le long du fleuve Saint-Laurent, (…les glaces craquent et on se serre dans nos serments ) et, Nouveau Monde (…un accord entre tes lacs glacés et mes couleurs Méditerranée ). Pour l’interprétation, Salva opte pour une « voix confession », quelque part entre celles du  diseur et du chanteur. Par moment, on entend Moustaki. Tout est dans le ton, précis, prenant, vécu. « Quand tu fais du théâtre, tout part en fumée. Un album, c’est comme un bouquin, c’est précieux », affirme l’artiste.

Mais somme toute, Bernard Salva se veut un communicateur des arts et cette communication s’opère en ce moment par le théâtre. « Le Campus Saint-Jean me permet de travailler un lien qui m’intéresse depuis toujours… jouer ou mettre en scène d’un côté, transmettre de l’autre. C’est un laboratoire très intéressant pour moi. Et je dois dire que l’ouverture d’esprit du doyen Marc Arnal a aussi été pour beaucoup dans mon envie d’y rester. »

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut